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rares | moments, imparfaitement et sous des voiles, il
ut dire, dès le début de l'analyse, que malgré l’apparence elle est au fond du caractère ; et toute l'énergie de premier plan tombera devant un élan de cette
(4) Corr.. IL, 448.
DeLacroix — Stendhal 10
tendresse, qu'elle a pourtant si souvent refoulée où dénaturée.
Cette jeune énergie, amoureuse de l'énergie, se heurte d'emblée aux conditions les plus hostiles, les plus comprimantes : régime politique, humilité de cons dition, enfance contrainte et malheureuse. La brillante carrière napoléonienne est fermée; ce n'est plus Le temps où un lieutenant obscur et sans fortune se fais sait le maitre du monde avec son épée. Napoléon a déchainé l'énergie ; mais les voies où elle pouvait se satisfaire sont fermées maintenant. L'adorateur de Napoléon, l’enfant qui voyait passer avec ébahissement les manteaux blancs des dragons d’Espagne, l'écouteut du vieux chirurgien major, fera le détour par l’hypos crisie et la prêtrise ; « Le bel état de prêtre qui mène À tout ». | | 4
Il y a, dans son courage, de la timidité passionnée
de la timidité vaincue.{Son courage, devant l’obstacle; se change en témérité ; mais l'obstacle le fait souffrir il y a, à toutes les étapes de son élévation, de l'orgueil souffrant et de la férocité. | L
S'il aime Mme de Rénal, c’est d'abord qu'il se doit soi-même d’être son amant, c’est d'abord par devoil envers soi, par crainte d'infériorité, par soin de sa
gloire ; c'est un amour d'orgueil et de vanité ; lorsqu'il
* Ro
a triomphé, malgré son genre d’amour et à cause d'u
amour tout différent qu'il inspire, débarrassé de si crainte, dans la tendresse qui s'épanouit, il y a encoré
de l'ambition et de l'amour propre. Sa méfiance et son orgueil souffrant exigent de sa timide maitresse un amour à sacrifice ; dans Les moments les plus passionnés, Bresté un politique ; dans l’amour il éprouve toutes les voluptés de l’orgueil ; et pourtant il est capable de transports d'amour et il arrive parfois à la volupté de l'âme. Mais il lui faut passer par l'amour de Mathilde et Par l'épreuve de la mort pour aimer: vraiment Mme de Rénal.
- Mme de Rénal est une âme naïve et elle n’est altière qu'à l'égard des platitudes du monde dont elle s’est lésintéressée ; elle s’est réfugiée dans la vie intérieure : l'y a en elle un penchant décidé à la dévotion pasionnée ; elle est comme au-dessus des intérêts de la ie. Son amour commence dans un moment de surprise rofonde et à la faveur d'une gracieuse image : il est labord une joie pure et qui s'ignore ; il faut que les Sitations de la jalousie le révèlent à elle-même. Des roubles de la passion naissante il se dégage de l'amour ur, qui s'exaspère par Les remords, par la grande crise orale qui oppose la mère et l’amante, Mme de Rénal acrifie son âme.
Julien et Mathilde de la Mole sont deux formes semlables d'énergie : le plébéien révolté, la patricienne Dre tous deux en lutte contre le même milieu Gal qui leur est également défavorable, et qui les blige à une égale dissimulation : c’est cette commuauté de lutte, cette identité d'essence qui fait ce qu'il
y a de profond et de factice dans leur amour. Un même amour en chacun d’eux s’affronte et se combat: ou plutôt ils auraient pu s'entendre, s'il n'y avait chez Julien un fond qui déborde cette forme d'amour, et qui fait qu'à certains moments il le dépasse, qu'à certains moments l'amour pur dissout le mélange d'amour e d'orgueil et qu’à la fin, quand il n’y aura plus que dé l'amour, cet amour ira à l'amour et sera pour Mme di Rénal. | î Mathilde est une âme haute et froide qui se forge ur sentiment passionné. Le fond de son âme, c’est l'amoul du danger et du jeu, le courage, le besoin d’ anxiété les souvenirs de la Fronde la hantent; elle est pareil aux grandes dames de ce temps. Aussi elle s’ennui dans les salons aimables et dans l'esprit convenu d l'époque Charles X : ennui aigu, désespoir de trouve le plaisir, l'exercice propre à son âme : dans un te monde, toute sa vie ne sera qu'ennui, et lorsqu'elle rêy à l'avenir, elle s'ennuie en espoir. Rien ne peut la gué vir de ce fond d’ennui sans cesse renaissant que d jouer à croix ou pile son existence entière : de là so! amour pour ce qui vainera cet ennui. i Elle s'étonne lorsqu'elle découvre la nature singt
E lière de Julien ; le plébéien révolté et qui la mépri €
efface les aristocrates aimables. Elle s'intéresse à ce È
force semblable à la sienne; l'aimer, c’est braver toi ce qui n'est pas elle. Elle aime en Julien le contraire ce qu’elle déteste, et la réplique déguisée d’une imag
ne . Te - A Mistorique pour qui son adolescence s’est passionnée.
