M PETER
Ainsi l'amour purement physique nous parait assez) rare. L'homme ne peut guère le sentir qu'à ses moments de bestialité. Peut-être n'est-il pas très fréquent, même) chez le sauvage, quoi que Stendhal en ait dit (2). on | revanche il avait raison d'en faire le privilège de l’ Eu: ropéen abruti. Il faut signaler, il est vrai, à un certain niveau de sensibilité, la dissociation possible du plaisir
et de l'amour. L'égoisme dans le plaisir physique
LE
l’égoisme, jusqu à la souffrance infligée, parfois jusqu'à
en ve
La ,
la destruction de l'objet aimé et la liaison du plaisir à 1 souffrance d'autrui et à l’exaltation d'amour de soi
(1) Baudelaire, Œuvres posthumes, 108. « Dans l'amour, commê dans presque toutes les affaires humaines, l'entente cordiale est le résultat d’un malentendu. Ce malentendu, c’est le plaisir »
(2) Westermark, Origines du mariage, 343. L'amour por
se complique presque aussitôt. Le JéeléppeEns intellectuel af! fine et le couvre de grâces ; vite il s'accompagne de manières «al
(RE Ne 7 a EVE
bles, et de la curiosité de la femme ou des femmes. Il y a dt reste dans l’amour purement physique, bien des nuances de sens) sualité.
BJ | <
quelle provoque, c'est le sadisme. Mais le plaisir, ici
encore, ici surtout, n'est point tout simple et dépend de
4 D Li e 2] . 0 L | d'égoisme, l’exaltation de soi par l’humiliation morale
| à LU
2 . ge | sentiments complexes ; il suppose un singulier retour
et physique, au besoin par l'anéantissement de l’objet d'amour, et en même temps que cette infirmité morale, une incontestable déchéance de la sensualité (1).
Mais Jusqu'ici nous n'avons guère parlé que de l'amour physique indifférencié. Or, même au physique, y a souvent prédilection et choix. Aime-t-on seule-
{ment un corps, quand on le choisit, quand on le préfère ainsi ? | 11 est difficile de ne point donner une âme au corps
ipréféré. Il est difficile de ne pas voir dans ce corps expression d'une âme, d'une personnalité. Pascal s
in | hait ce qui se passe au dedans ». Quand on semble
ait justement de l'esprit de finesse : « Des yeux 1l va
sques au cœur et par le mouvement du dehors il con-
| Se
Waimer qu'un corps, dans quelle atmosphère de rêve k
a) Ainsi Stendhal n'avait point tort de croire (v. plus haut p. 91, note) que l’orgueil est le principe du sadisme. Les psychiâtres conlemporains, comme Havelock Ellis ou Freud, insistent sur l'agressivité mêlée à la sexualité, sur le combat associé à l'amour. Il y a échéance incontestable dans le sadisme. C’est un de ces états où An élément, une composante du processus sexuel tend à prendre | ne importance extraordinaire ou même à occuper le champ entier (le la conscience sexuelle, en sorte que la partie devient un symsole qui représente le tout. C’est ce que Havelock Ellis appelle le Iymbolisme érotique.
ntrevoit-on ? Ainsi on ne voit que des degrés entre
la passion purement physique en apparence pour un | corps qui ne peut pas n'être qu "un Corps, qui ne peut pas ne pas être évocateur, sauf, je le répète, dans l état de bestialité pure où la femme ne serait qu'une femelle, | où toute penséé, où tout sentiment d'ensemble sont abos| lis, et la passion plus spirituelle où l'âme est cherchée à travers le corps (1). La spiritualité peut aller jusqu'à feindre de nier le corps ou tout au moins jusqu à ne vouloir le considérer que comme signe et symbole de l’âme. Entre ces états extrêmes, il y a un heureux équi-| |
libre, un balancement harmonieux des deux termes
harmonie physique et morale, mélange de tendresse €
el
de volupté.
