‹ La psychologie des élusChapitre 17 sur 57 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

L. — Unedes principales conséquences de leur nouvelle vie est, pour les morts, la privation de leurs sens. Avec leur corps, les sens se sont éteints. Leurs yeux ne nous verront plus et ne feront plus resplendir dans leur doux éclat la noblesse de leur âme, ni l’ardeur des sympathies dont ils nous enveloppaient. Leurs oreilles n'entendent plus : nous ne les verrons plus se prêter attentives à nos paroles et aux confidences de notre amitié : en vain nous leur avons parlé avant leur disparition dans la tombe, en vain encore maintenant nous répandons sur cette tombe les appels de notre tendresse, elles restent sourdes à notre voix. Cette bouche qui nous parlait avec tant de douceur et d'affection, sur les lèvres de laquelle nous avons si souvent cueilli la parole de cordialité ou le sourire de

bonté, elle s’est close pour les siècles ; refroïdie

enfin cette main dont la chaude étreinte nous

plaisait.

Nos morts ne sentent plus; toute cette vie organique qui s’épanouissait dans la vue, dans l’ouïe, le goût, le toucher ou l’odorat, a disparu. Ils ont dit adieu au chatoiement des couleurs, à l'harmonie des sons, au charme des saveurs ou des parfums, au moelleux des objets tièdes ou veloutés. [ls ont, du même coup, dit adieu à ces facultés organiques intérieures où les sensations s’assemblent et se conservent ; où nous les rapportons à un même objet autour duquel elles s'unissent et se complètent : où enfin nous les faisons revivre pour jouir des harmonies anciennes, des panoramas disparus,

des scènes trop tôt passées. Adieu, aussi, à

cette imagination riche et féconde, qui à côté des souvenirs sensibles peuplait l’âme de spectacles variés et nouveaux où s’exerçait son activité, où se déployait son art créateur.

IT. — Que deruinesentassées en un instant par les coups de la mort! Quels lambeaux larges et vivants arrachés de la trame de la vie! — Mais, en mème temps, quel affranchissement.

Le défunt ne voit plus, ne sent plus; et donc il ne souffre plus. Sa mort a été aussi la mort de la souffrance et de la mort pour lui. La

douleur qui l’assiégeait a renoncé définitive-

ment à l’assaillir encore, ses traits se sont

relirés. Plus de corps ; partant, plus de souffrances, plus de maladies. Quel soulagement

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