RAPPORT DU PLAISIR ET DE LA PELNE A LA REPRÉSENTATION
Nous pouvons maintenant déterminer les rapports du plaisir et de la douleur avec Tintelligence et avec la volonté ; question importante , dont la solution sert à marquer la vraie fonction de Tesprit et, par cela même, sa véritable efficacité sur le cours des choses. Si, par exemple, jouir et souffrir n'est encore que penser, et si penser n'est autre chose que représenter^ Tesprit n'est plus que ce « miroir de l'univers » imaginé par Leibniz , qui paie l'honneur de tout refléter par l'obligation de ne rien produire lui-même. Nos plaisirs et nos peines ne sont plus que des « représentations obscures » , nos émotions sont des « précipitations de pensées ». Si au contraire le plaisir et la douleur ont leur source profonde dans l'activité volontaire , tout pouvoir de modifier le cours des choses par notre activité ne nous sera pas enlevé d'avance.
Les rapports de la sensibilité à l'intelligence ont donné lieu à deux systèmes principaux. Selon Leibniz et Her-
FociLLÂE. — Psychologie des idées-forces. 7
bart, rintelligence est le fond même de la sensibilité, les plaisirs et les peines sont des idées ou des rapports entre les idées. Selon Hartmann, rintelligence est si peu le fond de la sensibilité que les plaisirs et les douleurs, en euxmêmes, sont doués seulement d'intensité, sans être doués de qualités distinctives ; la qualité est l'apanage exclusif de rintelligence et des idées.
I. — Dans l'antiquité, Pythagore, Platon et Aristote avaient soutenu que les plaisirs de l'ouïe s'expliquent par des harmonies de sons, conséquemment par des rapports numériques dans la simplicité desquels Tâme se complaît, comme en des perfections confusément aperçues; on a étendu cette explication esthétique à tous les plaisirs, à toutes les peines, et on a voulu les ramener à la perception de rapports harmoniques ou désharmoniques. Wolf alla jusqu'à définir le plaisir la connaissance intuitive d'une perfection quelconque , vraie ou imaginaire , — oubliant que nous jugeons la perfection et l'harmonie d'après ce que nous sentons, au lieu de sentir d'après ce que nous jugeons. Descartes et Leibniz donnaient à la théorie intellectualiste une signification meilleure en faisant du sentiment rintuition confuse de notre bien propre , non d'une qualité inhérente aux objets : « Tota nostra voluplas, disait Descartes, posita est tantum in perfectionis alicujus nostrse conscientia. » Leibniz, admettant que l'essence de l'âme est de percevoir ou de représenter, faisait du plaisir et de la douleur un amas de perceptions ou représentations qui nous font obscurément connaître l'accroissement ou la diminution de notre vitalité (1). Hegel, à son tour, appelle le sentiment une connaissance confuse. D'après toutes ces théories, la représentation intellectuelle serait antérieure à l'émotion sensible, elle ferait partie de ses conditions mêmes, de ses éléments, de ses causes.
Sans nier que quelque perception de la vitalité intense et harmonieuse suive ou même accompagne le sentiment agréable, nous ne saurions admettre que ce soit cette représentation même qui le produise et le constitue. Ce n'est
(1) Voir le chapitre précédent.
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