Le matérialisme amoureux, entendu au sens précis, est d'autant moins aisé que des motifs esthétiques, la sensibilité aux formes, à la musicalité, aux parfums, e goût de la vie sous les traits et sous les muscles, | Men AN à on PURE A
(1) Vauvenargues, Introduction, 27. « Done tout ce qui s'offre à nos sens ne nous plaît alors qe comme une image de ce qui st cache à leur vue ; donc nous n’aimons alors les qualités sensible! que comme les organes de notre plaisir et avec subordination au qualités insensibles dont elles sont l'expression. » Mme de Staë De l'influence des passions (Œuvres complètes, 1836), I, 13 « L’attrait d'une figure séduisante, cette espèce d'avantage qui per met à l'imagination de supposer à tous les traits qui la captivehl l'expression qu’elle souhaite. »
us ou moins explicite qui dépasse les données imméliates de la perception et la sollicitation immédiate de l'instinct. Il ne reste pour lui que les cas où la puis- | puce et la vulgarité du désir empêchent tout travail évocation, où l'objet n'apparait que pour satisfaire, et sans même quon lu demande qu'il se satisfasse en
nème temps, et les cas où une dissociation étrange fait que l’on n'aime point la personne dont on aime le
rés
Corps ; et même dans ce cas, on peut se demander si
l’on n'aime point en ce corps réel et contre son âme
réelle une âme factice et momentanée, dont on le doue,
Sachant toutefois qu’elle n'est point l'âme vraie.
à IL faut convenir que, d'autre part, l'amour sentiment
É à l’amour physique une partie de sa profondeur. aspire à la fusion des cœurs, parfois même à l'accord
des esprits. Mais comme l’a dit justement Vauvenarm es, l'amour est bien différent de l'amitié « car, dans amitié, c’est l'esprit qui est l'organe du sentiment : ici
ti pas l'individu tout entier ? En quoi, du reste,
sont les sens ». Comment s’en étonner? L’amour
st-1l pas fondé sur une fonction biologique ? N'inté-
en serait-il diminué ? L'exemple de l’art peut rassurer lei. Tout le travail esthétique consiste à fondre l’intellgence, l'imagination et la sensibilité. Dans l'art la Spitualité la plus pure cherche la matière la plus sensible ; c'est au contact des images les plus subtiles que a sensibilité est le plus frémissante : tout l'esprit du
ag
réateur ou du contemplateur s’unifie ou tend à s’uni-
fier dans cette profonde unité du contenu et de la formes
IL peut y avoir une amitié amoureuse, et il est pro bable que le développement de la civilisation favorise un tél mélange. Mais l'amour vise bien plus loin ques l'harmonie des caractères. IL a quelque chose d absolu ll réclame tout l'être, et des deux êtres qu'il prend, ik veut faire un être nouveau. Cette fusion, elle est atteintes de plusieurs mänières. On peut aimer un objet, où seulement sa possession ; c’est-à-dire qu'on peut l'aimer pour lui ou pour soi. On peut vouloir aimer, ou vouloif être aimé. Il y a un amour de conquête et un amour qui veut se donner. Beaucoup d'erreurs ou plutôt de demk vérités viennent de ce que les analystes ne disting uen pas assez entre l'amour, désir de posséder, et l'amours désir d’être possédé, entre l'Amour exigence et l AmouË don ; Stendhal, jugeant trop d'après lui- -mêmez n'échappe pas à ce reproche. Chacun des deux indivis dus peut tendre à se perdre dans l’autre ou bien à F abs sorber. Sous l’apparente aspiration à l’union totale, à la dissolution de soi, souvent deux égoïsmes sont aux prises, qui travaillent à se faire souffrir. Et quand l'amour est le plus complexe, il enferme le mélange et l'alternance de ces deux éléments ; le désir à la fois de posséder et d'être possédé ; ces deux désirs peuvent être égaux, ou bien l’un des deux l’emporte, commê dans l'amour impérieux ou dans Famour esclave. L' un des deux peut disparaître et c’est le cas que nous avons d’abord envisagé. II y a ainsi, pour un individu, bien
des formes possibles d’amour, par le dosage différent “le ces éléments, et par la rencontre de deux de ces
formes, souvent bien différentes l’une de l'autre, bien “des complications passionnelles (1). Stendhal a profondément vu, tout au moins, qu’on peut être aimé autreent que l’on aime. Ainsi l’amour, chez un seul, est parfois tout simple et parfois chargé d’une lourde con- “tradiction qui n'arrive pas toujours à se résoudre ; que 4e ce quand deux amours sont en présence? Mais supposons pour un moment. et chez Les deux, la pas- Sion absorbante, dissolvante de l’individualité. L'amour, “à ce degré, c'est la fusion de deux volontés, de deux personnalités, de deux âmes ; la création d’un être unique et double, la continuelle unification de la dualité, Fe contimuel dédoublement de l'unité, pour un continuel échange d'être, don et réception. On comprend que cet état mi-réel, mi-idéal, prenne l'aspect de la vie pleiement harmonieuse. + Deux amours s'affrontent et s'unissent pour former J'amour. Au sein de chacun de ces amours, l'exigence el l'abandon s'accordent ou se contredisent. La combi- Haison, plus ou moins instable, qu'ils forment, rencon- | à la combinaison qui s’est formée chez l’autre ; que de encontres variées ! Quand l'amour est le don sans
réserve ou l'exigence sans réserve, dans les cas heu- | Le la fusion des deux êtres peut se produire, soit que
- (1) Sans compter, bien entendu, toutes les différences que créent >s différentes facons d'aimer.
