LA RT EUX
| Plus tard, les premiers siècles de la peinture se sont rattachés surtout à la vérité. On appelait beau ce qui était fidèlement copié, le beau idéal eût passé pour üncorrection. Les peintres, Ghirlandajo par exemple, m'aspiraient qu'à être des miroirs fidèles, rarement ils fchoisissaient (1). L'idée de choisir ne parut que vers
D'une manière plus générale, dans les Arts, quand Thomme est mécontent de son ouvrage, il va du grossier au moins grossier, il arrive au soigné et au précis : de la il passe au grand et au choisi et finit par Le facile : tels furent chez les Grecs la marche de l'esprit humain et l’histoire de la sculpture (3). L'idéalisation, née du besoin de ménager l’attention (4), s ‘éloigne pro- Sressivement de la nature ; « dès qu'une figure est signe? êlle ne tend plus à se rapprocher de la réalité, mais de & clarté comme signe (5) ».
(1) ) Eblouis de la renaissance des arts, les artistes n ’aspiraient ju’à copier la nature, Hist. de la P , 111.
(2) Promenades, 1, 110. R. N. F., 933. Promenades, IL, 22. H. de la P., 111... ss
(3) Histoire de la Peinture, 66.
(4) Rendre limitation plus intelligible que la nature en supprinant les détails, tel est le moyen de l'idéal. Hist. de la PAM:
(5) Zbid., 197, 194. D'un autre point de vue, et ici c’est surtout le la be qu'il s’agit, l’art commence par la véhémence, l’exression des désirs violents. Avec le progrès de la civilisation, la aanifestation des sentiments profonds parait grossière. La poésie rend un raffinement affecté, jusqu’au moment où la passion, ‘enthousiasme et l'énergie renaissent. On revient alors aux caracères énergiques du premier temps ou « on va chercher des hom-
Stendhal à remarqué lui-même que c'est toujours dés la sculpture que viennent les exemples de beau idéal (1)s Il y a un beau idéal général de la sculpture parce qué la différence des formes du corps humain est beaucoup moins grande que celle des tempéraments causée par les climats. Il est donc plus aisé d'établir un beat idéal universel pour l’art qui reproduit ces formes extés rieures, que pour ceux qui mettent en jeu des affec® tions d'’âmes extrêmement différentes (2); de plus, en ce qui concerne l'expression, l’art plastique n'imite point d'aussi près que la poésie, par exemple la + morale de l'homme et par conséquent n’est pas sujé
à déplaire au danois, parce qu'il plait trop au 1:00 tain (3). | 1 De là vient que la sculpture est un art assez simple R
le plus facile des beaux-arts (4).
Stendhal, dans la partie inachevée de l'Histoire di
la Peinture voulait recommencer pour la peimture
mes semblables parmi les sauvages et les barbares. ». Hist. 4 la P., 402 et suiv.
(1) Ce mot semble n'être que pour la sculpture. Personne songe à see # la couleur, du clair obscur. LR SRE de ces
la cause ». Hist. de la P., VAL.
(2) Haydn, 210.
(3) Zbid. | 4 (4) Hit. de Ex P ;, 280. « J'oserai peut-être imprimer un ï. |
Synthèse de philosophie et d'esthétique, qu'il avait essayée à propos de la sculpture.
« [l faut inventer le beau idéal du coloris et du clair obseur, ce qui est presque aussi difficile que celui des Statues (1) ».
Mais son attitude, en face de la peinture, est à peu près la même qu’en face de la musique. On à eu raison de dire qu'ii était moins amateur qu'amoureux de la peinture. Il cherchait avant tout l'expression, les Séntiments exprimés par le tableau, des rêveries de doète, un plaisir sentimental (2). Il était sensible surtout iux éléments musicaux de la peinture (3). Aussi a-t-1l
LA Cd
M) Corr., Il, 11. »
142) Arhelet, ITist. de La P.,138, 302 et suiv. ; Mélanges, 168. (3) « La magie des GurRe cette partie de la peinture qui attahe les imaginations tendres..., par là elle se rapproche de la musique, elle engage tbe à finir ses tableaux ; et si, dans e premier abord, nous sommes plus frappés par les figures du. wemier plan, c'est des objets dont les détails sont à moitié cachés ar l'air que nous nous souvenons avec le plus de charme : ils ont ris dans notre pensée une teinte céleste.
