‹ La psychologie de l'enfantChapitre 93 sur 109 · LES ERREURS A CAUSES MORALES · texte numérisé non relu

LES ERREURS A CAUSES MORALES

après dans les mêmes erreurs. L'expérience vient lentement. Voici un exemple de ce genre d'erreurs, qui marque en même temps « l'intime connexion de la pensée et du langage, et le secours qu'Us se prêtent réciproquement. Chez les enfants et chez les animaux, des actions qui nous paraissent sensées, nous les font souvent supposer plus développés intellectuellement qu'ils ne le sont. \Quand un enfant, par exemple, s'aperçoit que la cheville qui retient la roue de son petit chariot est branlante, il en vient bientôt a prévoir que la moindre secousse la fera tomber, et que la roue tombera aussi. Dès lors- l'idée de raffermir la cheville * présente à lui- naturellement, mais on n'est pas bien sûr qu'il y ait autre chose dans son esprit qu'une simple succession d'images. Son action réalise le tableau d'une cheville et d'une roue bien affermies, parce qu'il ne veut pas laisser subsister cet autre tableau où ces mêmes objets, en Paraissant chanceler, présageraient un événement malheureux. Pour qu'il s'occupât de la recherche des causes, «niable exercice du raisonnement, il faudrait que son «prit fît un pas de plus.

« Sans oser décider que ce cas dépende entièrement du ™gage, je dirai que les mots sont un moyen de le francnir. Demandez à l'enfant de vous rendre raison de ce PU fait quand il raccommode son chariot. Les mots dont

se servira en vous répondant l'amèneront à penser qu'il »« conduit en conséquence de certaines lois qui pour- «8 cliquer à toute autre chose qu'à son jouet. L'image Wiculiere s effacera en présence d'idées plus générales. «nous dira que la cheville étant branlante, la roue ne cuvait manquer de tomber, et ce mot branlant, désigna- Il T ^ sé P arable de J'^jet même, applicable à ««e autres objets, et annonçant un événement infaillible, «mot, dis-je, est déjà un germe d'idées générales. La no- «on des effets de la pesanteur, du frottement, enfin des lois

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invariables de la nature, ressortira un jour de l'explication si imparfaite qu'il nous a donnée (1). »

Que d'erreurs font commettre à l'enfant l'amour propre, le sentiment personnel, l'entêtement! Marie est à la balançoire, où elle fait plus de bruit que les trois enfants qui la regardent- faire et attendent leur tour. En cinq minutes, elle trouve le temps de produire plus de vingt phrases, toutes commençant ou finissant par le mot moi. « Regardez-moi, comme je me balance vite ! Personne ne pourrait monter aussi haut que moi ! Regardez, comme je vais toute seule ! » Elle croit tout cela vrai, et il n'en est rien. Illusion jde jugement produite par le sentiment exagéré des faits personnels. Voici un second exemple, qui nous est offert par un enfant de trois à quatre ans, le fils d'un naturaliste, un peu collectionneur lui-même à ses heures. « Papa, j'ai un grand malheur... Je vais te le dire. Çà a commencé par la cuisse. Je portais, commç ça, la boîte au rhinocéros. La boîte est tombée ; la cuisse s'est détachée ; puis le ventre s'est décollé ; et tout le reste aussi. » Ses plaisirs, ses peines, ses malheurs^ ses événements heureux, l'enfant exagère tout, par inexpérience, imprévoyance, et sens personnel.

Inutile d'insister sur les illusions et les erreurs où l'inté* rêt, et surtout l'intérêt gourmand, jette les enfants à tout propos. Tout le monde les a observés. Mais il est curieux de remarquer la facilité avec laquelle leurs tendances ou habitudes intéressées les reportent inconsciemment des meilleures intentions jusqu'à l'erreur, et jusqu'au sophisme pratique. Deux enfants, dont l'un a sept ans, et l'autre quatre, soit par jalousie, soit par distraction, sont souvent peu aimables l'un pour l'autre ; le plus jeune, un peu dominé autrefois, commence à ne plus redouter son aîné, et souvent il le provoque. C'est par lubies qu'ils sont gentils l'un pour l'autre ; ils se disent alors : « Veux-tu que nous

1. M me Necker de Saussure, Yéducation progressive, t. |I, p, 15.

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