‹ La psychologie de Stendhal (volume 2)Chapitre 16 sur 17 · LA TBÉORIE DU TEMPÉRAMENT · texte numérisé non relu

LA TBÉORIE DU TEMPÉRAMENT

(les fil>res, débarrasse le tissu cellulaire «les sucs eu excès ; l'activité des organes de la ,:;éuératiou parait n'être qu'une cause secondaire et dépendante de la première. Mais plus loin, dans son résumé, il aligne sur le même rang la grande capacité de la poitrine, l'énergie des organes de la génération, la souplesse des solides, l'exacte proportion des humeurs, sans leur assigner d'oi-dre de dépendance ; et lorsqu'il s'agit du bilieux, plusieurs causes sont simultanément invoquées ; l'influence du foie et celle des organes de la génération se correspondent ; faut- il explicpier par l'activité de la bile qui accroît celle de la circulation, ces membranes sèches et tendres,, d'où résulte l'accroissement de sensibilité des extrémités nerveuses ?

Cabanis aboutit à distinguer six tempéraments. Le sanguin et le Inlieux s'expliquent comme nous venons de dire, le flegmatique par l'absence ou la diminution des caractères qui fout le bilieux et le sanguin. Le mélancolique est peint d'après le bilieux, mais il lui attribue une constriction du système épigastrique et une raideur des solides qui porte à leur dernier terme les causes de résistance, alors que les moyens de les vaincre n'existent pas. Le nerveux à système musculaire fort, le nerveux à système musculaire faible, l'athlétique ou musculaire n'ont pas besoin d'être autrement définis par nous.

Du reste ces tempéraments peuvent se mêler ou se compliquer ; l'équilibre est un idéal. D'autre part une

maladie est l'excès d'un tempérament. Les habitudes peuvent modifier, mais seulement jusqu'à un certain point, un tempérament (1). Par une hygiène appropriée, on entrevoit le perfectionnement de l'espèce humaine.

Stendhal n'a guère fait que suivre de fort près Cabanis, en corrigeant ce « style vague » qui le désolait.

11 emprunte à Cabanis ses remarques sur le phosphore et sur l'électricité, il étend la portée de cette dernière observation de Cabanis par une remarque sur le rapport du galvanisme et du magnétisme. Il suit très fidèlement Cabanis dans sa description des six tempéraments: il ne se préoccupe pas de respecter le monisme de (Cabanis là où on le voit s'ébaucher; par exemple dans le portrait du sanguin, il juxtapose plutôt qu'il ne relie les traits constitutifs. 11 copie en somme Cabanis, dans un abrégé plus condensé et plus nerveux ; il ajoute quelques touches sur l'aspect extérieur. Il traite à part caractère physique et caractère moral. Quand il prétend citer textuellement (2), il ajoute et retranche, c'està-dire qu'il se comporte exactement comme lorsqu'il ne cite pas. Il ajoute à Cabanis quelques identifications contestables : Français ^= Sanguin etc., quelques anecdotes, quelques traits d'expérience personnelle. Ceci est particulièrement frappant pour le mélancolique où

(1) V. le Mémoire : Des tempérarnenls aciiiiis : influence des maladies des régions, du climat.

(2) P. ex. p. 235 (Histoire de la Peinture).

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Stendlial s'est plu à se recoiinaitre (1). Il ajoute à la doctrine des tempéraments, la science de la physionomie ou Lavater, et l'expression des mouvements.

Stendhal suppose l'unité de l'espèce humaine et sa variation par les climats et la région (2). Il réduit à quelques lignes les copieux développements de Cabanis sur l'air, les aliments, les boissons, la veille, le sommeil, les divers travaux, mais il suit de fort près ses idées. La note de THistoire de la Peinture sur l'hérédité des caractères acquis est copiée de Cabanis (3).