Le Poussin, par ses paysages, jette l'âme dans la rêverie ; elle &croit transportée dans ces lointains si nobles et y trouver ce onheur qui nous fuit dans la réalité. Tel est le sentiment dont orrège a tiré ses beautés ». Hist. de la P., 106.
“Cf. note. « Corrège...son art fut de peindre comme dans le loinün même les figures de premier plan. De vingt personnes qu'elles nchantent, il n'y en à peut-être pas une qui les voie, et surtout ui s’en souvienne de la même manière. C’est de la musique et ce est pas de la sculpture. On brüle d’en jouir distinctement, on udrait les toucher. Mais c'est pour les connaître trop bien que tre cœur se dégoüte des objets qu'il a le plus aimés: avantage amense de la musique, qui passe comme les passions humai-
compris profondément que la peinture c'était avan tout « la teinte particulière de l’âme d'un peintre x visible dans le clair obscur, le dessin et la couleur (1}
Tout l’Art, du reste, ne se ramène-t-il pas, en fin de compte, à l'émotion ? (2) Et les arts différents ne s unis
sent-ils pas dans l'émotion extrème et profonde ?
Stendhal a vu profondément qu'il y a une secondi et très différente région de l’art; c'est le Comiqut «cette partie des beaux-arts qui n’est pas fondée sur k sympathie, mais sur un retour d'amour-propre » (3).
Au temps où il voulait écrire des comédies, Beyle*
nes … Les sentiments divins ne peuvent exister ici-bas qu'autan qu'ils durent peu. »
(1) Hist. de la P., 94. Promenades, I, T3. « Le Style en pein
‘ture. chacun des grands peintres cherche les procédés qui pou vaient porter à l’âme cette impression particulière qui lui semblaï le grand but de la peinture. Un choix de couleurs, une manièred les exprimer avec le pinceau, la distribution des ombres, augmen tent le style d’un dessin ».
(2) Le beau idéal, dans tous les genres, n’a qu'une mesure Ë. sonnable. C'est le degré de notre émotion. Rossini, 288, n. Haydn 481. Ce n’est pas en imitant la nature jusqu’au point de produir l'illusion que les arts plaisent... Il faut que l'imitation produis l'effet qui serait occasionné par l’objet imité, s’il nous frappa dans ces moments heureux de sensibilité et de bonheur qui dor nent naissance aux passions. '
Cf. J.-J. Rousseau, Essai sur l'origine des langues, ch. XIV«e XVI. #
(3) Hist. de la P., 129. 3
trouvé la définition du rire dans « l'Art de la Comédie » de Caïlhava, qu'il acheta et lut à son premier séjour à Paris. Cette définition était de Bacon (1). Très peu de temps après, c'est à Hobbes qu'il en empruntait une autre (2).
“ « On rit par une jouissance d'amour-propre fondée Sur la vue subite de quelque perfection que la faiblesse d'autrui nous montre en nous (3) ».
. Le rire à pour condition la vue claire et imprévue de Pinfériorité d'une personne que nous croyions supédieure à nous, ou au moins, rivale de notre supériorité. On rit, en plus, de la laideur du signe de l’infériorité (4).
« Physiquement (5) le rire consiste en une convulsion
Physique, en une suite de spasmes du poumon, accompa-
(1) Brülard, H,95. « Ma cohabitation passionnée avec les mathématiques m'a laissé un amour fou pour les bonnes définitions, sans lesquelles il n'y a que des à peu près. »
(2) Molière jugé par Stendhal, XI. « Voilà la lumière qui sortie d'un petit in-12 de la Bibliothèque nationale m'éclaira soudainewent vers l'an 1803 ». Cf. Corr., I, 70 (1803).
(3) Molière, XI; cf. Corr., I, 70 ; Touriste, 1, 355 ; Mélanges
l'Are et de littérature.
! (4) Mélunges, 20, 25. « Un homme est trompé, voilà une source le ridicule. Un homme se voit trompé, voilà une deuxième source le ridicule qui s'ouvre. Nous rions de la laide mine avec laquelle Le reçoit le ridicule. » Cf. ist. de la P., 199.
