‹ La psychologie des élusChapitre 18 sur 57 · A QE · texte numérisé non relu

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pour ces chers défunts, et quelleconsolation pour nous qui avions tant de peine à les voir souffrir, à entendre leurs plaintes, à soupçonner les angoisses de leur silence de malades. Leur tête ne se penchera plus sous la pression des migraines lourdes, ni sous le poids de sa masse désertée par la pensée et par le vouloir ; leurs artères ne battront plus la charge sous l’afflux de la fièvre; leur poitrine ne halètera plus écrasée par la fatigue ou la congestion ; ils ne se traineront plus les jambes brisées, les reins moulus, lassés et languissants. Saint Jean, dans l’'Apocalypse, nous en donne l'assurance par deux fois : Les élus, dit-il, « n’auront plus ni faim, ni soif; ils ne sentiront plus les ardeurs du soleil ni de l'été... Dieu essuiera toutes leurs armes ! ». Et plus loin, il revient sur le soin qu'aura Dieu de tarir à jamais, chez les élus, la source des pleurs: « Dieu, affirme-t-il encore, essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et les pleurs, les cris, la douleur ne seront plus, parce que le premier état est passé. ?.9 3

Les émotions elles-mêmes ne broieront plus leur cœur d’une étreinte subite et poignante. Que de fois le sang a été figé dans leurs veines

1. « Non esurient, neque sitient amplius; nec cadet super illos sol, neque ullus æstus... et absterget Deus omnem lacrymam ab oculis eorum. » Apoc. vu, 16, 17.

2. « Et absterget Deus omnem lacrymam ab oculie eorum : et mors ultra non erit, neque luctus, nequs clamor, neque dolor erit ultra quia prima abierunt, >

Apoc. xx1, 4.

par l'impression d’une crainte soudaine ! Que de fois il a répandu une chaleur inaccoutumée et intense sur leur visage et sur tout leur être fouetté par l’indignation ! L’injustice les irritait, les nobles aspirations du vrai et du bien se traduisaient dans les frémissements de lcur chair et dans le tumulte de leurs nerfs. Au cel, leur âme possède toujours les mêmes élans. Plus que jamais elle a soif de justice et de lumière. Mais ses désirs, sa passion pour tout ce qui est grand, n’ébranlent plus un corps qu'elle a quitté et n’y produisent plus ces tortures physiques qui font tant souffrir les organisations délicates et les natures sensibles. Le corps, en se détachant de l’âme, a certes ravi nos chers défunts à notre vue et à nos embrassements, 1l les a privés de tous les avantages de la vie sensible, mais du même coup,

il les a affranchis, 1l a brisé la double chaîne

de douleur et d'émotion, par laquelle il asservissait parfois d’une façon si cruelle.

Ne les plaignons donc pas trop et sachons voir, dans le désastre de leur enveloppe mortelle, une source de liberté et de jouissance pour leur âme.

LIT. — Mais, peut-être, que cette extinction de toute vie sensible produit chez les morts de plus grands ravages que ceux qui viennent d’être décrits. Ce foyer en disparaissant n’a-t-

il pas éteint d’autres foyers, comme la mort.

des soleils plonge dans la nuit les mondes qu'ils éclairaient et réchauffaient jusque-là ?

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