‹ La psychologie de l'enfantChapitre 36 sur 109 · L'INSTINCT DE SOMMEIL · texte numérisé non relu

L'INSTINCT DE SOMMEIL

qui se dispose à se couchçr, et le balancement ou le bercement, accompagné d'En chant monotone, pour l'enfant. Le sommeil est intéressait à étudier, au double point de vue du physiologiste et du psychologue.

La cause physiologique du sommeil est inconnue. Quelque hypothèse que l'on admette pour l'expliquer, la congestion ou l'anémie cérébrale, on peut du moins observer les caractères assez constants de ce phénomène. Il s'empare par degrés chez l'adulte, et souvent brusquement chez l'enfant, des différents organes : ce sont d'abord les muscles des membres, les bras, les jambes, qui s'immobilisent dans la position qu'ils ont choisie ou rencontrée : après les m^nbres, les muscles volontaires du tronc se relâchent et s'arrêtent dans une flexion plus ou moins complète. On a rémarqué aussi que pendant le sommeil, la respiration devient plus rare, le pouls moins fréquent.

Que devient l'état mental de l'animal endormi ? Pendant que les fonctions nutritives continuent et les mouvements réflexes .persistent, le cerveau cesse-t-il de fonctionner? Le sommeil n'abolit-il qu'une partie des phénomènes de l'activité psychique? On n'en sait rien. Il est probable que l'abolition des états mentaux n'est jamais absolue, qu'elle n'atteint jamais toutes les régions du cerveau, même quand le sommeil est profond.

11 est du moins certain, le souvenir et la nature des rêves le prouvent, que les hémisphères cérébraux ont, pendant le sommeil, une grande aptitude à recommencer leurs fonctions, quoique toujours d'une manière incomplète. On sait aussi que les impressions venues des viscères, une gêne même légère de la circulation ou de la respiration, une pression musculaire trop forte, la réplétion ou la vacuité de l'intestin, ou même des perceptions du monde extérieur brusquement et désagréablement ressenties, donnent lieu à des idées et à des émotions très pénibles, provoquent des cris et des mouvements en rapport avec de semblables images.

Quoique le rêve ne paraisse pas exclusif du sommeil même profond, il est en général une fatigue pour les organes. Le sommeil équivaut à une réparation et aune mise en réserve de forces; et l'activité intempestive du rêve est une dépense prématurée des forces destinées à l'activité de la veillé.

Mais quand il est léger, intermittent, flatteur, qu'il n'empêche pas le sommeil complet des principaux organes, et qu'il n'exerce qu'à demi, sans le fatiguer/ l'organe cérébral, le rêve, indifférent au point de vue physiologique, n'a rien que de très-favorable au développement de l'être intellectuel et moral. En l'absence de perceptions actuelles, les perceptions pastées s'élaborent, sous la loi de l'association, et sans le contrôle et les obstacles de la réalité ; l'esprit semble s'isoler du monde extérieur pour s'abandonner librement à son œuvre d'ihcubation et de digestion idéale.

Alors, peut-être mieux qu'à l'état de veille, l'association et la dissociation fortuites des images produisent comme par surprise ces abstractions par lesquelles les formes individuelles se détachent des masses, les détails des ensembles, les qualités des objets : on ne peut douter que dans le rêve le cerveau de l'enfant ne soit traversé par des images aussi vives en elles-mêmes que peu conformes aux réalités absolues: des hallucinations de sons, de couleurs, d'impressions tactiles, de sensations musculaires, de formes isolées ou groupées, d'objets semblables, de semblables différenciés, bien plus, de séries d'actions accomplies par un plus ou moins grand nombre d'acteurs, et donnant lieu à des raisonnements et à des sentiments concordants. Toutes les opérations intellectuelles, toutes les facultés affectives, s'exercent dans le rêve avec d'autant plus de facilité et d'utilité, qu'elles opèrent avec leurs seules ressources : dans cet état, l'esprit travaille sur son acquis, sur ses idées, en quelque sorte sur lui-même. Ainsi l'on peut dire que le sommeil est pour l'enfant un repos général de l'activité musculaire, sensorielle U cérébrale, mais avee des reprises intermittentes d'activité

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d'autant plus agréables et utiles que les fèves sont plus rares et plus légers. On sait, du reste, que l'enfant de deux ou trois ans rêve plus que celui de six ©ois ou d'un au, l'enfaût de six à dix ans plus que celui de trois ans, l'adulte moins que l'adolescent, et le vieillard moins que l'adulte ; la fréquence et la vivaeité des rêves, bien entendu, à l'état normal du sujet, paraissent correspondre au degré d'excitation eu d'activité psychique.

Le rêve n'est pas seulement un fait important de la vie psychique, intéressant nos facultés intellectuelles ; son influence s'étend à nos sentiments, et jusqu'à notre moralité. Les états mentaux qui se produisent avec ou sans eenscieflce pendant le sommeil sont la suite et la préparation de certains états mentaux de la veille. « Il se peut, dit M. Ch. Levêque, que les dispositions tristes ou gaies de la veille soient un écho affaibli des agitations du sommeil, et même que ces intimes ressentiments aillent jusqu'à produire certains actes de notre journée (t). » Il est, en effet, bien certain que le souvenir n'est pas la seule trace que les rêves puissent laisser après eux. Selon la nature des rêves qu'il a faits pendant la nuit, l'enfant éveillé montre une humeur plus ou moins gaie, une tendance plus ou moins grande à obéir, etc.

J'ai suffisamment parlé de l'instinct de locomotion au chapitre des mouvements, pour qu'il soit inutile d'y revenir ici. Il sera question de l'instinct de phonation dans le chapitre consacré au langage. Les considérations touchant l'instinct de sexualité trouveraient aussi leur place naturelle dans un chapitre consacré à la pudeur ou au sens moral ; mais il m'a paru bon de lui accorder quelque attention dans ce chapitre consacré aux tendances spéciales.

L'instinct sexuel. — La localisation dans l'encéphale de l'instinct sexuel est loin d'être déterminée. L'hypothèse de

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