LA JALOUSIE
personnes qui entraient dans sa chambre : ses attitudes, ses cris, tout l'indiquait. De même, un enfant de trois mois se montre jaloux des personnes qui s'approchent du sein de sa nourrice ou qui touchent son biberon ; il est jaloux des caresses de sa mère. A quinze mois, un autre enfant se montre jaloux quand on donne du sucre ou du dessert à sa bonne.
La jalousie s'éveille à propos d'objets très différents : elle se confond quelquefois avec l'envie, l'appropriation, et l'imitation. Les enfants veulent souvent les choses, moins pour les avoir, pour en jouir, que pour ne pas les voir entre les mains des autres. Ils agissent à l'égard des choses comme à l'égard des personnes. Un enfant de quinze mois faisait des scènes de jalousie très curieuses. Son père et sa mère faisaient-ils mine de s'embrasser devant lui, il courait en grondant les séparer, et il repoussait le père, qui est loin d'être lé préféré. Le même enfant, à la même époque, ne pouvait rien voir entre les mains d'un autre sans le demander, sans chercher à le toucher ou à le prendre; on ne faisait aucune opération à portée &e ses yeux et de son intelligence, qu'il ne vînt s'en mêler : dans la cuisine, il lui fallait un couteau, ou un semblant de couteau, pour travailler avec des détritus de légumes, quand la bonne préparait la soupe. Quand son frère aîné écrivait, il lui fallait une chaise haute devant la table, du papier et une plume, avec quoi il croyait faire la même œuvre que son frère : une fois il demandait très sérieusement le blaireau à son père, pour se raser aussi. Les tendances propriétaires et imitatives entrent donc pour beaucoup dans les manifestations de la jalousie ou de l'envie.
Les pères n'ont guère à se préoccuper des préférences que leurs enfants accordent en général à leurs mères ou à leurs nourrices : elles sont dans la nature, et plus utiles que nuisibles au développement intellectuel et moral de l'enfant. De leur côté, les mères ne doivent pas s'inquiéter
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m LA PSYCIIQLOGIE DE L'ENFANT
outre mesure des petites infidélités que ces cœurs frivoles peuvent faire à leur tendresse. Chez les ûrçs et chez les ftutress, la jalousie serait fort peu raisonnable, et pourrait, d'ailleurs, se traduire par des effets d'un mauvais exemple pour l'enfant.
Il entre sans doute toujours un peu d amour-propre, sinon de vanité, dans la jalousie qu'un enfant jnoptre à ses jrères et à sçs sœurs, surtoutà l'égard des marques de tendresse et des attentions qu'on a pour eu$. Chez le fils de Tiedemann, âgé de vingt-deu* mois, « la jalousie et la vanité se développaient de plus en plus ; si l'on flattait sa petite sœur, il arrivait pour qu'on le flattât aussi; il cherchait â lui prendre ce qu'on lui donnait, et même à la frapper en cachette. * Quelques mois auparavant, à la naissanco de sa sœur, l'enfant avait manifesté des signes de mécontentement; il voulait la battre, toutes les fois qu'elle était dans le giron de sa mère ou dans son lit à lui, parce qu'il lui était désagréable de se voir enlever quelque chose qu'il avait exclusivement possédé longtemps.
Un de mes neveux, à l'âge de trois ans, parlait continuellement d'un frère qu'il devait avoir bientôt. « Comme je l'aimerai, disait-il à chaque instant ! » Mais quand il l'eut vu accaparer le sein, les baisers, les caresses de sa mère, les soins et l'attention de son père, il ep témoigna très haut son mécontentement. Il dit même un jour à sa mère : « Est-ce qu'il ne va pas bientôt mourir, le petit Fernand? » Quand le nouveau venu se mit à marcher et à parler, l'autre lui faisait mille méchants tours : il le battait, le tirait d'une chaise pour se mettre à sa place, lui criait dans les oreilles, l'appelait vilain et méchant, lui prenait des mains les jouets, contrefaisait son langage et sa démarche.
Sentiments 'variés. — Lorsque l'expérience du petit enfant lui a signalé un certain nombre d'objets comme pouvant lui procurer des sensations agréables ou pénibles de la vue eu du tact, sas heures de veille sp partage^ de