‹ La psychologie des élusChapitre 15 sur 57 · BA ANR ET LE · texte numérisé non relu

BA ANR ET LE

figurée comme le corps du Christ au Thabor, que nous revêtirons. Son agilité, son éclat, loin de contrarier la vie tout immatérielle de * notre âme, la seconderont et ainsi nous pourrons étre pendant toute l'éternité mêlés et comparés aux esprits angéliques.

VIII. — Là-haut, nos morts sont donc bien comme les Anges, plus que cela, ils y sont comme Dieu lui-même.

Déjà sur la terre, nous participons à la vie de Dieu. La grâce et tous les dons surnaturels qui la constituent ou l’accompagnent appartiennent à un ordre supérieur. Aucune créature, si haute et si parfaite qu'on l’imagine, ne saurait atteindre les sublimités de la grâce ; aucune ne peut en être pétrie ni la revendiquer comme élément ou propriété de sa nature. Pour rencontrer la sphère de la grâce, 1l faut dépasser le monde ou réel où même pos- sible des créatures, il faut aller jusqu'à Dieu lui-même.

La vie surnaturelle est une communion à la vie divine, communion aussi finie et aussi lointaine que l’on voudra, mais communion réelle et privilégiée. Les vertus qui s’y exercent sont appelées théologales, parce qu'elles ont Dieu pour objet, qu'on y croit Dieu, qu'on y espère Dieu, qu’on y aime Dieu; et encore aussi parce qu'elles procèdent intérieulate, surget in gloria. Seminatur in infirmitate, surget

in virtute, Seminatur corpus animale, surget corpus spiritale, » [ Cor. xv, 42-44.

rement d'énergies participées directenient de

Dieu lui-même. Aussi la Sainte Ecriture ne

craint-elle pas d’appeler du nom même de Dieux ! les hommes appelés à la vie surnaturelle.

Mais, la grâce dont nous jouissons ici-bas n'est qu’une semence, les vertus qu’elle nous apporte ne sont qu'une aurore, le chrétien sur la terre n'est qu'un germe de Dieu ; il faut le sol du Paradis pour que ce germe s’épanouisse en un arbré vigoureux et puissant, il faut le grand jour de l'éternité pour transformer cette aurore et en faire rayonner les clartés, il faut

le dépouillement et la crise de la mort pour.

donner l'âge parfait et l’abondance de la sève à ce germe de Dieu. Dès qu'elle entre au ciel,

l'âme se dépouille des enveloppes, des langes de

son enfance, evacuaut quæ erant parvul ?, la grâce dont elle était comblée ici-bas fait place à un principe de vie autrement parfait ; la lu-

mière de gloire lui est substituée. Par la grâce, 8 2

nous étions rendus capables de croire Dieu, de l'espérer, de l’aimer ; par la lumière de gloire,

nous devenons aptes à voir Dieu, à le posséder.

L’éclat de la divinité ést tellement radieux, qu'aucun œil créé, qu'aucune intelligence, méme celle des chérubins ou dés séraphins, ne sauraient le supporter. Ils en seraient aveuglés, s'ils étaient livrés à leurs propres forces. Le hibou n'’affronte pas le soleil. La créature a

. € Ego dixi: Di estis. » Ps vxxxr, 6, Joan x. 34. 204 COIN RUE AU,

moins de vue que le hibou et Dieu est plus brillant que le soleil. Il faut donc qu'une force ultra naturelle, jaillie du cœur même de Dieu, vienne renforcer notre regard, lui donner une valeur, une capacité, une acuité dont Dieu seul est naturellement capable. Et par là, nous devenons déjà comme Dieu.

IX. — Une fois fortifiés dans notre faculté de voir et de connaître, le contact entre notre intelligence et Dieu s’établit, et c'est ici encore que se réalise un mystère nouveau de divinisation. Quand 1ci-bas je regarde un objet, quand je repose ma vue sur une fleur aux couleurs ravissantes, quand j'en respire le parfum ou que j'en sens le velouté, il s'établit une communication entre cette fleur et mes yeux et mon odorat et mon toucher ; cependant la fleur n’envahit pas mes organes, elle ne les pénètre pas, elle ne les ébranle que par une vibration partie d'elle ; l’image qui se reflète en moi n’est pas la fleur, mais quelque chose qui lui ressemble, qui procède d'elle, sans être elle-même. La vue que je posséder ai de Dieu au ciel sera d’un ordre bien supérieur. Dieu n'’ébranlera pas seulement mon intelligence par une vibration sortie de lui et qui lui ressemblerait d’une façon quelconque ; il pénétrera lui-même en moi, il sera au sein de mon intelligence l'image qui le reproduit, la parole qui le chante, la chaleur qui le communique, l'élan qui l'aime et l’embrasse. Mettons au soleil un cristal, une perle de l’eau la plus pure. Immé-

diatement nous les voyons étinceler de mille feux ; la lumière les envahit, se fond avec leur substance, les fait rayonner et rayonne en leur totalité. Approchons notre main d’un foyer ardent ; bientôt elle est pénétrée par la chaleur elle en est toute possédée, elle devient chaude et foyer de chaleur elle-même. Simples comparaisons bien éloignées de l’éternelle réalité, mais qui du moins nous font soupçonner quelque chose du mystère de la fusion des âmes avec Dieu. Dieu est le soleil qui pénètre le cristal de notre esprit de ses rayons infinis, il est le foyer qui envahit de sa chaleur nos facultés ravies. Et pendant toute l'éternité sa lumière étincellera et sa chaleur vibrera en nous.

Telest le mystère qui, dès l'heure de leur entrée au ciel, s'est accompli en nos chers morts. Ils sont devenus des Anges, 1ls sont des Dieux. Leur âme est sortie de sa prison, pour recon= quérir la liberté spirituelle des Anges ; elle s'est développée soudain et a communié à la bonté et à la félicité de Dieu. Une telle transformation, qui les perfectionne, les achève et les consomme dans l’épanouissement de leur être et de leur bonheur, nous a coûté cher. Elle nous les a ravis; elle a fait saigner notre cœur, mais nous désespérerons-nous quand notre douleur a pour prix leur perfection et leur joie, quand notre deuil reçoit en eux une telle compensation ? Ne pleurons donc plus celui qui vient de nous être ravi, ce scrait contredire à notre cœur, ce serait pleurer sur le berceau d’un Dieu, ce serait pleurer le bonheur d’une âme aimée.

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ANCIPATION DE L'ESPRIT

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