Dictionnaire de médecine
« Ce qui est remarquable, c'est qu'à ces exemples si nombreux de manie enfantine, dont nous pourrions encore prolonger rénumération, l'observateur ne puisse ajouter un seul cas de monomanie. La fixité des idées folles est tout aussi incompatible avec la manie de l'enfant que la fixité des idées normales et raisonnables. La petite folle observée ■ par le D r Châtelain changeait sans cesse de pensée. « Ordinairement une idée quelconque la préoccupait exclusivement pendant un jour ou deçx, puis s'effaçait pour céder la place à une autre. » La monomanie paraît être au premier abord un signe de grande faiblesse intellectuelle, puisqu'alors toutes les idées, tous les sentiments, sont comme annhilés devant une seule pensée, devenue souveraine maîtresse de la conscience. Et cependant, si l'on y réfléchit, la monomanie suppose une certaine force de l'intelligence, une certaine puissance de concentration, puisqu'elle est un délire tout à fait systématisé. L'enfant, avec la mobilité et l'inconsistance de ses idées, avec ses impressions flottantes et encore mal établies, peut facilement délirer, c'est-à-dire passer d'une idée à une autre sans suite et sans raison : mais on comprend qu'il n'ait pas la force nécessaire pour grouper d'une manière permanente toutes ses facultés autour d'une seule conception folle. Voilà pourquoi sans doute le désordre intellectuel se manifeste chez lui par la succession rapide et incohérente, par la fuite incessante des idées, courant éperdues les unes après les autres, plutôt que par la concentration obstinée de toutes les forces de l'esprit dans une même direction (1). »
Ce qui peut quelquefois nous tromper sur les manifestations de la vraie folie chez l'enfant, c'est la vivacité, l'impulsivité, l'exubérance et l'indépendance propres à son âge. Nous serions, il est vrai, quelquefois bien mal venus
1. Ces remarques s'accordent avec celles que j'ai exposées au chapitre de la mémoire.
à prendre la vive et pétulante humeur de ces irrêguliers % qui se rangeront, hélas ! beaucoup trop tôt, pour des signes quelconques de perturbations mentales. Il n'en est pas moins vrai qu'on peut retrouver dans l'enfant, comme une image affaiblie de la folie de l'homme à tous les âges. L'observation réclame ici les précautions les plus délicates. Le somnambule n'est pas un fou, mais il se comporte comme un halluciné impulsif ou automatique. De même l'enfant dans bien des cas, et il n'est pas sans intérêt de les comparer sous ce rapport l'un à l'autre.
Une des formes les plus curieuses de l'imagination, c'est l'automatisme. C'est un des phénomènes les plus importants du somnambulisme, et qui doit nous aider à comprendre ce qui se passe dans l'imagination de l'enfant. « Si l'on prie un sujet endormi de dire à quoi il pense, il répondra toujours qu'il ne pense à rien et qu'il n'a*pas d'idées. Il faut prendre cette réponse au pied de la lettre. Un somnambule ne pense à rien. Son intelligence est vide; c'est l'obscurité absolue. Cette inertie psychique se manifeste par l'inertie complète de la physionomie et des mouvements volontaires. Mais que l'on vienne au milieu de cette obscurité profonde à présenter une image ou une idée, aussitôt cette idée deviendra prépondérante et occupera l'imagination tout entière Cl). » Ainsi dans l'enfant, l'inertie psychique relative explique la vivacité des impressions, leur objectivité réelle, leur obsession passagère : ils sont comme à la merci des impressions occurentes, surtout de celles qui font la plus intense image. Tout ce qu'ils voient, ils le croient tel qu'ils le voient. Tout ce dont on leur parle, ils le voient. Toutes les idées qu'on leur suggère, leur apparaissent sous des formes sensibles, ils se mettent aussitôt à les exécuter ou à les imiter. C'est ce qui explique la puissante influence de l'exemple sur ces frêles esprits, et aussi la toute-puissante