| Par un travail d'imagination, son orgueil se déguise en amour. Quel jeu plus dangereux, quelle audace plus grande que d'aimer un homme, dont tout la sépare : tout, sauf une trempe d’âme commune, et qui l'attire ; mais les obstacles sont tels que toute son âme hasardeuse va pouvoir se déployer pleinement; partout devant elle, l’immensité de la difficulté à vaincre et la noire incertitude de l'événement.
# Ainsi l’orgueil lui fait chercher l'amour dans l'âme la plus haute, sous la condition la plus humble ; anéanlissant les différences et les obstacles, Éoretail va chercher et atteint sous le déguisement que la société lui impose, une force analogue à la sienne, mais de direction contraire, une force .qui est elle-même et en qui elle puisse s'aimer.
Mais l'amour révèle à l’orgueil qu'il s’est asservi. <La naissance d’un sentiment qui faisait dépendre d’un lütre tout son bonheur fut accompagné d'une sombre ristesse ». « IL est donc mon maitre ! » Et les folies msignes que son orgueil lui commande comme des levoirs lui font horreur. La timidité, £ pudeur souftante de la jeune fille renaissent à la faveur de ’orgueil humilié. Il faut se faire une violence affreuse jour rompre la glace du rendez-vous ; il faut feindre Les transports. La fureur d'orgueil humilié est proche
de la haine. L'amour de Mathilde s’est renversé (1)4 Quel triomphe pour l’orgueil, que de triompher dé l'amour qu'il a eréé! La musique qui exalte ce qu'il y & de plus profond dans Fâäme, exalte chez Mathilde le divin plaisir de maitriser sa passion même, et dans une exaltation suprême, de se jouer de sa passion et de sons objet. |
Devant ce refus d'aimer, cette intinnté cruelle, cette volupté à le torturer, Julien passe de l'amour de vanité et d'orgueil, à l'amour passion. Paysan révolté 1l avait, aimé d'abord en elle sa superbe ennemie, ses façons dé reine et sa toilette admirable; le plaisir de se voi sacrifier Croisenois, la guerre à la société; 1 s'était imposé de répondre à ses avances pour braver le péril de l'aventure : par honneur, par crainte de se méprisek soi-même. Tant qu’elle faisait les avances, son amouR était un simple bonheur d’amour-propre et d'ambitions
Mais du moment qu'elle Le repousse et l'humilie, il se met à l'aimer, d'autant qu'il à le souvenir d'un vrai amour: à travers la jeune fille froide et furieuse « il poursuit les souvenirs de Verrières et la chimère d'une maitresse tendre et qui ne songe plus à sa propré
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(4) « Plus une femme jouit avec transport, dans le courant de la vie, des qualités distinguées de son amant, plus, dans les ins tants cruels où la sympathie semble renversée, elle cherche à se venger de ce qu’elle lui voit habituellement de supériorité sur les autres hommes ? Elle craint d’être confondue avec eux». Amour
existence du moment qu’elle à fait le bonheur de son amant ».
… Mathilde, dans l'amour de Julien, voit un nouveau jeu pour son orgueil (1); tout cet amour lui est une occa- Sion de s'assurer de son triomphe sur son amour à elle. Mais il y a encore de l'amour dans cette négation de l'amour, dans cetintérèêt passionné et persistant, dans cette aversion amoureuse, dans cette manœuvre de passion compliquée. De sorte que Julien triomphe entore une fois et quil faut ce triomphe pour que Mathilde, de nouveau lasse d’aimer, en vienne à la décla-
tation catégorique : « Je ne vous aime plus, Monsieur, mon imagination m'a trompée ». Cette fois l’orgueil Vâme est tombé puisque l’orgueil mondain s’est “eillé. Julien n’est plus qu’un pétit paysan : l'objet de orgueil est dépouillé de toutes ses qualités brillantes : a vertu et l'orgueil mondain se réveillent. L'orgueil l'ame trouve encore son compte, un plaisir délicieux, à unir elle et lui de l’adoration antérieure. C’est le onheur du triomphe : il n'y a plus d'amour.