(5) L'effet physique, le signe physique peut être provoqué physifuement : ex. le rire du chatouillement, le rire par contagion. Mélanges, 6
Le
DELACROIx — Stendhal 15
ET Es 4 € Mots
gnés d'un état particulier de la physionomie et d’un sentis ment de plaisir dans la poitrine (1). 4 Pour bien sentir le comique, il faut y faire attention # - donc, ne point éprouver de sympathie (2), n'être ni pas sionné, ni dans la stupidité de l'ennui (3), n1 occupés sérieusement ; sinon on ne trouve pas de quoi rire, om n'entend même pas (4).
Il y a différentes espèces de rire :'le rire oi par vue de la supériorité. ù
Le rire de bonheur : sourire et larmes (5).
(4) Qu'est-ce que le Rire? (inédit du 8 juillet 1840). Paupe, V&
littéraire de Stendhal, 138. # (2) /bid. - s (3) Journal, 277. cs
(4) Mélanges. Cf. Hist. de la P.en Italie, 223. Le rire du comis que est incompatible avec l’indignation qui se voit menacée ; aveë l'imagination pensive et rêveuse, avec ce caractère froid, privé d'imagination, dont l'impuissance se décore du vain nom de rais - sonnable. Ces gens sont si malheureux que sans avoir de passions ni d'intérêt pour rire, et par la seule morosité de leur nature, l& détente du comique ne part qu'avec une extrême difficulté, et ils ont le bon ridicule d’être fiers de leur disgrâce. 4
(5) « Voyez ces jeunes filles dans cette maison d'éducation, dont, le jardin est sous vos fenêtres ; elles rient de tout. Ne serait-c@ point qu’elles voient le bonheur partout ? » Racine et Shakspearë (éd. or., 41) ; Molière, VIT. « La gaîté folle et charmante des jeu* nes filles n’est pas la même chose que le Rire. Pour la jeune fillé folâtre, chaque sensation est un nouveau plaisir et excite une su prise agréable qui fait naître le Sous Rire. Si elles sont plusieurs: le Rire devient un effet nerveux-et elles s'enivrent de leurs pro* pres cris. Shakespeare nous présente des personnages animés dé cette gaîté du bonheur, tel est Gratiano, tel est Jessica. Loin de rire d'eux nous sympathisons avec un état si délicieux ». — Beyle (Mélanges, p. 29) distingue*également le rire de gaieté et le rire de moquerie, — « Les larmes sont l’extrême sourire ».
Le rire aux larmes, degré du rire, qui vient partie de‘ la convulsion physique des muscles de la face, partie de la vue de l'extrême bonheur. |
Un autre degré du rire est Le fou rire : une nouvelle dose de ridicule arrivant, lorsque l’on rit déjà, ou une idée qui vient renforcer le rire; par exemple le fou rire en lieu grave, par l'idée de l'inconvenance que l’on commet ; 1] y à ici une pointe de manque de respect. Îl pa une nuance de scandale dans certaines formes de tire (1).
Enfin le rire à un aspect social : « Ma joie est quadruplée par celle du voisin » (2). Il entre deux éléments lans cet accroissement : 1° une sympathie physique # nerveuse, comme dans le cas du baillement ; 2 une wmpathie d'esprit : on est confirmé dans son propre ugement par la vue du jugement d'autrui.
“IL y a du reste des nuances dans ces espèces fondaäentales de rire; par exemple, une nuance de ventance parfois dans le rire de moquerie (3) ; il arrive tue le ridicule soit une punition (4); etil y a des espèes de ridicule, selon le caractère de la société.
(4) Racine, 31.
2) Touriste, I, 355.
(3) Nuance qui peut aller jusqu'à la méchanceté, donc anéantir gaieté, et transformer le ridicule en odieux. Æac. 32.
