‹ La psychologie de StendhalChapitre 22 sur 69 · VA A ANS CPP SN 2 UT · texte numérisé non relu

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autre chose qu’un romanesque et un timide ». Zola écrit aussi : «une noble nature, sensible, délicate. Au fond, le plus noble esprits du monde, désintéressé, tendre, généreux. S'il périt, c'est par excès d'imagination: il est trop poète ». Voir les remarques pénés trantes de Léon Blum : Stendhal et le Beylisme, p. 131. On peut invoquer jusqu'à un certain point le témoignage de Stendhal lui) même :

Deux romans (Soirées du Stendhal Club, 1,56). « L'auteur vouss lait, il y a dix ans, faire un jeune homme tendre et honnête, Ï l’a fait ambitieux, mais encore rempli d'imagination et d'illusions dans Julien Sorel. +

Il prétend faire Robert absolument sans imagination autre que celle qui sert à inventer des tours pour parvenir à la fortunes mais il ne s’amuse pas à se figurer la fortune et ses plaisirs». #

- Mathilde est plus fière que tendre, plus glorieuse que passionnée ; ; l'amour est un moyen pour son orgueil ; et “toutes les nuances d’orgueil s'unissent en elle et combattent entre elles; l’orgueil vrai, la fierté d'âme qui tout au moins rêve des objets importants : l’orgueil mondain, la vanité; l'orgueil féminin. L'amour de Mathilde, ce sont les vicissitudes et les conflits de ce triple orgueil.

“— Dans les amoureuses de Stendhal je ne vois ni Mme de Rénal, ni Mathilde (1). Je croirais volontiers qu il à poussé à l'extrême dans l’une et dans l’autre Vimage qu'il se faisait de l'amour pur et de l'amour

& (1) Corr., M, Trieste, 17 sept. 1830 :

& «J'avais sous les yeux le caractère de Méry, joliefille que j'adore... Cette vue du manque de caractère, dans les hautes classes, m'a fai prendre une exceplion. »

I y a peut-être chez Mathilde quelque chose de la Traversi : “ Roman de Métilde, 89 (Soirées du Stendhal Club, 1) : « l'âme trop altière pour l'avoir tendre. Le plaisir de dominer l'emportait chez elle sur le plaisir si doux de céder à ce qu'on aime, de ne aire qu'un avec lui. Peut-être aussi il n'y avait pas, dans cette âme forte, celte délicatesse un peu exagérée, cette sorte de couleur un peu romanesque, sous laquelle se fondent les réveries des âmes tendres ».

7 Mathilde tiendrait ainsi, au moins indirectement, à Métilde. = La force d'âme de Mathilde, unieä un amour, qui cette fois n’est Plus un amour de tête, c'est Mina de Wangel (Romans et Nouvelles, (209) « Sa manière de chercher le bonheur, non seulement devait bparaitre singulière à une âme vulgaire, mais encore la choquer ». Mina de Wangel relève des mêmes tendances que le Rouge et Noir et est probablement de la même époque. V. Paupe. Vie litte- ‘raire de Stendhal, 69, a,

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basé sur l’orgueil. Au contraire Mme de Chasteller mes

parait une figuration de Métilde.

vegas erc<

Les difficultés extérieures ont disparu : une enfance heureuse, un caractère loyal et tendre, et sans riens d'irréductible, de trop contrariant ; un père et une mères aimables et très influents. Leuwen appartient à l’aris : tocratie de l'argent. Il y a comme une bépuatte de el entre les mains de sa famille.

L'aristocratie légitimiste est déchue. Entre elle et la. Ë

aussi à sa souplesse : en bon héros de Stendhal, il a san

république s’installe le juste milieu. Leuwen oscille: entre tous ces mondes etse fera admettre aisément dan

celui qu'il voudra, grâce à l'argent tout puissant e

petite pointe d’hypocrisie.

