LA CRAINTE
la peur chez le nouveau-né, leur cause est souvent si faible, qu'il n'est pas toujours donné de la prévoir ou de l'écarter. L'audition brusque de toute espèce de bruits, presque toutes les apparitions soudaines d'objets nettement vus, dérangent le repos de l'enfant. À trois mois, et même auparavant, la simple vue d'un visage étranger le fait quelquefois s'agiter et respirer au point de sembler anhélant.
Darwin a noté des signes de crainte dès les premières semaines, à l'occasion du moindre bruit inattendu, et plus tard, à l'occasion de bruits ou d'attitudes étranges. Il parle de la crainte éprouvée par certains enfants plus âgés, quand ils se trouvent dans l'obscurité, mais sans nous dire s'il croit cette disposition héréditaire. Il est à croire que son opinion est telle, car il attribue, et, selon moi, non sans une apparence d'exagération, la peur ressentie par son enfant, au Jardin Zoologique, en présence des animaux de grande taille, à des « effets héréditaires de dangers réels et de superstitions abjectes qui datent de l'époque de la vie sanvage. » Plein de déférence pouf les opinions de l'illustre physiologiste, je me demande cependant si un enfant de deux ans et trois mois ne peut pas tenir en partie de son expérience comparative cette frayeur causée par la vue d'un animal énorme, et s'il est besoin de reculer jusqu'à l'expérience de ses ancêtres sauvages pour expliquer chez lui cette manifestation particulière d'une tendance héréditaire seulement dans ce qu'elle a de général.
On peut rapporter sans doute à l'époque de six ou sept mois, l'observation suivante de Ch. Bell (1) : « Si nous faisons sauter l'enfant dans les bras, il reste immobile lorsque Dons Télevons, mais pendant la descente, il se débat, et fait des efforts. Quand la nourrice le pose sur ses pieds, en formant un cercle de ses bras autour de lui, il apprend len-