‹ La psychologie de StendhalChapitre 32 sur 69 · NEO · texte numérisé non relu

NEO

… La beauté plastique est l'expression d'un caractère aüle. Il y a autant d'espèces de beau idéal qu'il y a de tariétés de l'espèce humaine. De plus, chaque climat ‘tant susceptible de trois ou quatre espèces de gouveriements, on peut augmenter par là le nombre des Jeautés idéales (3).

4) Rossini, 35. R. N. F., 394. Les salons de Paris bien insipides t bien secs; 392 : le métalent des Français pour la musique ; 429 : lus un Français est aimable, moins il sent les arts. Manque de haleur et affectation, voilà ce qu’on trouve en musique, dès qu’on uitte l'Italie. Brélard, IL, 100. Promenades, Il, LIL et 238

(2) Æaydn, 201 et suiv. Æossini, 11.

MOn pourrait rappeler encore les idées de Stendhal sur l'imita- On en musique, sur la différence entre l’imitation directe et l’imi- Mon sentimentale. Haydn, 47, 181. Corr., I, 384: et sur la arenté de la musique et de l'architecture. Rome, Naples, Florence, 8, 68.

(3) Histoire de la Peinture, 196, Il faut d’abord écarter toutes ?S phrases vides de sens empruntées à Platon, à Kant et à leur cole. Jérémie Bentham conduit à l'intelligence du beau antique ent fois mieux que Platon et tous ses imitateurs Promenades, I, #1. Méthode opposée au classicisme autant qu'au Romantisme. es Romantiques allemands étaient presque aussi ridicules que les

Mais il faut s'entendre ; l'utilité dont il s'agit n'est

pas l'utilité immédiate, l'utilité banale. « Une route en! fer, un dépôt de mendicité, valent eent fois mieux que Saint Paul. À la vérité ces objets st utiles ne donnent pas la sensation du beau » (4). La beauté est l'expression des grands intérêts des peuples (2); elle est la sensatioi individuelle opposée aux constructions factices, l'exs pression des vertus de l'homme ou de la société (3) De là vient que l'Art, exprimant les hautes valeurs de l'humanité, pose de grandes questions et fournit de grandes réponses sur la nature de l'homme (4). $

Le grand fait sur lequel travaille Stendhal, c’est la différence du Beau idéal moderne et du Beau idéal anti

que. [n'a pont ignoré, nous allonsle voir, qu'il y à d'au

tres expressions réelles ou possibles de la beauté ; par exemple il attend de l’époque moderne la création d'un nouvel idéal, mélange héureux des deux précédentss 5 il signale lui-même que certaines époques intermédiai

Laharpe; ils croyaient qu'une seule littérature est la bonne ; ils LA voyaient pas que le genre de Schiller est aussi bon à Weimar, ju celui de Racine à la Cour de Louis XIV.

(t} Promenades, IE, 4. Voir aussi Promenades, K, 2AT : l'archi tecture romaine jusqu’à l'Empire, et l'utilité; cf. R. N. F., 300: siècle des beaux-arts et de la poésie est passé... Nous ne somme plus assez heureux pour demander le beau ; nous ne désirons ré le moment que lutile. La société va passer je ne sais combien, siècles à la chasse de l’utile.

(2) Mélanges d'art et de littérature, 228.

(3) Amour, 133; Histoire de la Peinture, 64.

(4) Hist. de la P., 342.

res comme l’époque chevaleresque, se sont essayées,

Mais sans y pleinement réussir, à£une telle ‘création. Ænfin 1l sait fort bien que certaines formes de civilisation, tout à fait différentes de la nôtre, ont eu leurs grandes œuvres artistiques (1).

* Le beau idéal antique est l'expression de caractères utiles à une race sauvage (2): les dieux tels que les construisent nécessairement des peuples rudes (3). Nous Mavons que faire des vertus antiques, en particulier de Ja force. L'idéal moderne est basé sur la vivacité de esprit, parce que l'esprit est devenu la force. La qua- Bté qui nous est le plus antipathique dans le beau idéal antique, c’est donc la force, qui, pour fnous, s'associe confusément à l’ épaisseur d'esprit, à l âge mür, au travail: puis l'appareil de la prudence et le sérieux profond ; la stupidité leur ressemble et la monarchie

nous dispense de rêver si profondément à nos inté- “(1) Les ruines de Palmyre, de Balbec, de Petra... étonnent sans plaire ; ces temples sont construits d'après des rte de beauté,

auxquelles nous ne sommes point accoutumés. Les civilisations qui

ont créé cette beauté ont disparu. Promenades, 1, 32.