Leuwen, chassé de l'Ecole polytechnique pour répu=s blicanisme, accepte de faire carrière militaire et se voi agent de police et au surplus mouchardé ; la rue Trans* nonain a remplacé Les champs de bataille napoléo= niens ; la monarchie de juillet, inquiète de son armées a réduit le métier de la guerre à n'être qu’une écoles d'espionnage. |

Dans sa petite garnison, son sort sera-t-il donc d ; passer sa vie entre des légitimistes, fort égoistes el polis, adorant le passé, et des républicains fort géné: reux et ennuyeux, adorant l'avenir ?

is L'AMOUR 157 Ë

… Par ennui et sans songer le moins du monde à F

J'amour, Lucien prend les soins d'un amoureux ordimaire ;-il découvre quil y met du sérieux, que cette folie n'est pas un simple amusement ; Le faible supposé de Mme de Chasteller pour les brillants uniformes, loin de lui plaire, l’attriste. Sa rêverie. son trouble, ses accès de timidité marquent le commencement de J'amour ; un amour auquel il ne s’abandonne pas sans combat : quelle honte pour un homme qui a aimé le devoir et la patrie avec un dévouement qu'il pouvait croire sincère !

ë - Mme de Chasteller est une jeune ultra de province, nue du Sacré-Cœur à la cour de Charles X et chassée de Paris par la révolution de juillet. C'est une âme douce et noble, amoureuse de ses pensées et de la solitude et que rien ne parvient à agiter; rêver est son Suprême plaisir : une nonchalance profonde ; un caractère heureux pourtant et même gai sous l'aspect d'un Sérieux complet que sa beauté rend imposant ; une àme ‘ardente, sous la froideur apparente, prête aux transpr pour qui lui en inspirera ; sous la simplicité charante une âme faite pour les émotions les plus nobles. Au bal, où l'amour se décide, elle ne fait aucune

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difficulté de penser que Lucien est timide à cause d'elle, mais elle est déçue par son silence et ses pro-

pos insignifiants ; quand il s'’anime et vient à parler, elle le preud d’abord pour un comédien habile. Mais son cœur est déjà occupé de lui; il ne manquait à son

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l'amour qu'il mspire ; il lui aurait fallu moins d’ nav

intérêt naissant que de voir son honneur soupçonnés par Lucien ; sa retenue, au début, était donc soupçon à Un regard de Mme de Chasteller répond aux aveux des Lucien. j

Cet amour partagé ne sera pas facile. La société less sépare, et plus encore la retenue de Mme de Chastellers et la maladresse de Lucien. Il ne saura pas profiter de

ou plus d'esprit.

Le trop d'amour le paralyse, ou le jette dans des propos maladroits : le trop peu d'esprit l'arrête à des soupçons absurdes où le fait succomber à des machinations grossières ; et son esprit et son cœur s'acs cordent mal; après cette entrevue, décisive pour urk plus habile, son esprit se croit fondé à mépriser Mme dd

Chasteller, et son cœur avait de nouvelles raisons cha* que Jour de l’adorer. LES

Devant les rigueurs de sa belle et Les précaution dont elle complique les entrevues, se croit-il guéri à Tourment profond, vide immense de ne plus penser uniquement à Mme de Chasteller. 1

Lucien avoue cette glace et c'est un moment de bon heur profond, exalté par la musique de Mozart et less grands bois (1). À

Mais Lucien, après des mois, n’est pas plus avancé

(1) Peut-être ici quelques souvenirs de Brunswick. Nouv. Rev franc., 1914,p. 548. - |

la main, Mme de Chastellèr éclate en colère et en reprohes ; elle s’est trompée en l’admettant à une intimité d angereuse pour sa réputation; c'est une scène de hauteur et de mépris. Sous l'effet de la jalousie que lui c vuse le flirt de Lucien avec Mme d’ RS ER elle

M bvres par ER de la rivale qui risque de tant e et Lucien qui a cherché à le provoquer s’épouvante de son audace etde son imprudence. De même Mme de Chasteller s'épouvante de sa propre audace et de son imprudence ; elle a de la colère contre elle-même et la gêne avec Lucien ; et pourtant elle l'aime ; et ses rigueurs*même elle a des moments d'abandon de faiblesse {Lucien ne sait ni en profiter, ni les faire naître. Il accepte les ‘longues visites où l'on ne parle pas ouvertement d'amour. I1 ne savait pas s’en faire

aimer tout à fait.