44) Rac. et SA., p. 24. Le plus ou moins d’estime que nous tons pour la personne de laquelle nous rions, forme les degrés LComique noble ou bas. Comique noble (Misanthrope), bourgeois
Bhiflard dans la petite ville), bas (Jocrisse). Cf. À. N. F., 969 : , Sus n'a pu exercer son talent que sur des malheureux de
228 LA PSYCHOLOGIE DE STENDHAL j
Enfin il y a des formes mixtes :
« Tel rire est-il de simple gaieté comme les] jeunes Files ou y a-t-il moquerie ? Question souvent fort difs ficile à résoudre. Souvent il y a mélange des deux ingrés dients, gaieté de jeune fille, plus comparaison ss geuse de soi à autrui » (1). ; On comprend donc qu'à côté du comique satirique d'un Molière, il y ait le comique du rire gai, à la façon ; d'Aristophane, «une imagination folle qui me fasse rire comme un enfant » (2). ‘ Ainsi la cause du rire comique, c’est la passion qui jouit de la comparaison faite: E 1° l'estime de soi juste etfondée, vue du bonheur par la vue d’un avantage que l’on a réellement et qui mans que à celui dont on se moque ; Ë 20 la vanité (3). # La prédisposition au rire et les nuances du rire . , . . #4 varient selon les tempéraments. Pour rire, 1l faut nt A À penser trop fortement à rien etse trouver dans un disposition heureuse. Un sanguin sans projet est le sujet le mieux prédisposé au rire; au contraire um mœurs si basses, que je ne puis admettre avec eux nulle comp& raison Je ne puis rire à leurs dépens. Ce poète avait toute le vérité d'un miroir, mais pas d'esprit. $ Falstaff manque tout à fait de bravoure personnelle ; et malgm son étonnante lâcheté, il a tant d’esprit que je ne puis le méprisel il est digne que je rie à ses dépens. | Æ (1) Mélanges, 29. L (2) Racine, 36.
(3) Mélanges, 30.
bilieux ou un mélancolique (1). Le Français vain, léger,
insouciant, rit plus que le sérieux Anglais, ou que l’Itahen lent et passionné (2) (En Italie, il y a surtout le mire plus profond et plus rare du soulagement, de la détente : on aime beaucoup la bouffonnerie au thétre) (3).
- « Le Comique est comme la musique ; c’est une chose dont la beauté ne dure pas (4) ».
… Le comique est relatif aux sociétés et aux formes de gouvernement. Le comique nous plait parce qu'il nous fait moissonner des jouissances de vanité sur des sottises que l’art du poète nous montre à l’improviste. Mais la comédie ne peut jaillir que d’une civilisation assez avancée pour que les hommes, oubliant les premiers besoins, demandent le bonheur à la vanité (5). Cette vanité sera du reste très différente, suivant la structure de la société. Dans une monarchie comme celle de Louis XIV, il y a des classes sociales nettement tranchées, et un modèle idéal pour chaque classe. Molière fait rire aux dépens de qui ne suit pas servilement ce
- (4) Dans l'Histoire de la Peinture, c’est à propos du caractère flegmatique qu'est exposée l'impuissance des Romantiques au comique. Cf. Jist. de la P., 223, note. Un peuple vain et gai semble né précisément pour la comédie ; une nation réveuse ne peut la comprendre. | … (2) L'Italie qui surcharge le superlatif. Zist. de La P., 33, n. … (3) HMél., 13.
(4) Racine, 36.
… (5) Hist. de la P., 293, n.
patron ; original devient synonyme de sot (1). C’est le
rire satirique, fondé sur la non ressemblance à u
modèle, le rire excité par le peu convenable. « On appelle ainsi l’action de s'écarter, quand ce serait lé moins du monde, du patron connu, du modèle de toute démarche (2) ».
I faut une cour, une cour florissante et qui éblouit et attire, pour créer des ridicules bien francs et bien: clairs. Dès qu’il n'y a plus pour chaque condition urk modèle mis en avant par le roi, et que tout le monde veut suivre, on ne peut plus montrer au public de ‘ gens qui se trompent plaisamment, en croyant suivre le goût parfait (3). Le rire satirique disparaît.
(1) 2. N. F.,132. Cf. Promenades, IH, 66. « Molière fut chargé,
conformer à ce modèle. Colbert obtint que les gens de finance seraient exemptés de cette classification Les hommes bizarres qu'un grain de folie porte à écrire, auraient pu braver les plaisan: teries : on inventa pour eux l’Académie française. Ainsi toute liberté dans les petites choses, tout imprévu fut chassé de France. Cf. Touriste, 1, 318. Molière, utile à Louis XIV qui veut que pers sonne ne pense sans sa permission. Îl inocule la timidité aux bourgeois.
