‹ La psychologie de l'enfantChapitre 81 sur 109 · LES FACULTÉS D'ÉLABORATION DES IDÉES · texte numérisé non relu

LES FACULTÉS D'ÉLABORATION DES IDÉES

« Si l'intelligence ne peut s'exercer sans distinguer, sans comparer, elle ne peut s'exercer non plus sans affirmer, explicitement ou implicitement, verbalement ou non. En d'autres termes, toute opération intellectuelle suppose un jugement : car le jugement, suivant la définition d'Aristote, est une opération qui consiste à affirmer quelque chose de quelque chose. Nous ne pouvons constater une chose sans y croire, et, croire, affirmer, juger, c'est tout un. Qu'est-ce que percevoir un objet? C'est en connaître la forme, la position, la distance, les dimensions, etc., etc. Connaître, par exemple, la distance où un objet se trouve de nous, n'est-ce pas porter sur lui, mentalement tout au moins, une certaine affirmation? Peut-on former une idée générale, sans affirmer que cette idée s'étend à tels individus et comprend telles qualités? Nous voyons sans doute que l'imagination nous fait concevoir des fictions ou des chimères ; mais là encore nous affirmons ou la possibilité des choses que nous concevons, ou le désir que nous aurions de les voir réalisées. Nous affirmons enfin le fait subjectif de ces rêveries, alors même que nous ne pensons pas

qu'elles répondent à rien d'extérieur. En un mot, nous ne pouvons ni percevoir, ni comparer, ni abstraire, ni généraliser, ni nous souvenir ou imaginer, sans porter une affirmation ou un jugement (1). »

Voilà le jugement défini par un psychologue. Un physiologiste va peut-être nous en expliquer, jusqu'à un certain point, l'origine et le fonctionnement. Le jugement ne serait, d'après M. Luys, que la réaction, la répercussion, l'affirmation de notre personnalité, « en présence d'une incitation du monde extérieur, soit d'ordre physique, soit d'ordre moral. L'action de juger, en tant que proce^us physiologique accompli à l'aide des activités cérébrales en mouvement, se décompose en trois phases, qui sont les suivantes: i° une phase d'incidence pendant laquelle l'incitation extérieure vient impressionner le sensorium, et susciter la mise en activité de la personnalité consciente ; 2° une phase intermédiaire pendant laquelle la personnalité saisie, impressionnée, développe ses aptitudes latentes et réagit d'une façon spécifique ; 3° une phase de réflexion enfin, pendant laquelle le processus, continuant son parcours dans la trame cérébrale, s'exporte au dehors en manifestations phonétiques ou manuscrites coordonnées. — C'est la personnalité humaine impressionnée qui sort à l'extérieur, qui s'exhale tout entière, soit en langage articulé, soit en langage écrit (2). » Cette interprétation rend tout à la fois compte, et de la diversité des jugements humains, et de leur plus ou moins de rapidité à s'opérer, et enfin de la nécessité de ces jugements communs à l'espèce, principes du sens commun, qui répondent à ce qu'il y a de commun dans toutes les organisations cérébrales.

Si juger, c'est croire quelque chose de quelque chose, il est évident que les petits enfants, comme les petits animaux,

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