C'est Stendhal et c’est Métilde : : Métilde du moins,

telle que la voyait Stendhal. Le « fantôme tendre » dix ans apres, est devenu plus tendre encore. Stendhal scrit Leuwen à peu près en même temps que les Sou- “enirs d'Egotisme qui sont dominés, eux aussi, par image de Métilde. La brillante vie parisienne de 1821 | 1830 est repassée dans la solitude de Civita Veechia.

2élait, cette période, la tristesse de Métilde (4) et la 4) « C’est au milieu des brillants salons de Paris que j'ai le plus

é ma pauvre maîtresse solitaire et triste, dans son petit apparment au fond de la Romagne ». Amour, 117.

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guérison par la vie anglaise et parisienne, par le divers tissement et aussi par de nouvelles passions. Maintenant, l'image est libre de réalité; elle s’est développée en imagination, et Stendhal’ va revivre avec Métildes « L'Amour » c’est la notation immédiate : Les Souves nirs d'Egotisme, ce sont des Mémoires. Leuwen c'est la

réalité retouchée selon le souhait, c’est le roman recoms

mencé (1).

Au temps de son amour, Stendhal s’est imaginé pars fois que Métilde l’aimait. La curieuse chronologie qu'on peut dresser d'après les notes marginales d’un exemplaire de l'Histoire de la Peinture (2), parmi bietk des mécomptes et bien des craintes, l'atteste au moins! une fois, le 10 juin 1819 à 4 h. 1/4 : « je sors ivre de joie et transporté d'espérance » (3). Déjà il avait espéré le 4 janvier : « Un ami me dit, en sortant : Elle est à vous ferez-vous le scélérat »; mais perdu tout espoir le

13 février (4). «Non je n’espère plus », 30 juin 1819 (5Y

au

£ (1) Rouge et noir parait correspondre à une autre Nes sentis mentale. « D'abord tout m’ennuya à Paris ; plus tard, j’écrivis po me distraire : Métilde mourut, donc inutile de retourner à Milan: J'étais devenu parfaitement heureux; c’est top dire ; mais enfin fort passablement heureux en 1839, quand j'écrivis le Rouge et le Noir. » Brülard, 1, 15. :

(2) V. Paupe, Vie Littéraire, p. 26 et suiv. | (3) Faut-il accorder entière confiance à cette chronologie Reportons-nous à la correspondance ; le 10 il est probable 4 Stendhal a vu Métilde à Volterra, mais il est peu probable qu'il soit sorti de cette entrevue dans l’état qu'il indique. (4) Corr., H, 145.

(5) 1bid.

nait)

* La dure réalité, c'était : Métilde « qui me fuit » (1)

- lout cela n'avait abouti qu'à une rupture, de la part

| Métilde, aux deux visites par mois (5)(le 28 janv.

Le

éceplion ». « J'aurais dû comprendre que vous aviez du plaisir Lètre délivrée de mes importunités ». Corr., I, 136. (3) & Je puis donc dire avec vérité, Madame, que je n’espère pas ».

lieues d’elle, j'oublierais ses rigueurs, je mettrais, à côté les uns les autres, les courts moments où il me semblait, à tort, qu’elle ne traitait moins mal », 20id.