(2) Mélanges, 7. I y a une pointe de scandale dansle rire satis rique. Racine, 28, Hist. de la P. « Dans la monarchie, celui qui n’est pas comme les autres insulte les autres, qui se vengent pañ le ridicule », #1. | À
(3) Il faut bien toujours pour être ridicule que l’on $e trompe sur le chemin du bonheur. Mais le bonheur ne consiste plus unE« quement, pour les Français, à imiter, chacun selon les convenan” ces de son état, les manières de la cour.-Racine, 49. K
Le siècle du ridicule est passé. Notre esprit et notre habitude du monde, non exercés, n’ont pas la finesse et le tact nécessaire à la comédie (1). Est-on ridicule, on se réfugie dans un parti politique, et l'on n'ose plus rire de vous (2). « Les deux Chambres chassent le. comique (3) ». Depuis que les bourgeois s'exagèrent le pouvoir du ridicule, la comédie n’a plus de liberté. Seribe ma pas, pour montrer en action sur le théâtre les friponneries électorales, la moitié de la liberté que Molière avait pour se moquer des faux dévots. La difficulté unique pour Molière, c'était de plaire à Eouis XIV (4). L'odieux, c'est la couleur du ridicule dans les républiques (5).
- (4) Journa/, 107.
(2) Corr.. 1617, mars 1831.
(3) Hist. de la P., 293, n. Cf. Rouge, 11,63. « Il n’y a plus de ridicule, disait M. de la Mole, dans un pays où il y a deux partis ». Hist. de la P., 223, n. Le rire est incompatible avec l’'indignation. Bhomme qui s’indigne voit sa sûreté ou ses grands intérêts atta- Qués. Or l'homme qui songe à sa süreté est trop occupé pour rire, (4) Touriste, I, 172, 318. Un homme d’un parti n’ose pas rire les gens de son parti. Armance, 98. « Il faut nous priver des plaisanteries les plus gaies, parce qu’elles pourraient faire rire le Sarti contraire s’il les entendait. »
(5) L'odieux arrive quelquefois à se charger de comique. Comme chaque jour voit imprimer cent calomnies, comme il ya a calomnie constante et réciproque des deux partis, ultra et libéal, l'accusation n’est terrible que lorsqu'elle est plaisante, comme loltaire contre Larcher, ou Beaumarchais contre Marin. » 2. W. 2,132. La résurrection des salons de 1804 à 1830 ; tout l'effort de a classe supérieure est d'empêcher l’autre de monter ; l'humilier. Jgotisme, T1. .
off
De la conformité à un modèle ancien naît le ridicule des choses qui ont passé de mode. « Le but de la mode étant toujours de se distinguer du voisin et de courik après la sensation du neuf, au bout de peu d'années, ce qui a paru délicieux à l'élite de la bonne compagnie d’un siècle, semble le comble du ridicule à la bonne compagnie qui la remplace cent ans plus tard » (1} Une chose ‘est d'autant plus ridicule qu'elle vient de passer de mode. Plus tard elle n’est que smgulière (2}
Done, il y a un ridicule éternel, un vrai ridicule; l’action d’un homme qui se trompe en croyant marcher vers son but (3). «Il faut bien toujours pour être ridis cule que l’on se trompe sur le chemin du bonheur (4) » et il y a les formes sociales passagères dont limitation pour beaucoup constitue le bonheur, et dont l'imitas tion manquée, aussi bien que le refus d'imitation, cons tituent les formes passagères du comique. Le ridicule passager disparaît avee chacune des formes sociales qui l'avaient établi. Mais il y a cette source éternelle
si
(1) Promenades, I, 83. ?
(2) Corr., U, 379. Cf. Rossini, 92, n. « Les portraits de nos grands pères à la Louis XV sont ridicules : les fraises et les armures Fran: cois Ier les rendent au contraire vénérables. » 4
(3) Corr., II, 246. &
(4) Racine, 49. R. N. F., 78. « Le rire italien n’est jamais, pouË le spectateur qui rit, une manière de se faire illusion et de prouver à son voisin qu'il connaît les petits usages de la haute société. Le
rire ne naît guère ici que lorsqu'on voit un homme se tromper de route en marchant vers le bonheur qu'il désire. » Cf. 82.
% "4 Fe.
C4 # La
de comique, qu'on peut opposer en riant la vérité à la convention dans toutes les choses de la société (1).
Le Comique du reste est affaire de milieu social. Tel caractère dont on rira aux Francais sera trouvé froid à POdéon et inintelligible aux Variétés. IL est inégale- -ment permis à l'homme et à la femme (2).
