LES INSTINCTS GÉNÉRAUX
Instincts généraux. — Partout où il y a des organes de sensibilité, il y a aussi tendance instinctive à accomplir des actes pouvant réveiller une certaine sorte de sensibilité. Tous les sens veulent être satisfaits ; et, dès le moment de la naissance, ou tout au moins quelques jours après, nous avons vu que le jeune enfant commence à user de l'énergie qui est propre à chacunid'eux. Il en est ainsi surtout pour le gtfût, qui pourtant, dès le commencement, est passif et obtus, parce qu'il se confond avec l'appétit de nutrition. Mais au quatrième mois, l'enfant, qui abstrait un peu mieux ses diverses sensations, donne des signes évidents de tendance à désirer les aliments reconnus agréables : de glouton qu'il était il peut dès lors devenir gourmand. Il en est de même pour la vue : l'œil est attiré, dèsla troisième semaine, par la lumière, et bientôt par tout objet lumineux ou coloré : et l'on voit bien ici que l'instinct qui pousse chaque organe à entretenir sa vitalité est d'accord avec l'instinct qui le porte à rechercher dans l'exercice une satisfaction: toute couleur plaît à l'enfant, qui excite sa vue sans la troubler. On peut en dire autant des impressions auditives : nous avons vu combien l'enfant aime le bruit, indifférent aux discordances musicales, pourvu qu'elles émeuvent son appareil auditif sans le froisser. Ceh deux sens, qui seront deux instruments par excellence d'instruction et d'émotivité, fonctionnent d'abord pour euxmêmes, si j'ose ainsi parler, et dans un but entièrement affectif. L'enfant de deux mois, de trois mois, passe la plus grande partie de ses heures de veille à regarder pour voir, à écouler pour entendre, pour le seul plaisir que cela procure, sans utilité immédiate ou prochaine, sans curiosité proprement dite. Le tour du tact arrive : à trois mois l'enfant commence a tendre la main pour saisir, il palpe en connaisseur novice, et la tendance à éprouver des sensations tactilo-muscuiaires se développe de jour en jour chez lui.
Un enfant de six mois passe au moins la moitié de ses
ôioments de veille à exercer les lorganes qui lui procurent deç plaisirs oti des sensations visuels, auditifs, tactiles et musculaires : qu'il les exerce aussi, la plupart du temps sans autre utilité que le développement des organes, et par intervalles avec une attention utile à son bien-être et à son instruction, cela n'est pas douteux. Mais la tendance à s'éjouir de sensations agréables, fraîches, renouvelées, est celle qui domine encore à cette époque. Du reste, cette tendance persistera à toutes les époques delà vie: quand l'adulte n'est pas forcé par les nécessités de la vie, par les exigences du devoir, par les influences d'habitudes professionnelles ou spéciales, à discipliner toutes ses facultés sous l'empire de l'attention utile, l'homme retourne à l'enfant, l'instinct sensible et inconscient reprend le dessus sur l'instinct intellectuel et volontaire ; on se remet tout doucement à regarder pour voir, à Scouter pour entendre, à palper pour toucher, à se mouvoir et à marcher, pour les seules sensations, agréables ou même indifférentes, que ces actes automatiques procurent. Pour combien de personnes les journées se passent-elles avide, je veux dire remplies par le fonctionnement inconscient des instincts sensoriels transformés en habitudes stériles ! Ce qui est une nécessité pour le petit enfant, qui a besoin de se reposer de ses efforts d'attention et d'intellection dans des sensations en quelque sorte glissantes, ne Test pour l'adulte que par intervalles, à titre de rémission de la fatigue nerveuse ou musculaire, et accidentellement à titre de lénitif des affections pathologiques.
L'instinct de nutrition. — L'appétit de la nutrition, ou rinstinct de se nourrir, qui occupe le premier rang dans les appétits- spéciaux, n'est pas une de ces tendances dont le stimulant est toujours présent dans les organes viscéraux, comme le besoin de respirer Test dès le moment de la naissance ; ce stimulant a besoin d'être cherché, et, par suite, l'état des viscères auquel correspond l'appétit pour la nourriture se reproduit à des intervalles réguliers.
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Même dans les derniers temps de la vie utérine, l'ùnioù intime entrô l'activité sensorielle et les besoins viscéraux est établie relativement à cet instinct : c'est que ses foncl»as «ont trop délicates, trop importantes, trop complexes, pour que les organes destinés à y coopérer ne soient pas capables d'entrer en jeu au moment de la naissance, qui, on le sait, est soumis à une Foule de variations accidentelles. Les faits suivants, rapportés par Houzeau, n'ont donc aucune invraisemblance. « Le mammifère et l'oiseau ingèrent avant de sertir de leurs enveloppes : le poulet consomme le blanc de l'œuf, l'enfant boit l'eau de l'amnios, et il en est de même du veau et de la plupart des mammifères. Cette alimentation foetale est l'origine des selles souvent copieuses deô animaux nouveau-nés. Mais le veau fait plus encore. Il est démontré qu'il se lèche dans le corps de sa mère; on trouvé dans son estomac, avec de l'eau de l'amnios, des paquets de son propre poil... L'instinct de se nourrir est donc inné, comme le besoin même de prendre de la nourriture {!). » On doit même ajouter qu'il est déjà spécialisé, « qu'il ne porte pas l'être indifféremment vers tous les objets, mais vers une certaine classe d'objets. » Après les premiers mois d'allaitetaent, l'enfant montre des tendances très caractérisées d'omnivore, quoique affectant selon les individus, des appétences, des dégoûts, des préférences particulières.
L'instinct de nutrition est inné ; quant à la faculté de se nourrir, d'opérer les actes qui la favorisent, elle est jusqu'à an certain point connée, mais non parfaite au premier jour. Certains animaux la possèdent entière, dès la naissance : certains animaux, dit Bastian, sont capables de manifester cette faculté «presque immédiatement après la naissance, et sans tenter auparavant d'essai infructueux i%) » ; par exemple, le
1. Etude sur les facultés mentales des animaux, T. I, p. 493.