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LES ÉMOTIONS ET LEUR NATURE

l'effet produit par le sentiment sur l'attention (1). Aussi Wundt aboutit à faire de la surprise, comme Bain et Descartes, rémotion fondamentale. « On peut, dit-il, regarder comme la forme la plus simple de l'émotion l'état qui se manifeste au dedans de nous à la perception d'une chose inattendue. » L'effet de la surprise, ajoute-t-il, est analogue à celui de l'effroi, et fait qu'on tressaille visiblement. Wundt en conclut que l'émotion élémentaire est la surprise, « qui se comporte, à l'égard des mouvements de l'âme plus complexes, à peu près comme le sentiment esthétique éveillé par une forme géométrique simple visà-vis de l'effet produit par une œuvre d'art. » Wundt aurait pu ajouter, dans le même sens, que la surprise est l'analogue intellectuel du choc mécanique avec ses effets d'élasticité bien connus.

Quelque part de vérité que renferme cette analyse psychologique, elle ne nous parait point encore aboutir aux élémens véritables et primordiaux de l'émotion. Wundt no s'est pas demandé si, au lieu de ramener l'effroi à une sorte de surprise, on ne pourrait pas ramener la surprise à une sorte d'effroi. En fait, chez les animaux inférieurs, rétonnement n'est guère que de l'effroi, c'est-à-dire de Vaversion. L'être vivant ne vit pas d'abord pour penser: encore faut-il auparavant qu'il vive, primo vivere. Or des êtres qui n'auraient pas éprouvé des effets d'aversion ou d'inclination en présence des choses « inattendues » n'auraient pu vivre : il faut avant tout que leur volonté réagisse à regard des objets, soit pour s'en approcher, soit pour s'en écarter. Il s'ensuit que la réaction de l'appétit est la cause , non l'effet de la réaction intellectuelle appelée attention. Nous dirons dès lors, contrairement à Wundt, que la surprise est de l'effroi diminué, émoussé, contrebalancé, réduit à la sphère intellectuelle, de manière à paraître voisin de l'indifférence sensible ; mais, au fond, la surprise est encore un mouvement du désir et non de la pure pensée. A l'égard de Vinconnu, la volonté prend

. (1) « L'aperception , dit-il, est la source psychologique des émo- ^ons ou mouvements de Tâme. » (Psychologie physiologique, traduction française.)

d'abord une attitude défensive et négative, commandée par les nécessités mêmes de la vie et de la lutte pour Texistence ; puis, selon les cas, elle continue de refuser ou, au contraire, elle accepte. Toute nouveauté brusque et non encore approfondie est tenue jusqu'à nouvel ordre pour un danger ; les animaux n'ont commencé par être ni des contemplateurs curieux de choses nouvelles, ni des novateurs, mais des conservateurs toujours tremblants devant rinconnu. Nous ne pouvons donc considérer Tétonnement, avec Descartes, Bain et Wundt, comme l'émotion vraiment primitive. Descartes a beau dire : « L'étonnement est antérieur à toutes les autres passions, puisqu'il peut se produire avant que nous sachions aucunement si tel objet nous est convenable ou ne Test pas ; » Descartes raisonne d'après les résultats présents de notre organisation très développée, devenue de plus en plus intellectuelle ; s'il avait connu la théorie de révolution, il eût compris qu'à Torigine Fétonnement dut être un mouvement de défensive, avec effort protecteur. Même aujourd'hui, Tétonnement conserve les caractères de Teff'ort intellectuel, de Teffort musculaire, enfin de rémotion qui accompagne la crainte.

L'étude des effets physiques va d'ailleurs nous éclairer ici sur la nature des causes. L'étonnement se manifeste par les yeux ouverts, les sourcils élevés, la bouche ouverte, les mains levées. Si les yeux s'ouvrent, c'est qu'il font un effort pour mieux voir l'objet qui étonne ; un degré de plus, et Touverture des yeux marquera Teff'roi. Si les sourcils s'élèvent, c'est qu'il est difficile de soulever entièrement les paupières sans élever en môme temps les sourcils et plisser le front. Si la bouche est ouverte, c'est, en premier lieu, parce que le relâchement des muscles, dont a fui une partie de Tinnervation nerveuse employée au cerveau, fait tomber la mâchoire par son propre poids; en second lieu, la bouche ouverte permet une inspiration profonde, nécessaire toutes les fois que nous avons quelque effort énergique à accomplir ; enfin elle rend plus facile l'inspiration môme, qu'activent les battements du cœur sous l'influence de rélonnement comme de la crainte. Le singe, qui respire plus aisément que nous par les

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