“(:) Tout l'effort de Beyle, Corr., I, 137-139 est de se justifier : Vous m'accusez de manquer de délicatesse. Je suis dominé par la ission. En votre présence, je suis timide comme un enfant; la 8 role expire sur mes lèvres-; je ne sais que vous regarder et vous idmirer. Mes démarches doivent souvent peindre à vos yeux uñ ntiment bien éloigné de celui qui les inspire. C’est probablement )mme cela que vous trouvez que j'ose, Le véritable amour ‘pousse la séduction avec horreur, et avec la séduction tout cal- ‘ul, tout manège. |

“Voir aussi la transposition de son caractère dans le Roman de Métilde, Soirées du Stendhal Club, I, T1 et suiv. Polosky : « Il était Qujours devant elle dans un état violent ; plongé dans le silence ; alors il lui semblait que tous les yeux lisaient son amour dans Ssiens : ou, s’il voulait parler, le feu qui le dévorait passait dans S discours et leur donnait presque le caractère de la folie. était, de tous les caractères, celui qui était fait pour choquer le lus la comtesse ».

(5) Amour, 51. 4

DeLacroix — Stendhal | 11

de 03

1820 Beyle imploraït quatre visites) (4), et dans le foman qui devait être lu par Métilde (commencé le % nov. 1819), dans la lettre d'envoi, Beyle écrrvatx

On a masqué un sentiment que lon me se pers met plus même d'indiquer. » Et le plus haut espoir qu'il osait exprimer, c'était : Métilde pardonne et accorde son amitié (2). 6

L'Amour a fini d’être rédigé au début de mars 1820, avec quelques additions de novembre 1820 : Beylk vante-son caractère de contemporanétité. ; É Dans ce livre « écrit au crayon dans les intervallé

. : # lucides » il y à également bien peu d'espérance, €

surtout de la méditation sur les-charmes de l'amout malheureux (3) : Salviati et autres prête-noms n'o guère à se louer de leur belle. Nous y retrouvons lei deux visites par mois, les rigueurs de l’orgueil fémim 1 la jalousie de la Traversi. Toute « la partie lugubre à cet essai », c'est Stendhaket c'est Métilde : - #4

«Je paye cette manière d'être passionnée qui né faisait voir Léonore en colère dans la ligne d° horizo des rochers de Poligny par le malheur de toutes mé entreprises dans la vie réelle, malheur qui provient-di manque de patiente industrie et d'imprudences pro (1) Soirées, 1,7. | | (2) Ibid. =. ik (3) « Et tout ce que le monde appelle le bonheur ne vaut p:

secs peines ».

Beyle quitte Milan au printemps 1821.

nites par la force de l'impression du moment » (1). Et pourtant cet amour découragé est toujours prêt ix illusions ; le rideau qui s’entrouvre… « Si «€ ‘était

sa main qui l’eût entrouvert » (2). A-t-elle senti un pe d'amour ?

« L'amour, même malheureux, donne à une âme tendre, pour qui la chose : imaginée est la chose exis- Bite, des trésors de jouissance de cette espèce ; Il ya es visions sublimes de bonheur et de beauté chez soi chez ce qu'on aime. Que de fois Salviati n'a-t-1l pas endu Léonore lui. dire, comme Milé Mars dans les | ausses confidences, avec son sourire enchanteur : » Eh en, oui, je vous aime ! » Or voilà de ces illusions [ M prit sage n'a jamais » (3). à

t « Eh bien, oui! je vous aime ! » prêté à Métilde, st exactement le « Hé bien, oui, mais ayez pitié de

k » que le pe Cbasteller allait Re en pou au

b iserai Jamais » si oué d AR D'é fait pas urvenue (4).

Avec le temps, la méditation amoureuse (5) et EN

Amour, 79.

(2) Amour, 71.

3) Amour, 272.

(4) L'cpétie 198.