- La volupté de cette nature altière, c'était l’humiliaion goûtée dans l'amour ; et cette nature altière était ‘urieuse ensuite de s'être humiliée et humiliait la cause le son humiliation; de à ce redressement d’orgueil qui
broge l'amour. Mais que Julien, bien conseillé et £ (1) « Si, auprès des femmes à orgueil féminin, l’on prend les jures avec grâce... on ennuie ces âmes fières ; elles vous prenn{ pour un lâche et arrivent bien vite à l’outrage »., Amour, 69.
cachant soigneusement son amour, l’humilie à son tour; cela ne se peut souffrir. La jalousie va réveiller l'amour, et l'amour l’emportera sur l'orgueil, et cette nature extrême ne se souviendra de sa hauteur qué pour la maudire et cherchera à prouver à son amant; par des actes extrèmes, à quel point elle l'adore et sè déteste elle-même. Devant les tourments que Julien lui fait subir, Mathilde aime, autant du moins que le permet son âme sèche, tendue et volontaire. Son orgueil se satisfait de l’exposer à tous les dangers que son amoür peut lui faire courir; c’est le besoin d’étonner toujours son amant par l'excès de son amour et la sublimité dé ses entreprises. Jetée en effet dans les dangers et dan$ les aventures, elle n’a plus Le loisir de revenir sur son amour ; les hautes actions dans lesquelles elle est engagée satisfont sa grande âme et l'empêchent de faire retour sur soi. L'action lui donne la pleine illusio® de l'amour. Elle ne doute point d'aimer, elle n’hésitè plus, elle ne se demande plus si elle aime. | î
Mais Julien a senti le terrible, caractère de Mathilde# pour qu’elle aime il faut la tenir toujours occupée de grandes actions ou d’un grand doute ; il faut lui faire peur ou l’engager dans des dangers; le bonheur qu elle donne est plus d’orgueil que d'amour. Comme il y a loin de cet amour tendu et compliqué, de cet amouf de tête aux enthousiasmes sans doute factices, de cette ‘imagination amoureuse, à la tendresse simple, naïve et presque timide ! |
ë L'AMOUR 153 Aux derniers jours renait l'amour pour Mme de Rénal, qui est tout cela. À vrai dire, cet amour était-il tout à fait mort? Julien a-t-il menti en disant à Mme de Rénal qu'il l’a toujours aimée, qu'il n’a aimé qu'elle. Et pourtant au moment le plus fort de son amour pour Mathilde, il se sentait pénétré d'amour jusque dans les replis les plus intimes de son cœur. Dans l'amour de Mathilde, Julien ne s'était-11 pas souvenu de cette volupté de l’âme, qu’il avait trouvée quelquefois auprès de Mme de Rénal? en face de ce bonheur d'amour-propre, Sans rien de tendre ? Et cette chimère de la maitresse tendre et de l’amour à sacrifice, entrevue dans la nuit singulière et les transports trop excessifs pour être vrais ! Lorsque Julien court à Verrières, dans un état de demi-folie, va-t-il tuer Mme de Rénal seulement parce qu'elle fait crouler son avenir? ou bien aussi parce que sa lettre salit tous ses souvenirs d'amour et qu’elle est La plus grave trahison ? - Julien fait un discours aux jurés; est ce seulement par devoir envers soi ou se suicide-t il par lassitude et par amour ? L’ambition était déjà morte dans son cœur ; dans son cœur il n'y avait plus que l'amour de Mme de Rénal et les journées heureuses de Verrières ou de Vergy. Julien se réfugie dans sa vie idéale ; 11 meurt en révant. L'amour à tué l'ambition fougueuse qui entrainait son âme dans les pays imaginaires. « Jamais cette fête n'avait été si poétique qu'au moment où elle allait
Tout cela est déjà Fabrice : Fabrice amoureux et chartreux. 4 Julien est done un ambitieux et un sentimental ; sa» seconde nature triomphe à la fin et elle Daupe al jusque dans la première; il y a de l'honnêteté et de la, générosité dans son ambition ; sous le candidat prêtres
le plébéien ardent et généreux reste fidèle à la parole"
donnée et désintéressée (4).
Avée Mme de Rénal il semble que Stendhal ait dépassé toutes ses propres amoureuses et qu'il ait voulu peindre ce qu'il connaissait et surtout ce qu'il
révaitau monde de plus tendre
(4) Chapron (Préface du Rouge et noir, Conquet éd.) a bién vu cela :
« Son plan d’hypocrisie qu'il s imagine être un chef-d'œuvre et le seul moyen de parvenir, craque et se troue à chaque instants lorsque Sorel est saisi d’une noble colère ou d’une belle indignas tion Où est l RS RORrEt à ce moment-là ?.. Ce Sorel. n’est cs