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CONCLUSIONS SUR L'ÉVOLUTION DE LA MÉMOIRE

Nos conclusions sur la nature essentielle de la mémoire nous permettent de marquer les divers stades de son évolution dans le passé et même dans l'avenir.

Au premier moment, nous l'avons vu, une sensation quelconque, forte ou faible, provoque un effort moteur. Le mouvement, une fois produit, se creuse mécaniquement un canal dans la masse cérébrale ; par cela même la résistance diminue, et avec la résistance l'émotion agréable ou pénible qui avait été pourtant la cause première de tout le reste. Puis, quand la voie est ouverte, la conscience ne sent presque plus que les bords du lit où coule le courant nerveux : la forme intellectuelle tend à remplacer le fond sensible ; c'est le second moment de l'évolution. Nous assistons alors à l'apparition de l'intelligence proprement dite, qui semble coïncider d'une manière générale, pour le physiologiste, avec la formation des fibres nerveuses. Ce sont en effet les fibres qui établissent des relations entre les diverses cellules ; or, l'intelligence porte surtout sur des relations : elle doit avoir pour principal organe ces fibres, ces canaux de communication où le sens intime, se rapprochant de l'état d'indifférence et s'exerçant sur des termes, devient entendement. Bientôt, à mesure que le cerveau s'organise, la voie devient encore plus facile et plus prompte. La vitesse et l'intensité du courant nerveux, tombant alors au-dessous des limites ordinaires, n'ont plus de contre-coup distinct dans les cellules centrales du moi : le pouvoir directeur n'a plus besoin d'être averti. Il en résulte une diminution progressive de l'effort et des contrastes qu'il entraîne, conséquemment de la sensibilité et

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de la conscience distincte. Jetez un regard sur les planches d'un livre de physiologie, vous serez frappé de l'inextricable écheveau que présentent les fibres grossies au microscope : c'est un tissu où l'action du temps, par l'hérédité et par la sélection naturelle, a fait des milliards de nœuds gordiens non encore dénoués par la science. Les courants nerveux se répandent sans cesse d'une fibre à l'autre comme les remous d'un torrent. En vertu de cette loi de « diffbsion nerveuse, » les mouvements réflexes peuvent, de telle cellule ébranlée sous l'influence d'une émotion, se propager aux cellules plus ou moins voisines : c'est une série de contre-coups. Par l'effet de l'habitude, des associations si faciles s'établissent entre les mouvements réflexes que le premier suggère et entraîne tous les autres. C'est ce qui a lieu dans la marche, dans les mouvements automatiques du musicien. Le physiologiste Carpenter raconte qu'un pianiste accompli exécuta un morceau de musique en dormant. Trousseau parle d'un musicien continuant de faire sa partie de violon dans un orchestre pendant un accès de vertige épileptique avec perte de conscience momentanée. Sans chercher des casextra ordinaires, dit Th. Ribot, nous trouvons dans nos actes journaliers des séries organiques complexes dont le commencement et la fin sont fixes, et dont les termes, différents les uns des autres, se succèdent dans un ordre constant; par exemple: monter ou descendre un escalier dont nous avons un long usage. « Notre mémoire psychologique ignore le nombre des marches, notre mémoire organique le connaît à sa manière, ainsi que la division en étages, la distribution des paliers et d'autres détails : elle ne s'y trompe pas. » Pour la mémoire organique, ces séries bien définies sont « les analogues d'une phrase, d'un couplet de vers , d'un air musical pour la mémoire psychologique ». Il résulte de ces lois rétablissement de séries dont un terme est associé à tous les autres et les suggère. Enfin , une fois la coopération parfaitement établie dans la société de cellules, celles-ci fonctionnent d'elles-mêmes sans Tintervention de la volonté centrale : il n'y a plus mémoire consciente , mais instinct. C'est le troisième moment de 1 évolution. La mémoire, selon Spencer, est un instinct en

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