‹ La psychologie de l'enfantChapitre 49 sur 109 · LA COLÈRE · texte numérisé non relu

LA COLÈRE

une passion d'explosion ~ elle peut donc, par sa fréquence et ses excès, nuire au développement physique et moral de l'enfant, autour duquel doit circuler une atmosphère de douce sérénité, et dans lequel on doit s'efforcer de maintenir le calme intérieur. La colère peut avoir surtout des effets désastreux chez les enfants prédisposés aux maladies convulsives, à un âge où les ébranlements du système nerveux n'ont point pour contrepoids la masse et les actions d'un système musculaire suffisamment organisé. Quoi de plus propre à enrayer les progrès de la bienveillance ou. de la docilité dans un enfant de six à sept mois qui contracterait Thabitude de s'irriter pour les moindres causes, parce qu'un objet qu'il veut saisir lui glisse des mains x parce qu'on lui donne un aliment ou un jouet qu'il ne veut pas, parce qu'une personne étrangère lui parle ou le cajole? Quel spectacle moins charmant que celui d'un joli bambin d'un ou deux ans, qui décharge habituellement sa fureur plus ou moins motivée sur les meubles, les ustensiles de cuisine, les instruments, les livres, les fleurs, les fruits, les aliments, sur les animaux, sur ses bonnes, et, même sur ses parents?

J'ai vu une petite capricieuse de onze mois, se mettre dans une violente fureur, parce qu'elle n'avait pu réussir à saisir le nez de son grand-père. Une autre âgée de deux ans avait une belle poupée, dont elle était très fière : ses parents l'ayant emmenée aux eaux de Cauterets, elle vit, à la descente de voiture, une enfant avec une poupée pareille à la sienne : cris de paon, paroxysme de rage ; elle sauta sur l'enfant, l'égratigna, la battit, la mordit, et on dut la lui arracher des mains : sa colère avait été si forte, qu'elle en fat malade trois jours. Une autre petite fille du même âge avait de tels accès de rage, lorsque sa mère la couchait, que les voisins étaient obligés d'intervenir pour la calmer ; mais il y en avait un qu'elle craignait surtout, et dont la vue suffisait à l'apaiser, un monsieur à grosse voix

et à grande barbe, qui la fouettait quelquefois dans son petit lit. Un petit garçon âgé de quinze mois mordait sa mère, quand elle le mettait dans le bain. Un autre âgé de trois ans, que ses inconvenances avaient fait renvoyer de la salle à manger, revint aussitôt après et se coucha par terre en travers de la porte, en jouant des bras et des jambes, et jetant des cris affreux.

D'après ce que nous venons de dire des avantages et des inconvénients de la colère, il me semble qu'on peut, a posteriori comme a priori, la ranger dans cette classe de sentiments fondamentaux qu'on .perdrait son temps à vouloir détruire, mais qu'il faut s'efforcer de diriger et d'élever. Il faut voir en elle un des éléments les plus féconds de l'activité Jiumame, qui s'unit à la sympathie pour exciter au dévouement, et peut aider à la formation des habitudes morales, soit en forçant l'enfant à faire un retour sur luimême, soit en lui inspirant, dans la mesure permise à cet âge, un germe de

ces haines vigoureuses Que doit donner le vice aux âmes généreuses*

Jalousie. — L'instinct de la jalousie, commun à tous les animaux, inégalement accusé chez les individus d'une même espèce, se produit dans des circonstances et avec des manifestations très diverses. Elle n'est pas toujours l'indice d'une sensibilité très vive ou d'une personnalité excessive, car elle se montre très énergique chez des enfants et des adultes d'un caractère calme et coulant d'ailleurs : tantôt elle éclate comme un incendie, tantôt elle couve sous la cendre. L'amour et l'affection lui sont un excitant des plus violents ; mais elle peut naître à l'occasion de tout objet possédé ou recherché par autrui. Un chat, un chien, sont jaloux d'un autre, à propos d'un aliment, d'une place occupée, d'un jouet, de' caresses. Un moineau apprivoisé par une dame était jaloux des chats qu'elle caressait, des

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