Os habent, et non loquentur, oculos habent et non
LS
rible et plein de désespérance, si la foi et la raison ne permettaient pas de le secouer.
VI. — Sans doute, tant qu'elle est unie au corps, l'âme, que les sens ne renseignent pas, reste dans les ténèbres noires et ne voit rien, ne sait rien. Mais une fois instruite par les sens, une fois éveillée et livrée au travail de la pensée, elle peut perdre les sens et ne pas perdre son activité. 11 n’y a que l’aveugle de naissance qui n’a point la science des couleurs et l’idée de la lumière. Ceux qui perdent la vue après en avoir joui gardent bien vivant et bien vibrant en eux le souvenir des rayons disparus ; les charmes d'une atmosphère transparente, les jeux de la lumière à travers le cristal de la rosée ou le prisme de la pluie, l'éclat des plantes fleuries, tout cela reste et vit en lui. L'homme peut perdre tous ses sens : une fois qu'il a pris contact avec le monde extérieur, avec la voûte azurée piquée d'étoiles ou embrasée par le soleil, avec les ondulations lumineusés ou sonores, tièdes ou parfumées des millions d'êtres qui l'entourent, ces spectacles ne le quittent plus et se dérouleront éternellement sur le théâtre intérieur de sa pensée.
La perte du corps et, avec lui, de tous les sens informateurs qu'il avait procurés à l’âme
videbunt ; aures habent et non audient; nares habent et non odorabunt. Manus habent et non palpabunt, pedes habent et non ambulabunt; non clamabunt in ‘gutture sou, » Ps. ox, 5-7.
- n'arrête donc pas en celle-ci le travail de l’es-
prit, n’y déchire pas la trame du souvenir ou de l'affection.
VII. — Cette vérité paraît d'autant plus ÉvIdente que les yeux et les autres sens n’instruisent l'esprit qu'après l'avoir auparavant emprisonné
et mis dans l'impossibilité de se renseigner par * lui-même. Il arrive tous les jours que fe société s'empare de malfaiteurs, les enchaîne et, après
les avoir jugés et condamnés, les jette au cachot. Au fond de leur geôle, ces malheureux ignorent les événements du dehors et s'ils n’ont pas affaire à quelque gardien complaisant ou à quelque nouveau venu qui leur dit les nouvelles de la veille ou du ] jour, ils sortiront de là, leur peine subie, dans l'ignorance complète de l’état actuel de leur pays. Pourquoi donc ont-ils eu besoin d’être renseignés par autrui, sinon parce que le cachot les mettait dans l'impossibilité de se renseigner par eux-mêmes ? Ouvrez-leur les portes de la prison, aussitôt ils sont par eux-
mêmes en rapport avec les événements du jour
et leurs acteurs, ils les voient se dérouler, s’informent directement et n'ont plus besoin d’intermédiaires compatissants.
En ce monde l'intelligence est en prison. Le corps est son cachot : il dresse entre elle et le monde un mur infranchissable et bien gardé.
Depuis la naissance jusqu’à la mort, l’esprit est au fond de la geôle matérielle ; les étoiles accomplissent leur course autour de lui ; près de lui le monde étale ses continents et ses mers ; pa-
nl dE OR En des DE Ce MR 1 - n mpynpe . s is Re 7 x Pur
We LIST Te NE ©
PE OS MALT Ji MN SR ln nc + SUPER Se nee ST: LOS PEN ES TE
rallèlement au cours de son existence, l’histoire déroule sa trame si compliquée; au-dessus de lui, les Anges vivent et chantent ; ni le bruit de la vie des choses ni les harmonies célestes n’arrivent jusqu'à lui. Les murs de sa prison se dressent trop hauts et trop épais. Mais Dieu n’est pas un bourreau, il a mis au service du prisonnier, cinq serviteurs empressés, CInq sens toujours en contact avec les choses et les faits du dehors, et toujours prêts à les raconter à l'esprit. Par eux, celui-ci connaît le monde et sa vie; plus habile qu'eux, 1l déduit, de leurs témoignages, des données nouvelles, 1l découvre le lien qui soude les événements entre eux, surprend leurs lois, et, du fond de sa cellule de
prisonnier, suit la marche des autres créatures.