IV. — Les sens sont donc indispensables à
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la vie de l'esprit. Saint Thomas d'Aquin affirme, et l'expérience est d'accord avec lui, que les aveugles de naissance n’ont pas la science des couleurs. Parlez-leur du blanc, du rouge ou du bleu ; décrivez-leur l’étendard de la Krance, les charmes d’un ciel azuré ou d’une mer d’émeraude; détaillez-leur la gamme chromatique dés couleurs étalées à la lisière d’un bois par l’automne ; ils ne vous comprendront pas. Ils sauront qu'il existe des phénomènes hors de leur portée : mais de ces phénomènes ils ne saisiront n1 le caractère ni la nature. Il leur manque la science de la lumière et de ses transformations indéfinies à travers le cristal des substances corporelles. Or, à ces aveugles-nés, refusez aussi le sens de l’ouïe : faites-en des sourds-muets dès le berceau. Ils ignoreront toujours la science des sons, ils seront aussi étrangers à l'harmonie musicale qu'à l'harmonie lumineuse : sons et couleurs seront choses inconnues pour eux. Poussez encore plus loin les suppressions de leur vie sensible : refusez-leur l’odorat et le goût, donnez-leur même un épiderme tellement rudimentaire et grossier qu'il soit incapable de sentir et privé du toucher. Voilà donc les cinq sens de ces hommes supprimés dès leur entrée dans la vie. Ils ont une âme intellectuelle, mais les cinq ouvertures par lesquelles la lumière devait l'inonder sont hermétiquement closes. Qu'arrivera-t-1l? Que cette âme, faite pour connaître, -ne connaîtra: rien. Que cette intelligence créée pour voir ne verra rien, que cette volonté construite pour
- vouloir et aimer sera sans amour et sans dé-
asion. Un miracle seul pourrait éveiller l'esprit de ces hommes aveugles de tous les sens.
La suppression des sens amène donc la suppression de toute fonction intellectuelle, de toute action libre, de toute affection volontaire, C’est la nuit, la nuit noire et désespérante.
V.—- S'il en est ainsi, que devons-nous penser de l’intelhigence et de la volonté de nos défunts. Ne sont-ils pas pires que des aveugles, puisqu'ils ne sont pas seulement privés de la vue, mais encore dépouillés de leurs yeux même malades, même impuissants ? Les autres organes de la vie sensible leur ont été pareille-
. mené enlevés. La mort a supprimé tous les ca-
naux par lesquels les connaissances et les affections affluaient jusqu’à leur âme intellectuelle, elle a éteint tous les flambeaux destinés à éclairer leur esprit. Est-ce donc la nuit éternelle et profonde pour eux aussi? Est-ce Fimpossibilité de penser et de vouloir, et une sorte de paralysie de l'intelligence et de la volonté ? Faudrat-il croire qu'ils ont une intelligence et ne con-
naissent plus, une volonté et ne veulent point,
semblables en leur âme à ces idoles d’argent ou d’or dont parle le Psalmiste, qui ont une bouche et ne parlent point, des yeux et ne voient point, des oreilles et n’entendent point, des narines et
ne perçoivent point les parfums, des mains et
ne touchent rien, des pieds et ne marchent point, enfin un gorge sans voix ! ? Doute ter-