ARLES
musique, est point de départ, introduction à l'exaltation sentimentale et point de repère pour ses oscillations ; c'est un signe, pour parler comme Stendhal, beaucoup plus qu'une chose pour soi. ;
La musique, dans les romans de Stendhal, intervient parfois pour seconder l'amour. Mathilde, à l'opéra rêve à l'homme qu'elle aime avec les transports de là passion la plus vive. « Grâce à son amour pour là musique, elle fut, ce soir là, commé Mme de Rénal était toujours en pensant à Julien. » Et la belle cantilène italienne. en pénétrant son cœur, en fait jouer le res= sort le plus secret ; elle y puise la résolution de vaincre son amour (1). $
Au Chasseur vert, les cors de Mozart transportent Lucien dans la certitude du bonheur ; il a presque de l'audace et Mme de Chasteller presque de l'abandon Tel est le danger de la musique et des grands bois (2}
À Paris la musique italienne ravive en lui l'image de Mme de Chasteller et la lui rend presque présente (3/}
Fabrice, ravi par la musique, adresse les discours Les plus irrésistibles à la belle Clelia. Plus tard, la musë que change sa douleur sèche en une douleur regret tante, et sa colère en larmes ; et son âme, soulagée par
(1) Rouge et Noir, If, 105 et suiv. Mina de Wangel (Romans @ nouvelles, 221) puise « dans une douce mélodie digne de Mozart la force d'accomplir sa destinée », le courage qui la conduit" à son « étrange démarche ». |
(2) Leuven, 168, 178. #
(3) Zbid., 41 et suiv. | }
les larmes, arrive à un état de repos parfait et à un nouveau consentement à l’amour (1).
… L’« Idéologie de la Musique » n’est qu’indiquée par Stendhal. La musique attend son Lavoisier ; une véritable théorie de la musique devrait être basée sur la mature du cœur humain en Europe et sur les habitudes “de l'oreille. D'une part, là plupart des règles musicales actuelles sont « des billevesées mathématiques, dont chacune a besoin d’être soumise au creuset de l’expérence. Ce- sont des règles impérieuses qui ne sont “appuyées sur rien. » D'autre part il n’y a pas encore d'analyse scientifique des passions et de leur rapport avec les formes musicales. « Le Lavoisier de la musi- | que, auquel j'accorde libéralement un cœur très sensible à ses effets, se livrera à plusieurs années d’expérence, après quoi il déduira de ses expériences les règles de la musique. Dans son ouvrage, au mot colère, il nous présentera les vingt cantilènes, qui Iui semblent exprimer le mieux le sentiment de la colère; il ‘ên fera de même pour la jalousie, l'amour heureux, les tourments de l'absence » (2).
(1) Chartreuse, 293, 419.
(2) Rossini,99 et suiv. ; Haydn, 48, n. 1. Ce dernier texte signifie que les notions musicales sont traitées sans ordre et que la &onnaissance de la musique n’est pas raisonnable. Amour, 278 « le dictionnaire de la musique ». |