‹ La psychologie de l'enfantChapitre 33 sur 109 · LES CARACTÈRES DE I/INSTJNCT · texte numérisé non relu

LES CARACTÈRES DE I/INSTJNCT

9 arrive à développer ses organes de locomotion et de préhension,, qui, s'ils étaient parfaits en l'absence de l'expérience intellectuelle et morale qu'il doit pousser si loin, l'exposeraient à des mécomptes graves, à des erreurs dangereuses, à des essais et à des jeux fatals ! De même, l'enfant possède assez tôt les signes, gestes ou cris, des émotions et des volitions ; mais ce n'est que lorsque ses facultés psychiques ont déjà acquis un développement supérieur à celui de beaucoup d'animaux adultes, qu'il débute dans les essais de la parole, apprentissage assez long, qui lui est, d'ailleurs, facilité par les leçons et par l'exemple,

Ainsi, ni chez l'homme, ni chez l'animal, l'instinct n'est un guide uniforme et infaillible. Comme pour l'animal, mais dans des limites en général moins restreintes, il y a pour l'enfant un développement plus ou moins facile et sûr de Tins* tinct à poursuivre ; il doit mener de front l'apprentissage de tous ses sens, de toutes ses facultés, émotionnelles, intellectuelles, volitionnelles et morales. On est frappé, il est vrai, de la lenteur des progrès de l'enfant, quand on les compare à ceux des jeunes animaux : mais un enfant d'un an est, à beaucoup d'égards, beaucoup plus avancé que ne le sera jamais un animal adulte. A ces mêmes égards, les enfants diffèrent les uns des autres, selon leurs énergies natives, selon la force des transmissions héréditaires, et selon la nature des circonstances extérieures dans lesquelles a lieu leur développement (1). C'est ce que ne doivent jamais perdre de vue les personnes que leur rôle naturel met en rapport avec de jeunes enfants. Leur influence, qu'elles le veuillent ou non, n'est indifférente, pi au point de vue quantitatif, ni au point de vue qualitatif, au développement des instincts, quels qu'ils soient, de leurs pupilles. Grande

1. On peut lire d'intéressantes observations sur la plasticité 4e l'instinct dans le livre de M. Bastian : Le cerveau organe de la pente, 1. 1, p. m et siiiv,

serait leur erreur, si elles croyaient que la nature fait tout, autrement dit que les instincts, fruit de l'expérience héréditaire, par une sorte de grâce providentielle, dispensent le jeune être de l'effort que coûte l'expérience.

Partisans de la doctrine d'évolution, nous devons nous garder avec soin de tomber dans l'erreur où tombaient autrefois, par une exagération en sens contraire, les défenseurs optimistes des causes finales. Ne sacrifions pas l'expérience personnelle à l'expérience de l'espèce : L ne croyons pas que l'apprentissage de la vie n'est qu'une réminiscence, que l'enfant n'a qu'à répéter machinalement ses ancêtres. Comme on l'a très bien dit, « malgré la transmission héréditaire des instincts, tout est perpétuellement à refaire, à recommencer, pour chaque individu nouveau, et la vie se compose, non d'une série de réminiscences faciles, mais d'une suite d'acquisitions laborieuses et de conquêtes personnelles... 11 ne faut pas, en un mot, que l'évolution de l'espèce nous cache et nous dérobe l'évolution individuelle (1). »

L'activité instinctive présente chez le nouveau-né, ou chez l'enfant âgé de quelques semaines, un grand nombre de formes, dont les principales vont être l'objet d'un rapide examen. Nous distinguerons d'abord les tendances généles, appétits ou instincts simples, et les tendances spéciales, appétits ou instincts complexes. Parmi les premiers nous rangerons les instincts du goût, de Todoration, de la vision, de l'audition, du toucher, de l'activité musculaire, de l'équilibration thermique; et parmi les seconds les instincts de nutrition, de sommeil, de phonation, de locomotion et de sexualité.

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