‹ La psychologie des idées-forcesChapitre 38 sur 74 · RÔLE DE LA RÉACTION INTELLECTUELLE · texte numérisé non relu

RÔLE DE LA RÉACTION INTELLECTUELLE

vie? Ainsi donc, outre que la conscience, par Tappétition, est la force primitive d'association mentale , c'est encore elle qui, en réagissant sur les associations arrivées du dehors, devient la force principale de dissociation et d'analyse. Selon Spencer, cette rupture des associations primitives et cette sélection des ressemblances cachées se ferait simplement par la variation des circonstances extérieures, qui nous présentent les mêmes objets dans des groupes différents ; mais il est clair qu'il faut aussi considérer l'influence de ce milieu intérieur qui est la conscience même, sous les trois formes de l'intelligence, de la sensibilité, de la volonté. Les idées de l'intelligence , les sentiments et surtout les appétitions entrent comme facteurs dans cet ensemble de « circonstances » qui dissolvent les associations primitives^et en composent de nouvelles.

Concluons que si, dans les circonstances de l'association , il y a un perpétuel mélange de contiguïté et de similarité, le fait même à* apercevoir la similarité ou la contiguïté produit un lien nouveau. Ce lien est psychologique et physiologique tout ensemble , car la réaction intellectuelle est en même temps une réaction cérébrale, une répétition systématisée des sensations par les cellules grises de l'écorce. Le pigeon ou le rat à qui Ton a retranché cette calotte superficielle, le cochon d'Inde à qui l'on sectionne les deux pédoncules cérébraux en avant et au dessus de la protubérance, a encore des sensations, mais il ne les aperçoit plus au moment où il les a ; il ne les connaît plus, ne les répète plus en les systématisant et les classant; il ne peut plus y faire attention, ni les lier à l'appétition du moment; les organes répétiteurs n'existant plus ou ne répétant plus, il n'y a plus de mémoire ni de liaison d'images. L'intelligence n'est pas à part, reliant par une action exclusivement spirituelle des idées qui ne trouveraient pas en même temps une liaison mécanique et cérébrale. 11 n'en est pas moins vrai que le véritable fond du processus est dans l'appétit, dont le mécanisme est la manifestation extérieure ; s'il n'y avait pas dans les éléments de notre organisme des appétitions élémentaires et, dans le tout, un appétit général où les autres se résu-

ment et se composent, il n'y aurait ni vie, ni mouvement, ni mémoire. Du côté psychologique, le vrai lien primitif des idées est leur rapport à Tunité de Tappétition, de l'effort, de la volonté, jointe à Tunité de Témotion et à Tunité de conscience. Du côté physiologique, leur lien est leur rapport à Tunité de la tension cérébrale, chaque décharge particulière étant, comme nous Tavons vu, fonction de l'énergie totale.

Ainsi, dans les deux premières fonctions de la mémoire, le processus réel et complet est indivisiblement physique et mental; mais le physique n'est qu'un extrait du tout, et un extrait plus fragmentaire que le mental, puisque le mental ajoute des éléments de phis aux éléments simplement mécaniques. Th. Ribot et Maudsley s'en sont tenus trop exclusivement au côté physique et n*ont pas étudié faction spontanée de l'appétit, puis Taction réfléchie de la conscience sur la conservation des souvenirs et sur leur reproduction. Même dans la conservation et dans la reproduction des idées , pour ne rien dire encore de leur reconnaissance, la conscience n'est pas un enregistrement passif, ni une reproduction toute machinale, puisque Tattention, l'émotion et Tappétition y ont leur part. Si les idées ou images survivent dans la lutte et se conservent^ la vraie et radicale raison, c'est qu'elles enveloppent à des degrés divers des sentiments tendant à se satisfaire par tels mouvements ; les idées sont des forces parce qu'elles recouvrent des appétits plus ou moins vagues ou précis. Si les idées se renouvellent, c'est le plus souvent en vertu de la même force, en vertu du lien qui unit telles représentations à tels sentiments et à tels mouvements, ou invicein, et qui établit comme conséquences dans le cerveau tels arcs réflexes, telles voies de communication toutes prêtes à recevoir les courants nerveux. Un sentiment ou désir dominateur trouve alors des voies par où il se répand et suscite les représentations adaptées. Enfin la contiguïté des courants dans les parties similaires du cerveau a pour corrélatif au sein de la conscience la similarité des impressions, et nous avons vu comment Taperception de cette similarité réagit pour adapter tout le reste à sa propre loi. Après avoir été surtout, à Tori-

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