‹ La psychologie de l'enfantChapitre 59 sur 109 · Mme Neçker de Saussure. L'Éduc. prog. T. I, p. 123 et · texte numérisé non relu

Mme Neçker de Saussure. L'Éduc. prog. T. I, p. 123 et

dame X*** de s'en aller? Il y a longtemps qu'elle est là. » J'aime mieux, même chez un enfant âgé de quatre ans, cette innocente rusticité qu'une formule de politesse répétée, non pensée.

Une autre raison bien digne d'être prise en considération doit nous engager à ne pas étouffer l'initiative propre des enfants par l'influence abusive de notre activité sur la leur. Les animaux nous montrent une sorte d'individualité dans l'action, qui n'est pas le propre de l'homme; le développement de leurs forces et de leur adresse les réjouit au plus haut degré, quand ils sont jeunes, et plus tard leur inspire une sorte de confiance orgueilleuse. On observe la même chose chez le petit enfant. Tiedemann dit de son fils âgé de quinze mois, et son observation aurait pu être faite encore plus tôt : « Quand il avait fait quelque chose de lui-même, donné un certain mouvement à ses jouets, il se réjouissait visiblement et trouvait du plaisir à réitérer. » La réflexion qui suit a la même justesse : « Les enfants, en général, aiment à faire eux-mêmes ce qu'il leur a fallu jusque-là laisser faire par d'autres ; c'est pourquoi ils veulent prendre leur nourriture de leurs propres mains, et ne veulent pas se laisser manier par d'autres pour s'habiller, se lever, etc. » Cette liberté d'action, même dans les actes imités, est une des conditions du bonheur de l'enfant, outre qu'elle a pour effet de l'exciter à exercer et à développer toutes ses facultés. L'exemple est le premier maître ; la liberté est le second, par ordre d'évolution, mais un maître supérieur au premier, parce que l'attrait est son auxiliaire.

L'instinct de crédulité n'est pas autre chose, à l'origine, que l'instinct de croyance. Il nous est impossible d'avoir une sensation ou une perception, et enfin une idée claire.

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sans la rapporter d'abord à un objet préseDt, et plus tard à un objet qui Ta été ou qui pourrait l'être, en un mot, à un objet réel. C'est pourquoi la croyance, ou, si Ton veut, la crédulité, se confond pour l'enfant ou le jeune animal sans discernement, et jusqu'à un certain point pour le demicivilisé (qu'on appelle sauvage), avec le désir de voir tel ou tel objet présent ou connu, et de le voir avec tels ou tels attributs a£réable3 ou désagréables. L'enfant commence par une foi vive en la vérité des apparences. Cependant il fait chaque jour des expériences qui lui apprennent, non pas à se défier des apparences en général, mais de certaines apparences : sous ce rapport, sa faculté de distinction et de généralisation a fait des progrès incontestables, pendant l'époque importante du troisième au sixième mois.

Un petit enfant de sept mois, qui me rend visite, est sur ma table, tantôt assis, tantôt couché, au hasard de ses jeux. Je mets une brosse à sa portée, les piquants dressés. L'enfant y appuie ses deux mains, et bientôt les relève, assez lentement, d'un air fort grave. Son attention est attirée d'un autre côté. Quelques minutes après, je lui fais recommencer l'expérience, et j'observe un peu plus de rapidité dans les mouvements de recul. Je la lui fais recommencer cinq fois, en variant les circonstances et ménageant les intervalles : je ne remarque aucun fait nouveau. Un quart d'heure s'étant écoulé après la septième expérience, je mets encore Georget en situation de toucher la brosse. Cette fois, à première vue, il se retire brusquement, avant d'avoir touché l'objet piquant. L'ayant bien amusé et distrait, j'ai voulu, une dernière fois, répéter l'expérience. L'enfant regarde la brosse, sans bouger, d'un air fort attentif ; après quelques minutes d'hésitation ou de réflexion, il se rejette en arrière, et embrasse sa grand mère.

L'enfant fait chaque jour de ces expériences, qu'il généralise toujours fort peu, mais qui l'aident,, dans un certain nombre de rencontres, et grâce à l'analogie et à l'associa-

tion des idées, à se comporter utilement à l'égard de certains objets non connus encore. Mais les erreurs qu'il commet si fréquemment ne lui sont pas connues comme erreurs : ce ne sont pour lui que des expériences isolées. Aussi, dans la plupart des cas, ce petit être encore plus irréfléchi qu'inexpérimenté, juge-t-il d'après les apparences.

À plus forte raison l'enfant s'en rapporte-t-il aveuglément, je ne. dis pas à la parole, mais aux paroles des autres. « Les sons que l'enfant s'est habitué à reconnaître et à attacher à certains objets quand il a appris à parler, réveillent naturellement, aussitôt qu'il les entend de nouveau, la pensée des mêmes objets : jusqu'à ce que ces associations aient été rompues par l'expérience de l'erreur et du mensonge, elles se reproduisent toujours naturellement et infailliblement. Les mêmes mots rappellent toujours les mêmes idées. Si, toutes les fois qu'on a dit à l'enfant : « J'ai un gâteau pour toi, » on lui a réellement apporté un gâteau, il est impossible que les mêmes mots prononcés une fois de plus ne réveillent pas en lui la même idée et la même attention ; et si un jour, au lieu du gâteau promis on lui montre une poignée de verges, il éprouvera une déception soudaine que rien ne pouvait lui faire prévoir, et qui se traduira par-des cris. On voit assez que l'instinct de véracité est inutile pour expliquer ces faits (1). » Je suis de l'avis de M. Janet : il n'est pas besoin de recourir, comme Reid l'a fait, à Tinstinct de véracité pour expliquer la croyance naturelle des hommes au témoignage des autres hommes : elle a pour principe la croyance naturelle de l'enfant au sens exprimé par les mots, c'est-à-dire à l'objectivité des idées que les mots expriment. Même à l'âge de deux ou trois ans, lorsque l'enfant a déjà fait l'expérience du mensonge et de l'erreur, il peut mentir sans cesser de croire à la véracité d'autrui. Il ne se défie que

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