le don s'accorde avec l'exigence, soit que les exigences s'entendent entre elles, ou les abandons entre eux; dans les cas malheureux, c'est au contraire l’opposis tion de ces attitudes d'âme et leur incompatibilité ;« dans l’amour même la discorde se révèle ; les façons: d'aimer contrastent et s'affrontent ; et l’on aime pour tant, puisqu'on à bien sa forme propre d'amour, ets qu'on n’a qu'un tort, celui de ne point rencontrer la forme complémentaire, ou celui de ne pas savoir vccom moder la sienne à celle que l’on rencontre. +
On dira peut-être que Famour exigence est amour) propre, et l'amour don, $eul vraiment amour ; peut! être, lorsque l'amour n’est qu'exigence, est-il tout at moins amour propre en amour; mais l'amour entien ne suppose-t-il pas l'exigence, en même temps que le don ? Il n’y a de possession complète que celle d’un êtré qui vous aime. L'amour enferme le désir d’être aimé, en même temps que le désir d'aimer. Intimement unless du reste, sont les deux choses; car, en amour, l& bonheur vient à qui donne ; il y a autant de plaisir à susciter du plaisir qu'à en accueillir; avec « l'ivresse pathétique de l’être aimé » on voit s'augmenter som amour. À partir de cette dualité originaire, de cette confusion primitive, les deux désirs peuvent s'affirmer chacun pour soi ; deux formes d'amour, nettement diffé rentes se dessinent aussitôt ; elles peuvent, du reste, se réconcilier et c'est la forme la plus complexe et la plus riche de l'amour. C'est l'épanouissement de sa richesse
ES
primordiale, de sa double aspiration primitive. Il n’y à donc pas lieu de chercher si l'un des deux éléments mest que dérivé ni de déduire subtilement l’un de Pautre (1). Les deux formules de La Rochefoucauld “sont vraies en même temps et au même moment : « L'Amour est passion de régner » et « Le plaisir de Pamour est d'aimer ». Bien des erreurs d'analyse viennent de ce que les psychologues ont méconnu la dualité fondamentale de l'amour ; cette dualité peut s’effacer, par la prédominance exclusive de l’un des élén ents ; elle est pourtant au commencement et au terme. . On comprend aussi, par ce qui précède, pourquoi l'amour revêt si aisément l'apparence de la haine, et “h lutte étrange et éternelle dans l'amour de l’homme e de Ta femme ; hors les cas d'absorption complète ou d'équilibre heureux, tout, dans l'amour, est lutte pour la domination, et effort de destruction.