.… Qui se souvient de Métilde, morte en 1823? Ne sont-elles à moi qui les aime mieux que tout le reste du monde? Moi qui : ase passionnément à elles dix fois la semaine, et souvent deux ures s de suite ». Pari 118.776

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164 LA PSYCHOLOGIE DE STENDHAL î ?

l'imagination ont corrigé la réalité. Métilde devient dans

les Souvenirs d'Egotisme (1) « une femme que j'ados rais, qui m'aimait, et qui ne s’est jamais donnée à moi » (2); et la mésentente devient toute superficielle î « Métilde qui ne voulait pas me dire quelle mais mait » (3). L fDans Lucien Leuwen (4), Stendhal recommence

l'amour de Métilde. Deux HU NSE s'interposent entre | (1) commencés probablement en juin 1832 (Paupe. Vze litté raire).“Brülard est commencé en 1832 et repris fin 1835. Leuwen est commencé en 4832 à Civita Vecchia et terminé à Romeen 1836: (2) P.B;cf. 5l:« Métilde, à Milan, apprit que je passais ma vie chez une actrice. Cette idée finit peut-être de la guérir ». 1 (3) Brûlard, 1, 20. Tout au plus le léger doute : « M'aimait-elle 3 Brülard, 1, 4. Il y a dans les Promenades dans Rome, HU, 1 unt trace curieuse du progrès de cette idéalisation de Métilde: « @ soir, après une représentation d’Elisa et Claudio, qui nous av fait un plaisir infini, car Tamburini chantait et nos âmes R disposées à la candeur et à la tendresse, lasjeune marchesini Mathilde Dembos ‘ a été d’une éloquence “admirable; elle parlé du dévouement sincère, plein d’alacrité, sans ostentation mais sans bornes que certaines âmes ont pour Dieu ou pou leur amour. C’est ce que j'ai entendu, dans ce voyage-ci, de plu voisin du beau parfait. Nous sommes sortis de chez elle, com enivrés par notre enthousiasme subit pour une simplicité réelle complète ». | (4) Il n’est pas exact, comme le dit M. Blum, p. 107 et suiv. que Beyle ait commencé à écrire Leuven en 1834 et après a voi pris connaissance du manuscrit du Lieutenant de Mme Jules Gaul thier. Le {4 nov. 1832 (Corr., IT, 95) Stendhal écrit de Civita 4 chia à Levasseur « j'ai fait un roman... le Chasseur Vert... we Bois de Prémol ». 11 en parle encore à di Fiore le 28 mars 185

. (ibid., 102). Il se peut qu'il se soit servi du manuscrit de Mme Jul mais nous ne savons pas dans quelle mesure. Leuwiwen a été (ei miné à Rome en 1836. $

: athilde et Lucien ; le caractère de Mme de Chasteller et l'hostilité de Ron La jalousie de la Traversi est ici diffuse dans la petite coterie, qui conspire contre leurs amours ; Dupoirier la condense ; il représente à & fois la Traversi et les soupçons politiques qui ont obligé Beyle à quitter Milan (1).

La sévérité de Métilde revit dans Bathilde de Chaseller. « Il était au-dessus de mes forces de n'exposer votre sévérité habituelle pour moi » (2).

… Comme Métilde, mais moins qu'elle, elle espace les ésites de Lucien. On retrouve très nettement dans Le euvven, sous forme adoucie, la condamnation aux léux visites par mois (3).

Stendhal reprend, dans Mme de Chasteller, sa déli- : te description de la réserve et de la pudeur féminines. Pavait, d'avance, écrit pour elle dans l'Amour : « Pour ne femme timide et tendre, rien ne doit être au-dessus lu supplice de s'être permis, en présence d’un homme, ielque chose dont elle croie devoir rougir; je suis vaincu qu’une femme un peu fière préférerait

(4) Leuwen est PréeoU té par le parti légitimiste comme l’espion ministre à Nancy.