Plus tard il se ralliera à l'Anthropologie d'Edwards et le suivra dans sa description des races que l'on rencontre en France (4). C'est ainsi qu'il note fort justement l'enrichissement de la connaissance de l'homme. « Après la dernière moitié du dix-huitième siècle, on a parlé de trois moyens de connaître les hommes : la science de la physionomie ou Lavater; la forme et la grosseur du cerveau, sur lequel se modèle les os du crâne, ou Gall; et enfin la connaissance approfondie

(1) Comme l'a montré Arbelet, p. 259, ce portrait est emprunté en grande partie à Pinél. Manie, p. 138.

(2) Cabanis, II, 435. Les tempéraments acquis « développés lentement et successivement dans les générations, confirmés par l'action constante de leurs causes et transmis des pères aux enfants, à travers une longue succession d'années ». Voir Arbelet, 2G8-269.

(3) //. delà P., 238.

(4) Touriste, I, 131 et suiv. ; L^dwards et.lussieu, Drùlard, \, 290. Towiste, II, 25 et suiv.

des races Gael, Kiniri et Ibère que ron rencontre en .France » (1).

Mais cette analyse physique de l'homme ne dispense pas de la connaissance de l'homme moral. « Lorsqu'on cherche à distinsuer dans un homme la race Gaël, Kiniri, ou Ibère, il faut considérer à la fois les traits physiques de sa tête et de son corps, et la façon dont il s'y prend d'ordinaire pour aller à la chasse au bonheur » (2). Et il y a au-dessus des passions, le revêtement social des mœurs. C'est ainsi qu'un même pays se divise en zones de civilisation, dans la formation desquelles les facteurs physiques, psychologiques et sociaux interviennent également (3).

La géologie morale découvre successivement les assises de la nature humaine, depuis le remplissage « c'està-dire, ce que la politesse, l'usage du monde, la prudence, fait sur un caractère » jusqu'au granit « le caractère naturel d'un homme, sa manière habituelle de chercher le bonheur » (4). Dès que l'homme devra faire quelque chose d'important à ses yeux, il suivra le contour de granit de son caractère.

(1) Ihid ,26. Stendhal l'ait des réserves sur Gall. Promenaife<!, 11,300.

("2) Touriste, II, 26. (If. I, 34. « Si le lecteur avait la patience d'un Allemand, je lui aurais présenlé pour chaque province le récit authentique de la dernière cause célèbre qu'on y a jugée ». Protnenndes, I, 99.

(3) Pour le iacleur'géographique, v. Touriste, I, 87 et Brùlard, 1,44. Pour les zones de civilisation en France. Touriste, I. 77; en Italie, R. N. F., 8i, 3S2. Promenades, \, 99.

(4) Corr., Il, 248 (1822).

NOTE BIBLIOfiliAPHIQUE

Nous liions Stendhal :

lu d'après l'éililion Chiiinpion poiu- la vie de Henri Brùlard (Champion, 1913) ; pour Haydn. Mozart et Métastase (Champion, 1914);

20 pour les ouvrages non publiés par Champion, daprès l'édilion Michel Lévy, Paris, 1854. Pour les ouvrages non publiés par Lévy, lindicalion du litre suffit.

Pour la bibliographie stendhalicnne, nous renvoyons à Cordier {Bihliof/rapliip stendhalienne, Champion, 1914).

Voici les éditions ijue nous citons pour les auteurs, autres que Stendhal, et cités plusieurs fois :

Bichat : Recherches physiologiques sur la vie et la mort. Paris, Brosàon, 1805.

Cabanis : Rapport du physique et du moral de l'homme. Paris, Béchet, 1824.

Chamtort : Œuvres. Jouaust, 1892.

Deslutt Trac}' : Eléments d'Idéologie. Paris, 1817. ^ Diderot : Œuvres (éd. .\ssézat). Paris, 1877.

Duclos : Œuvres. Paris, 1821.

Helvelius : Œuvres complètes. Paris, 1795.

Vauvenargues : Œuvres. Paris. 1820 et 1821.

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