- L'amour veut tout l'être aimé. Il est précisément
“cette passion qui utilise la différenciation biologique, Mla différence des sexes, et ce fait, qu'un corps vivant peut appartenir à un autre, sans être détruit et les “émotions profondes et le plaisir ardent qui suivent de ce rapprochement. L'amour rencontre cette profondeur immense de l'amour physique. N’est-il pas pénétré, à Mous ses stades, d'un désir physique, toujours présent, “alors même qu'il se subtilise extrêmement ; n'est-il pas
(1) Comme Faguet, par exemple, dans son charmant petit livre . De l'Amour ».
en dehors de la conscience de l'individu où il n'est
harmonie physique, contact physique, sensualité, at moins rêvés ; la tendresse et la volupté s'allient étros tement. F
Non qu'il se réduise au désir physique, ni quil e 1 soit simplement l'expression. Le mot amour a tant de portée ! Ne l’emploie-t-on pas toutes les fois qu'il s’agits de don sans réserve, de sacrifice de soi ? On dit l'amour maternel, l'amour de la patrie, l'amour de la science l'amour de Dieu. Ne pourrait-il y avoir fusion d’Aämés sans fusion des corps ? Nous reviendrons sur ce point 4
Mais ce qui donne à l’amour proprement dit sa phy= sionomie particulière, c'est que le don physique de soi. v est l'achèvement, et en même temps l'expression etx le symbole du don spirituel. Les deux choses ne se séparent pas. Schopenhauer a grossièrement tort des dire que l'essentiel en amour ce n’est pas la réciprocité Ë mais bien la possession, et ses preuves sont bien mes+ quines. Il est aveuglé par une théorie de l'amour qui veut qu'il se joue tout entier dans le plan biologique F4
qu illusion. C’est la possession amoureuse que l'amant réclame, c'est-à-dire la possession consentie, le don de soi, et non pas le simple plaisir physique. : |
En amour le don physique de soi est l'accompagne ment et l'achèvement du don spirituel. L'amour est abandon total, fusion totale, transubstantiation. La con fusion des personnes crée ce vertige heureux qui per: met à l'amour de se réaliser totalement, et aux amants
- de se perdre dans leur amour en cessant d'être eux. À tous ses degrés le trouble des sens, dominé par la . passion, accomplht les fins de l’amour, bouleversant les “attitudes, révélant un être nouveau, de frénésie et de “délire sous le calme de tous les jours. L'originalité sen- “timentale apparait pleimement, à la faveur de l’exalta- “tion. La communion sentimentale ébauchée dans l'aspiration amoureuse, développe ses phases, dont la : possession nest que le terme. La croissante intimité . physique suit les progrès de la communion sentimentale. on y à dans l'amour une continuelle exigence de vérifi- “cation. de réalisation. La « réalisation plastique » est de son essence : en autrui et sur autrui.
$ Ainsi l'excitation des sens et l’exaltation amoureuse “vont de pair, interférant, alternant de façon complexe. “L'individu physique renonce à ce qu'il a de séparé, de “clos, de secret ; «la pudeur fait le charme de l'amour » : . parce que la défaite de la pudeur est le triomphe de ET amour. |
“ Il yaici bien des degrés ; depuis celui où la com- “munion sentimentale n’est qu'ébauchée dans la posses- “sion physique, jusqu’à celui où la possession physique vaut surtout comme expression, comme symbole du don spirituel. Comme le disait Stendhal, la possession est signe, indépendamment et en sus du bonheur phy- .sique quelle procure. Certains cœurs particulièrement subtils, certains chercheurs d'amour éthéré peuvent n'y
voir qu'un signe, ou vouloir ou feindre de n'y voir
qu'un signe ; à l’avant-dernier degré de cet hyperspiritualisme, la possession physique ne serait guère qu'un acte extérieur, un rite extrinsèque, une formaz
lité nécessaire. Au dernier, ce serait le platonismen Ainsi l'amour physique fait partie de l’amour senti-
ment, comme le son fait partie de la poésie ou de 4 musique. Et il n’y a pas ici juxtaposition arbitraire de
deux éléments hétérogènes et qui se suffisent, de deux passions indépendantes et dont le rythme se superpose, parce qu'il coïncide en quelques points. Les émotions de l'amour physique se prolongent volontiers en plai= sir moral ; si la volupté doit beaucoup à la tendresse,“
la tendresse doit beaucoup à la volupté; le plaisir
moral appelle le plaisir physique. Ils sont mêlés et
fondus ; leur concours exprime le profond rapport qui
les unit dans la nature. Sensation et sentiment ne s op, posent point. La sensation fait partie de ce système plus complexe ; elle est comme un élément, comme ur) commencement de sentiment ; il n'y a entre eux qu'une différence de complexité et de profondeur. Ce que l'on
trouve donc surtout dans la réalité, c'est le mélange às
tous les degrés. On ne trouve guère ni la bestialité« pure, ni la spiritualité pure. Et quel est Le rôle initial. de chacun des deux termes, dans le composé ? Variable « selon les cas ; il y à ceux où l'amour commence par le. physique, et ceux où il commence par le moral; il y la subordimation du plaisir physique à la tendresse
sentimentale et l'inverse. Mais il est bien rare qu'ils soient l’un sans l’autre, et surtout au début.