(2) Leuwen, 204, 205, 206. Une autre raison de malentendu entre létilde et Beyle « le fait d’être étrangers de nation fait que nous énous comprenons pas bien » (Corr., Il, 145) est symbolisée ici par idifférence de caste et de parti politique.

(3) « Sice mot est: je ne serai pas chez moi avant le quinze du dois prochain », 201. « Elle l’eût prié de ne venir chez elle à l’avequ'une fois par semaine ».

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mille morts (4) ». « Et je me suis compromise a yeux de M. Leuwen. Ce fut là le véritable chagrin qui;

à l'instant, lui fit oublier tous Les autres » (2). À

Qu'on se rappelle aussi : « L'empire de la pudeur est tel qu'une femme tendre arrive à se trahir envers son amant plutôt par des faits que par des paroles » (3): Voilà qui explique Mme de Chasteller jouant avec la frange de l'épaulette de Lucien (4). Cette gracieusé image est comme une illustration de cette pensée 1 « Par paresse d'interrompre leur rêverie, pour s’éviter la peine de parler et de trouver quelque chose d'agréable et de poli, et qui ne soit que poh, à dire à à un ami, elles se mettent à s'appuyer tendrement sur * son bras » (5). 5

Stendhal à repris aussi chez Mme de Chasteller ce thème de l’orgueil féminin, st amplement développé à Métilde ; deux au moins des éléments de cet orgueil, la réaction vive contre « soi inférieur », la pique de vanité contre l'amant ennemi sont présents ici: Mme de Chasteller se sent humiliée par la timide’audace de son amant (6). Une partie de sa sévérité est lutte conti

elle-même (7), et révolte contre son amour.

(4} Amour, 26.

(2) Leurven, 156.

(3) Amour, 26.

(4) Leuwen, 207.

(5) Amour, 62.

(6) Leuven, 187.

(7) Leuwen, 197. « Elle avait eu a pensée de prendre la m

avr ponte Ars

a sine Shui er à

le à aussi cette: vanité mondaine, ce souci de l'opià: Dr que Stendhal déplorait tant chez Métilde. « Une

e, qui à eu dix intrigues connues, et non pas tout- \ urs les” unes après les autres, leur persuade gravenent que, si elles aiment, elles. seront déshonorées aux ux du publie; et cependant, ce bom publie, qui ne ré élève ; jamais. qu'à des idées basses, leur donne généreus ent un amant tous les ans, paree que, dit-il, c’est a Lee » (4). Mme de Chasteller se lamente de « s'être mpromise aux yeux de toutes ces dames » (2). Elle e beaucoup à sa réputation; elle oublie quelqueis sol amour, pour être uniquement attentive aw soin le sa gloire (3). |

Lucien n’a ni l'âpreté ni la volonté énergique de ien ; là tendresse chez lui manque de ce puissant ppui. IL n’a pas souci de sa gloire dans son amour : dénué d'amour-propre. De css qu'il est sans

3 sse.. « L'âme re bien loin de pouvoir. rien racher par foree, doit se résigner à ne rien obtenir ue de la charité de ce qu'elle aime ». « Et faut se rap-

| ucien et de la porter à à ses lèvres. Cette idée lui avait fait horur et l'avait mise dans une véritable colère contre elle-même ». (1) Amour, 75.

(2) Leuven, 156.

() Zbid., 198; cf. 187, 205.

peler qu’assez souvent un être très ému n’a pas le temps d’apercevoir l’émotion de la personne qui cause la

. . . ta sienne ». « Mais quand on aime, a-t-on le courage de s&

porter aux dernières violences ? » (1).