« Mais cela n'est que curieux. Que nous importe de savoir le temps

Qu'il fait aujourd’hui à Pékin! L’essentiel est d’avoir un beau jour

1 Paris où nous sommes ».

2) Ou du moins qui sort de la sauvagerie. Histoire de la P., 253. q

(Pru

On sent ici l'influence de Volney et de Fontenelle.

(3) Cf. Promenades, Il, 30. « C’est dans les romans de Cooper que vous trouverez les habitudes sociales des Grecs des temps héroïques ».

Le “a e sh ed le $ … % “

rêts (1); puis la bonté, apparentée à la niaiserie et à 1 : sottise (2).

Ainsi l'idéal moderne n'aura jamais le caractère sublime et l'air de grandeur qui charment dans l’antis que. Le beau idéal des anciens régnera toujours dans

qu'autant qu'ils auront à exercer quelque fonction de I& divinité. Le Salon et le Forum voilà les bases très différentes du beau moderne et du beau antique.

« La poudre à canon a changé la manière d'êtres utile ; la force physique a perdu tous ses droits au resi pect (3) ». On sentit que l’esprit-est absolument néces®

civilisation (4).

(1) Le beau idéal antique est un peu républicain. 1 (2) Hist. de la P., 263 et suiv. Par exemple la différence entres la grâce antique et la grâce moderne. Hist. de la P., 259. | (3) Promenades, W, 280. Cf. Hist. de la P., 281. « Le bon ain

des athlètes ». |

(4) Cf. Mélanges d'art et de littérature, 228. « L’essence de la mode est de changer sans cesse. La classe riche veut à toute forces se distinguer de la classe bourgeoise, qui s'obstine à limiter, tan dis que le beau idéal ne varie que tous les dix siècles avec les” grands intérêts des peuples ». Hist. de la P., 258. « Les changes

fe De là vient que le beau idéal moderne est encore mpossible en Italie. « Les qualités qu'il annonce y seraient ridicules par leur faiblesse. La multitude des zouvernements, dont on évite l'action par un temps de zalop, l'absence totale de justice criminelle, font que es qualités naturelles, utiles dans une société naissante sont encore fort estimables » (1).

- Delà vient que la France de 1811 est beaucoup plus ès de la beauté antique que la France de 1770 : la ourmente révolutionnaire a balayé la société et l'esprit. 1 société. Le Forum a reparu sur les ruines du salon.

à justice, la bonté, la force ont gagné ; tandis que les jualités propres à la société ne sont plus estimées (2). - L'idéal nroderne a donc dégagé des valeurs que le eau idéal antique ignorait et qui nous le rendent insiide. La Fornarina, avec son grand caractère, c’est-à-dire

à franchise, son dédain de toute ruse, et même « cette

ïents rapides dans la mode tiennent à la nullité du citoyen et à la onarchie ».

(4) Æ. de la P.,285. Cf. Promenades, I, 18. La civilisation étiole 3 âmes. Ce qui frappe surtout, lorsqu'on revient de Rome à Paris, ést l'extrême politesse et les yeux éteints de toutes les personnes bon rencontre. | (2) Mais aussi, depuis que la mode s'est mise à adorer le beau léal antique, il n’a plus paru de grands peintres. La France a des oèles et des peintres qui ne sont que des imitateurs, — Mélanges Art et de littérature (à propos du salon de 1824). Les élèves de avid ont sacrifié la vérité dans la peinture des sentiments du @ur.au beau dessin, recette d'école. Le clair obscur, depuis la iort de Prud’hon, est aussi rare que l'expression juste des mou- #ménts de l'âme.

Fr

férocité que l’on rencontre dans le quartier du Trastés vère » cest à mille lieues de l'affectation d'élégance, de

mélancolie et de faiblesse physique, que le dix-new vième siècle voudrait trouver chez la maitresse dé Raphaël. Nous nous vengeons en l'appelant laide » (1} Air facile à émouvoir, expression naive de la grâce la plus- douce, élégance, mélancolie, faiblesse, finessè d'esprit, voilà les caractères qui rendent « quelques

figures modernes tellement supérieures à l'antfs

que (2) ».

L'Amour, nous l'avons dit ailleurs, est intervenl dans la composition de la beauté. Le vulgaire, en

France, n’accorde le nom de beau qu'à ce quiest fem nin (3). Les sentiments délicats, que l'amour à créés à que l'antiquité ignorait, ont animé la peinture « Les

(4) Promenades, 61; v. aussi If, 295; I, 18. Touriste, I, 311; la demoiselle au chapeau vert rencontrée en bateau sur la Loire, et la Venus de Milo.