3 Le mot de saint Augustin sur l'amour est d’une vérité profonde : « Spirituel même dans la chair, et charnel même dans l’esprit ». Aimer c'est aimer corps et âme ; l'interaction des plaisirs physiques et des seniments moraux produit Justement cette composition si originale, qui abroge tout le factice de la vie commune, “laisse plein épanouissement à la sentimentalité vio- Mente, suspend les idées claires et le contrôle intellec- ‘tuel, et dans la liberté, l'énergie, la violence de lani- Mémalité épanouie installe les élans de l'âme : sous les Mespèces sensibles, le mouvement de l’amourspirituel (1). - Y at-il vraiment un amour platonique ? IL faut d'abord écarter de trompeuses apparences. Appelle-
rons-nous platonique un amour qui se résigne à une | possibilité matérielle ou sociale ou un amour qui préfère ne point courir de risques et dont l’épanouisse- | ment est retenu par la volonté, un amour qui renonce, un amour combattu par le devoir ou le respect ? L'amour empêché ou retenu prend aisément l'aspect du platonisme ; encore faudrait-il voir d'abord si l’ima- “gination ne prend pas sa revanche? Il y a aussi une simulation du platonisme qui, chez de tout jeunes gens,
LE
* (1) Balzac écrit curieusement, Physiologie du Mariage (Houssiaux, t. XVIII, p. 389). « Le plaisir étant causé par lalliance des sensations et d’un sentiment, on peut hardiment prétendre que les IMplaisirs sont des espèces d'idées matérielles. »
PUS TR ONU SD CR ET VOS RAP SR PIE PEER RS IT = , x £ “ SX: c 1 Verdi Da",
n'est que l'ignorance de l'amour réel ou, chez des. gens mieux avertis, l'ignorance de la réalité de leur. amour; ou bien l'illusion d’une pureté, dont on fait.
une idole et qui s'impose comme une règle à “pr : mais qui fouillerait l'imagination, le trouble du cœ et des sens, y trouverait aisément un autre amour ui celui qu’on s’imagine avoir; souvent un amour très réa” liste, par un travail d'épuration et de sublimation, pren L le masque du platonisme (1). — Appellerons-nous* platonique l'amant qui pour raffiner son amour et soul mieux en jouir, diffère le dénouement, subtilise ef raffine les faveurs ? Une bonne part du:platonisme d l'amour chevaleresque pourrait s'entendre ainsi ; l’autre relève de la théorie et de la mode. Il y a aussi un platonisme voulu : ceux qui veulent, se libérer de la chair et pourtant aimer. Mais peuvent-ils ? où n'est ce là que fiction, rêve de poëte, spéculation sans con sistance ?
Dans la description de l’amour par Stendhal et sur, tout dans sa description de son propre amour, nous avons vu surtout la rêverie sentimentale et la contem= plation amoureuse ; l'amour qui s'arrête sur soi-même et qui ne sait pas jouir de son succès. lei l'esprit d'en treprise manquait; le sentiment ne voulait point se. laisser distraire par l'exécution ; il ne laissait point de
force pour elle. Mais cette sensibilité extatique s’accome
(1) V. Baudelaire, OEuvres posthumes 409.