Sans doute Lucien à plus de facilité que Beyle. Certe

«il n'est pas expert dans l’art de disposer d’un cœur dé

femme et de faire naître des sensations » (2). Mais at moins il sait prendre le ton qui captive, et s'empare d'autorité de toute l'attention de Mme de Chasteller. :

Mais quoique bien traité en général et se croyant aimé quand il était de sang-froid, il n’abordait Mme « Chasteller qu'avec une sorte de terreur. C’est le fond de la sensibilité de Beyle, encore contenue davantagt | par cette insurmontable réserve de la personne aimées « Or en amour comme en amitié, dès qu'il y a défiance; ‘ou seulement réserve chez l’un des deux, l’autre est paralysé à moitié, pour peu qu'il soit timide et délë cat » (3). ER

Comme Lucien refuse Mme d'Hocquincourt, Beyk avait refusé la comtesse Kassera et la célèbre Visanil « pour mériter aux yeux de Dieu que Métilde m'ais mât » (4). De même Leuwen : « Il Iui semblait qu'il mériterait d’être trompé par Mme de Chasteller s’il là

(1) Amour, 50, 53, 58.

(2) Leuiven, 146.

(3) Ceci est écrit en avril 1833 (Corr., UT, 105). (4) Souvenirs d'Egotisme, 25.

* Par une-sorte d’antiphrase, par un souvenir inversé “de la Traversi, Stendhal a placé auprès de Mme de « hasteller une bonne conseillère, mais qui, malheureusement vient trop tard :

- «Tu l'aimes, tu es occupée, l'ennui s'envole bien loin, et tu appelles cet amour-là, fatal ? » (3).

… Ils’est plu à peindre dans la conversation de Mme de “Chasteller et de Mme de Constantin ce qu'il lui plaisait q ue Métilde eût senti pour lui après son départ.

: Enfin Mme d'Hocquincourt elle-même, il lui est

«vertu que la tendresse n’a pas : la sincérité. « La seule chose que je voie à blâämer dans la pudeur, “c'est de conduire à l'habitude de’mentir : c'est le seul

ès que vous me plairez, je vous le dirai, et je serai “plus aise que vous, car j'ai beaucoup d'estime pour

» (1) Lucien Leuwen, 211 et 213.

… (2) Cf. Souvenirs d'Egotisme, 23. « Je ne sais pourquoi l’idée “de Métilde m'avait saisi en entrant dans cette chambre dont Alexandrine faisait un si joli ornement ». Stendhal, au temps de Métilde, semble avoir adopté la règle moins austère de « la maitresse en deux volumes ». Voir Corr., II, 175.

(3) Leuwen, 266.

vous » (1). C'est Le : « Tâchez de me rendre folle, je ne“ m'y oppose pas » de Mme d'Hocquincourt à Lucien (2}, et les douces avances que Lucien ne veut pas voir (3) Lucien Leuwen, c'est donc le vrai roman de Métilde. | La réalité a subi laltération profonde dont nous avons suivi l'histoire. [l est bien peu probable que Métilde ait aimé Stendhal; mais Stendhal aimait à s'imaginer qu'elle Faimait et parfois, même au temps de ses. rigueurs, il à pu croire un peu qu’elle F'aimait. L' ab- ‘ sence et le temps ont abaissé l'obstacle : Métilde ne. voulait pas lui dire qu'elle l’aimait. Avec Mme de Chas-« teller lobstacle disparait presque : Elle aHaïit lui dire qu'elle l'aimait; un aecidenttout extérieur l'en empêche. Et pourtant le fond reste le même ; avee un peu moins de réserve ou d'orgueil, Mme de Chasteller aurait bie à trouvé quelque autre occasion. : ; La seconde partie de Leuwen, c’est Feffort de Lucien" pour se distraire de Mme de Chasteller; analogue à l'effort de Beyle pour se distraire de Métilde et de Milan” de 1821 à 1830. Tous deux se lamentent de se distraire. « Ces sottises d’ambition me distraient de la seule chose: au monde qui ait de la réalité pour moi. C’est drôle den sacrifier son cœur à l'ambition, tout en n'étant pas | ambitieux ! » (4). |

(1) Amour, 60.

(2} Leuven, 144. (3) Leuiwen, 218.

(4) Leuven, 435.

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