(2) Promenades, Il, 327; ibid , 22. Touriste, I, 328. « Canow dans le Persée, bannit la force, et, en ce sens, se rapproche d sentiment qui préfère de beaucoup l'élégance à la force et l’esphil à la justice ».

Dans un art comme l'architecture on pourrait opposer la beaukt rassurante et l’air de fête de l’architecture grecque, où mie grec, et les sensations d'abandon et de malheur, les rèverle sombres de l'architecture chrétienne. À. N.F.,42: Promenades Al 146; Touriste, IL, 243. Italie, A31. « Il est convenu que je ne | pas trop sensible à cet art; il ne parle pas à mon cœur avec ass de clarté ». ;

(3) Chez les Grecs jamais de galanterie envers les femmes n'étaient que des servantes. Promenades, I, 29. TS

madones de Raphaël et du Corrège attachent profondément par des nuances de passion assez modérées et souvent mélancoliques ». Dans la peinture antique il y a Part immobile des Apelle et des Zeuxis ou la volupté pompéienne; mais il n’y a rien pour l'âme aimante. Cela est l'opposé d'une civilisation où l’on s'imagine plaire à Dieu en se causant de la douleur (1) ». A époque de la chevalerie, les hommes se sont avisés d’oublier l'utilité réelle et de prendre les femmes pour juges de leurs mérites (2).

jh. De là une difficulté considérable pour certains actes. Jusqu'à quel point la nécessité d'être belle, inhérente à la sculpture, peut-elle se concilier avéc l'expression des passions (3) ?

(La sculpture fixe trop notre vue sur ce qu’elle entreprend d'imiter. Tout ce qui, pour être aimable, ne veut que peu d'attention, est hors de son domaine C4}:

| (1) Promenades, 1, 31.

| (2) Touriste, 11, 97.

(US) Promenades, 1I, 95. D'autre part le bon ton moderne défend es gestes. Dans les arts auxquels il faut des gestes, les artistes |rançais en sont réduits à imiter des gestes d'acteurs. NA) Hist. de La P., 248. Mélanges, 220. « Cet art divin ne peut \xprimer que les habitudes de l’âme et toutes les fois que vous feprésentez, même correctement, une passion passagère, les habi- |udes constantes de l’âme étant nécessairement éclipsées, ce n’est bus de la sculpture que vous faites ». Stendhal s'applique à dégacer ce qu'il appelle « le principal moral », c’est-à-dire les lois psyhologiques du plaisir esthétique. V. p.ex. ist. de la P., 362, n. |: Voir beaucoup en peu d’espace. le principe du raccourci ».

La beauté plastique de la sculpture était profondés ment liée à l'invention des dieux. | Après l'énergie du début et le raffinement de l'ex trême civilisation, après la politesse cérémonieuse, la frivolité, la vanité où des générations entières se sont,

usées, on peut attendre une révolution dans Les esprits;

et tous les événements semblent présentement la prés

parer. On entrevoit le beau moderne, auquel nous né

sommes pas encore arrivés : il faudrait un compromis,

habile entre le beau idéal antique et la beauté du dix* septième et du dix-huitième siècle : 11 faudrait chasse

l’afféterie, trouver la force de passion exempte de forcé physique (1). | C'est vers l’époque de la chevalerie, durant la vie dé

l'esprit chevaleresque, qu'a commencé l'inversion des

valeurs antiques. La chevalerie a éclipsé le bon sens de la Rome Antique ; mais elle n'a pas eu d'artiste capas ble de créer le beau idéal de la société qui l’entouraits

d'exprimer cette société par Le marbre ou la peinture (2}s

(1) « Gest la passion elle-même, dont nous avons soif. Ces donc très probablement par une peinture exacle et enflammée du cœur humain que le xixe siècle se distingue de tout ce qui l’a précédé ». Racine et Shakspeare, 259, D'où le romantisme de Sten* dhal. Le genre niais des Epigones ne convient plus au gout sévère d’un peuple chez qui commence à se développer la soif des actio énergiques. rt Fi

(2) Touriste, 1, 328. La chevalerie a éclipsé le bon sens de l& Rome antique, et le bon sens des deux Chambres bannit Ia cheva lerie. « Tout cela va donner plusieurs genres de beau aux gens de | gout ». | à

Page 1