… Stendhal a jeté un coup d’æil aigu sur l'ennui, qui Mient de $i près au rire et aux arts. Il en distingue plu-
sieurs formes : celui qui vient de maladie (3); celui qui
“vient de l’absence de désirs, de ce qu'on ne sent de
bpassion pour rien; celui qui vient au contraire du désir
| (1) Journal, 301. .
= (2) Corr., [, 264 (22 mars {806). À Pauline :
… Le comique chargé, assez bon chez un homme, est détestable
“chez une femme.
“ Le comique franc n’est pas permis à une femme : on ne lui par-
“donne guère de montrer un ridicule réel, cela lui ôte toute grâce
“en la rendant puissante ; il faut qu’elle se borne à la plaisanterie,
“qui consiste à se moquer d'un comique qui n’existe pas. À propos de toute cette théorie du comique, on pourrait rappeler Vauvenargues, Réflexions et maximes (éd Delahays), p. 287.
… « Qu'on examine tous les ridicules, on n’en (rouvera presque point qui ne viennent d'une sotte vanité, ou de quelque passion “qui nous aveugle et qui nous fait sortir de notre place. Un homme ridicule ne me paraît être qu'un homme hors de son véritable caractère et de sa force. »
— Cf. 261. « Tous les ridicules des hommes ne caractérisent peutêtre qu'un seul vice qui est la vanité. Et comme les passions des esprits frivoles sont subordonnées à cette faiblesse, c’est probable- “ment la raison pourquoi il y a si peu de vérité dans leurs maniè-
“res, dans leurs mœurs et dans leurs plaisirs. La vanité est ce qu'il | ya de plus naturel dans les hommes, et ce qui les fait sortir le plus souvent de la nature. »
Mn (3) Corr., I, 244 ; I, 230.
Le #
em -
insatisfait, de la disproportion entre ce que l’on EE ce que l’on a; le désir peut être vague et aussi l'en: nui; sous cette forme confuse, il annonce la présence : de l’âme (1). L'ennui subit lui aussi l'influence des temps. Dans la mélancolie romantique il- y a surtou L l'effet de l’oisiveté. « Napoléon faisait remuer cette j jeu:
À ei
nesse » (2), ACTE (1) Lamiel, 50. L'ennui, parce qu'on s ‘estime supérieur a ce q : essaie de plaire. Rouge, IN, 442. | |
(2). Corr., I, 317.
CONCLUSION ï
Stendhal s'est appliqué par dessus tout à décrire et à analyser l'amour et la musique. Quelle nouveauté et quelle vérité y a-t-1l dans ses analyses ? Il faut, pour répondre, les confronter avec Les faits eux-mêmes.
Et certes il n y a guère à reprendre à ses descrip-
# tions, à ses SAnAETIes à ses vues. Îra-t-on RASE quel- S
rod rpoitpt, cheh res OU gl c
À auteur qui à vu tant de choses et avec tant d’acuité ;
ui reprochera-t-on d’être un peu rapide peut-être sur
le doute dans la naissance ou la dissolution de l'amour, ‘ou ie sur la fin de l'amour sur Rs L avait toute
Dr Faguet, p. ex. (De l'Amour), ajoute à la classification de Stendhal, l'Amour affection, qui est l'Amour raisonnable, l’union de l’amilié et de l’amour. Cette forme existe sans doute : mais
hat n’a pas ignoré ? Ou n'est-il pas un mélange des rate formes | d'amour, remarquable par le jeu particulier de l'imagination ?
l’amour, en fonction de la vie sociale, n’a pas été écrite, après lui, sinon comme il l'avait fait, par vues fragmens taires et remarques assez limitées (1). L'essentiel croyons-nous, est demeuré, et l’œuvre a gardé toute sas fraicheur. Peut-être, pourtant, le psychologue a-t-ik un peu manqué d’ampleur. L'Amour apparaît un pew divers et pas assez un. Plus préoccupé de distinguer que d’unir, Stendhal n'a pas assez cherché le fond, la subs* tance commune à toutes les formes de l'amour. L'amour apparait un peu factice; non pas que Stens dhal partage les vues de Cabanis ou de Destutt; mais. traitant trop l’amour comme un pur fait de consciences il oublie un peu sa réalité biologique ou métaphysique tout ce qui dépasse l’image que s’en fait l'homme pass sionné. À
L'Amour, au sens le plus général, c’est, comme disait Bossuet, la première des passions et la source de tou= tes les autres. « Otez l'amour, il n’y. a plus de passions# et posez l'amour, vous les faites naître toutes » (2}«
Ainsi entendu, l'Amour, c’est la Sensibilité elle-même
2) sous sa forme dynamique et positive; c'est le dési® ol sous tous ses aspects et à toutes ses phases ; vide senti
de façon plus ou moins confuse et aspiration inquiète {
fin entrevue etattrait dominateur ; attachement et com*
A plaisance: c'est la recherche plus ou moins ardente, l&
(4) Voir p. ex. De Goncourt, L'Amour au X VIII siècle. (2) Bossuet, Connaissance de Dieu (éd. Charpentier, p. 37).