ee
-modait fort bien du réel de l'amour; elle l’exigeait om ême, sans savoir se le procurer d'elle-même ; elle attendait de la femme aimée; c'est dire qu'elle e espérait d'elle en complaisance et en audace, ce qui 1 ui manquait à elle-même en force d'exécution. Qu'on | dise après cela que la possession n’est que l’introduc- Mion à l'intimité, le signe de l'amour, qu'on oppose
nette, la fermeté du caractère ; c’est apathie, paresse, rèverie. Mais ce n’est pas encore du platonisme. On trevoit sans doute ici la séparation de la sensualité & de la sentimentalité. Mais nul doute que Stendhal | Re: fait du plaisir physique, de la RAS CEROD, un élé-
M Dans ce demi-platonisme il y a donc un peu de tout et LÈGES des raisons du on RERÉRES Pour-
l'incapacité physique, qui du reste n’est pas toujours un obstacle au désir amoureux (1). La réalisation dem
l'amour supposant le consentement d'autrui, c'est dun
désir seul que nous devons nous préoccuper ; il se peut que l'amour voulu ou consenti par le sujet n’aboutisse
pas, pour de tout autres raisons que des raisons plato 3 niciennes et que le platonisme ne soit qu'un masque, que prennent volontiers ces raisons. Ÿ a-t-il un amour, qui soit vraiment un amour pour la femme et qui, à tous ses moments, ignore, méconnaisse, méprise la femme dans la femme ? En dehors des formes illusoires que j'en ai décrites, je ne vois point de platonisme. Dans ce qui
serait le vrai platonisme, il n’y a point d'amour à prow
(4) I suffit de citer Stendhal, Armance et le Babilanisme. Octave est tellement-disposé à l'amour qu'il s’est juré de ne jamais aime | il ne sait que se punir de sa faiblesse par des accès de fureur et de méchanceté. Peut-être sa résolution et la confiance quil a dans sa force, plus encore que l’atténuation du désir physique, car 4 semble bien qu’il aime physiquement Armance (109, 119), sont-elles causes qu’il ne s'aperçoit pas lui-même de son amour pou Armance et qu'il faut que Mme d’Aumale le lui révèle. Mais quand il aime, et qu’il est aimé, il ne peut que ressentir l'es froyable douleur morale d’une situation sans issue. Il n'avoue sc n amour que parce qu'il croit mourir; il ne consent à épousek Armance que par devoir et parce qu’elle est compromise. Entrainé par l'amour qu'Armance lui prodigue, il veut tout lui avouer mais l'intrigue du commandeur l’en empêche en le faisant doute d’Armance ; « j'avais besoin de la passion la plus folle et la plus profonde pour qu'on püt me pardonner mon fatal secret » Armance, 197. Il ne lui reste plus qu’à mourir. « Le babilanisme rend timide. Le vrai babilan doit se tuer pour ne pas avoir l'ems barras de faire un aveu » (Corr., Il, 446, 447). |
prement parler; ou bien c'est un amour qui s’est impersonnalisé qui s'adresse à une qualité, à une “abstraction, dont la femme n’est que le symbole ; au risque du reste de se personnaliser en aimant le sym- “bole; ou bien c’est une amitié passionnée ; mais y a-t-il “entre l'homme et la femme une amitié passionnée qui “ne devienne pas un peu amoureuse, à moins que l'antipathie physique ne fasse échec à l’ardeur morale (1)? “ Je vois bien que la compréhension du mot amour va bien au delà de l'amour sexuel. On dit amour dès qu il ya exigence totale ou possibilité du plein don de soi : amour de la patrie, amour maternel, amour de la science. De l'amitié passionnée on peut dire amour ; on en peut dire amour justement au moment où cesse a relation de réciprocité et de justice, au moment où L une des deux parties s’efface devant l’autre.
Mais sans parler des figures sensibles et des sensa-
Lions véritables qui le plus souvent accompagnent ces
PO LRNPIRIT ARS
formes de lamour, qui ne voit qu'ici nous passons à
une autre espèce psy chologique ? Il ne faut point mêler les essences.
(1) Mme de Staël, Œuvres, 11,154 : « Entre deux amis d’un sexe | Mifrérent l’amitié glisse aisément à l'amour. Dès qu’un homme ct june femme ne sont point attachés ailleurs par l’amour, ils cher-
échent dans l’amitié tout le-dévouement de ce sentiment, et il ya bune Sorte d’exigence naturelle, entre deux DEBQues d’un sexe différent, qui fait demander par degrés et sans s’en apercevoir, ce “que la passion seule peut donner, quelque éloigné que l'un et “l'autre soit de la ressentir. »
- DeLAcroIx — Stendhal 17
NN + De FRMIAI