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NATURE DES ÉMOTIONS PROPREMENT DITES

Le mot même d'ëmotion indique un mouvement de rârae, motus am'mi, comine disaient les anciens, et rémotion peut se définir un changement soudain apporté dans Tintensilé, dans la vitesse et dans la direction des faits de conscience. Une insulte excite la colère, c'est-àdire que certaines idées et sentiments d'honneur acquièrent tout d'un coup une extrême intensité ; une foule de pensées et d'images passent avec une vitesse extrême devant Tesprit , et il y a , comme disait Pascal , <( précipitation de pensées » ; enfin la direction antérieure de notre volonté est brusquement modifiée et la volonté se porte tout entière à se défendre de Finsulteur. L'intensité d'une impression agréable ou pénible est bien la condition ordinaire de l'émotion , mais , à vrai dire , l'émotion proprement dite ne commence qu'avec la modification du mouvement des états de conscience, du cours de nos idées, de nos sentiments, de nos volilions : la

colère et la terreur, par exemple , agissent différemment sur le cours de la conscience. L'émotion est donc, en définitive , le changement soudain apporté par le sentiment au développement antérieur des états de conscience, à leur direction , à leur vitesse , à leur extension ; elle est comme l'effet mécanique, et non statique, du plaisir et de la douleur dans le domaine mental. Il y a dans l'émotion un ouragan intérieur; en même temps il y a un ouragan nerveux. Aucun changement dans la conscience ne peut se produire sans des mouvements corporels qui le précèdent, l'accompagnent et le suivent ; toute émotion, au lieu de borner ses effets perturbateurs à la succession des changements internes, les étend donc à la succession des mouvements externes : la colère agite la face, le cœur, les membres; la terreur produit des effets de paralysie. Le sentiment, étant ainsi cause de changements dans l'intensité, la durée et la direction, a une force mentale liée à une force mécanique, dont les effets s'étendent à l'espace.

Maintenent, au point de vue psychologique, quel est l'élément primitif des émotions? Est-ce le mouvement de la pensée qui explique celui de la volonté et de l'appétit, conséquemment l'émotion ? Ou, au contraire, est-ce ici encore la volonté qui est le ressort primordial?

Certains psychologues ont cherché la première origine des émotions dans le domaine de Vintelligence et ont voulu les expliquer par un simple jeu d'idées. Le tort d'Herbart est de n'avoir vu dans la passion que son effet intellectuel. Pour lui, ce n'est pas l'émotion, par exemple la frayeur causée par une bête féroce, qui produit le mouvement précipité ou l'arrêt des représentations ; c'est au contraire le mouvement des représentations , — perception de l'objet terrible, représentation soudaine des conséquences, idée de la défense immédiate, etc., — qui cause l'émotion. Herbart confond l'effet avec la cause.

Wundt, lui, reconnaît mieux la force de la volonté sous celle des idées, mais, nous l'avons vu, il place cette force uniquement dans l'attention, dans ce qu'il appelle Vaperception, c'est-à-dire la saisie des objets par l'intelligence. L'émotion n'est plus alors, selon lui, en son origine, que

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