da Dar EE nt ah renuct
tendance vers un objet ; le transport plus ou moins vif de l'entrée en possession, de l'acquisition; la possession et la réciprocité d'influence entre l'objet et le sujet.
D'une façon plus précise, l'Amour est une des pas- Sions, et comme disait Duclos « une portion du goût général que les hommes ont pour les plaisirs (1) ». Comme toutes les passions, il est fondé sur la vie ins-
tinctive e, sur le développement d’un instinct; comme toutes Les passions, il élargit prodigieusement l'instinct originaire ; toute la vie affective, toute la vie intellectuelle interviennent ; sous le besoin animal transparaisent les mouvements les plus subtils de la spiritualité.
L'Amour est d'abord une des formes que revêt l’insbtinct universel de reproduction ; sous sa forme inférieure, cest l'attrait sexuel, ignorant de la fin pour- Suivie, conscient seulement du besoin et de la peine, du &oulagement et du plaisir, conscient seulement des états torganiques, que suscite cette grande fin biologique, de la fonction qu'elle a construite, et des moyens de réaliisation qu’elle s’est donnés. Ainsi l'individu, comme on Va dit, travaille pour l'espèce, alors qu'il s'imagine jouir pour lui-même; il n'aperçoit, semble-t-il, que le plaisir égoïste du besoin qu'il est entrainé à subir et à Satisfaire. Du reste, grâce à la souplesse du besoin, Srace à sa dépendance, chez l'homme, du goût et de
(1) Mémoire sur les mœurs, 326.
di #
l'imagination, le plaisir est cherché pour lui-même et il arrive même à se détacher du besoin ; ou du moins des | besoins factices sont suscités par Le plaisir et pour Len plaisir. c Peut-on parler d'amour quand le besoin se porte à sans choix sur n'importe quel être apte à le satisfaire, À quand il ne cherche que sa satisfaction immédiate ets ardente, aveugle pour l'être qui le satisfait, sauf pour la propriété qu'il a de le satisfaire ? Appelons pour les moment amour physique, cet appétit indifférencié. 4 physique ; celle où l'absence de choix dans la recherche fait place à la prédilection pour un type particulier, * souvent à la préférence marquée pour un individu déter- ë
Nous apercevons aussitôt une autre forme d'amours
miné, souvent même à la préférence exclusive et dura ble. ILs’agit bien entendu, jusqu'ici, d'une recherche et. d'une aspiration toute physique ; c'est un Corps qui est désiré et aimé (1). ; Est-il facile, pourtant, dans l’un et l’autre cas, dés restreindre ainsi la portée de l’amour ? | Si nous parlons d’amour physique, nous entendons que l’amour s'arrête à la sensation ; la gamme de sensations qui constitueraient une telle forme d' amour est. du reste variée ; variée comme les phases et les nuances du besoin et de la satisfaction. Mais il est fort à crain-w
dre qu'aucune conscience, en amour comme ailleurs,
(4) Montaigne, IV, ch. 5. « L’amour n'est autre chose que la soif de cette jouissance en un sujet désiré, »
BR mt 0
nain percer dr bi at
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ne s en tienne à la pure sensation. La sensation suscite un jeu de sentiments: Les états périphériques se compliquent d’attitudes centrales, où la profondeur de la conscience est progressivement engagée ( Qi
. Dans la recherche, l'acquisition, la possession d’un corps favorable il est difficile qu’il n’intervienne pas quelques sentiments élémentaires qui ressemblent à ce quon appelle ordinairement l'amour. La recherche, là poursuite, la lutte et le triomphe, avec leurs vicissitudes, supposent des états d’âme assez complexes. N'y at-il pas dès le règne animal la courtisation, et chez Phomme, la cour que fait le mâle, les moyens d'attraction auxquels recourent les sexes, la sollicitation, la Préparation qui enveloppent l'amour. Au terme de cette lutte sexuelle, il y a une volonté contrainte ou séduite, ie fascination exercée, le consentement ou tout au moins la feinte du consentement, ou même la forme la plus passive, l'acceptation. Comment ne se dégagerait- Dpas un charme subtil de toute cette lutte pour charmer, de tout ce plaisir d'être charmé ? L' exigence bruale se pare d’une apparence de sentiment. Le plaisir 2ropre veut tout au moins le plaisir partagé ; il y a change de plaisir, désir de réciprocité. Il y a l’orgueil, # avec le plaisir qu'on donne, la joie et la fierté d’en ‘re cause.
“Le trouble des sensations violentes que le développe-
4 « I n’y a point d'Amour sans profondeur », Senancour, De mour, 1re éd., 30.
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ment de l'amour suscite se prolonge en sentiments pros,
fonds et délicats. Tout vertige laisse entrevoir un coms,
mencement d'infini. Cela est bien plus vrai encore de l'amour possédant, alors même qu'on le croit restreint. à la possession physique. Ce n’est point par hasard que le langage de la volupté s’est trouvé accompagner dans presque toutes les philosophies de l’extase, la peins ture de l'union mystique. Les élans, les arrêts, les essais et les reprises de la passion qui se satisfait, soil ardeur à s'imposer, sa docilité à subir, son âpreté à se dépenser en toute vigueur et le plus possible ; empor= tement voluptueux où la conscience de soi s’effondres quel mélange da sentiment vif de soi et de l’impres® sion d'être entrainé et débordé, mû par une force irrés sistible ; quelle liberté à embellir le plaisir et à s'en embellir, et quelle fatalité à le vouloir et à être pris en lui! Quelle exaspération d'égoisme et quel appel à autrui, quelle rage d’anéantissement! Et comme cet état d’exaltation s'enrichit encore du plaisir donné et recu, de la dualité en fusion, de la dualité unie, du troë et de l'assimilation, où il est difficile même dans les rencontres de hasard, à plus forte raison quand il s agit du sujet choisi et désiré, de ne point sentir un don et un abandon, et où apparait, sous la figure la plus sen sible et sous l’aspect de la réalité la plus physique, ce qui est, à vrai dire, l'essence de tout amour ! Ainsi il se mêle invinciblement aux émotions les plus physiques
de l'amour un mysticisme inévitable, qui peut se træ&
LL CONCLUSION Al
duire parles formes les plus diverses. Qu'il reste, dans
L plupart des cas, incompris, senti à peine, non for-
mulé, rien de plus vrai. Le tour que nous donnons à nos | Miaiirs dépend de notre attitude d'esprit. Un amour “plus subtil exploitera aisément pour ses fins cette exei- | tation confuse, ce commencement d’infini. On peut s'en “tenir au vertige des sens et l’aimer pour lui-même ; ©n peut rêver sur la sensation et la laisser s'enrichir “de tout ce que ce rêve suscite progressivement dans âme ; Le vertige mental complique alors le vertige “sensoriel. L'amour sentiment vient revêtir en les dilatant encore, toutes les formes de l'amour sensätion. Son adoration plus précise rejoint cette adoration éper- “due. La parenté profonde des deux amours s'affirme “dans leur coïncidence et dans leur compatibilité. Peuvent-ils être l’un sans l’autre ? Et l’amour sentiment Ma-t-il pas besoin d'une matière et n’appelle-t-il pas amour sensation, au fond duquel il s'ébauche et qui a
“été sa première incarnation ?
Ainsi l'amour physique est tout prêt à s’élargir par :sa puissance même. [l est vrai de dire, avec Duclos, que le plaisir imite l'amour. Il fait mieux que limiter ; Al le contient et le commence. Y a-t-il plaisir, sans que d'amour s’y mêle inévitablement ? Y a-t-il un plaisir qui ne fasse pas aimer l'objet du plaisir ? N'y a-t-il pas “e danger dans le plaisir, qu'il fait croire que l’on aime
DELACROIx. — Stendhal 16
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