FORCE DE L^APERCEPTION
peuples primitifs aux caractères des choses qui les intéressaient le plus. 11 est clair que l'esprit n'est pas un miroir passif: l'être vivant fait un triage dans ses sensations suivant les convenances et les nécessités de sa nature, comme les cordes tendues vibrent seulement sous Finfluence des sons qui ont avec elles des rapports harmoniques. Helmholtz a montré, dans son Optique physiologigiiBy combien il y a de sensations visuelles dont nous ne nous apercevons pas : taches aveugles, mouches volantes, images consécutives, irradiation, franges chromatiques, changements marginaux de couleur, doubles images, astigmatisme, mouvements d'accommodation et de convergence, antagonisme des deux rétines, etc. Nous ne savons pas même sur lequel de nos yeux tombe une image, jusqu'à ce que nous ayons appris à discerner la sensation locale propre à chaque œil ; aussi peut-on, depuis des années, être aveugle d'un œil et ne pas le savoir. Y a-t-il dans tout cela l'action d'un pouvoir indépendant et supérieur à l'association ordinaire? Nullement; dans le chaos des sensations, notre appétit réagit nécessairement à l'égard de celles qui ont pour nous de Fagréraent ou de l'utilité, ou qui sont en elles-mêmes plus intenses et distinctes.
<c Mais, objecte Wundt, on ne peut établir de rapport constant et mesurable |entre l'action déterminante des motifs extérieurs et la réaction de l'aperception intérieure : la loi de la matière est la conservation de Fénergie ; la loi de l'esprit est une production illimitée d'énergie (1). » Nous ne saurions entrer ici dans une discussion sur le déterminisme universel ; mais, prises à la lettre, les propositions de Wundt nous semblent insoutenables ; le déterminisme psychologique est sans doute beaucoup plus flexible, plus indéfini, plus incalculable que le déterminisme physiologique; ce n'en est pas moins, à nos yeux, un déterminisme. La « production d'énergie intellectuelle » n'est point illimitée (2) ; l'attention n'est libre que d'une
(1) Logique y t. II, p. 507.
S Ch.Richet compare ingénieusement l'animal « à un mécanisme osif, mécanisme d'autant plus parfait que l'intervention d'une
liberté toute relative ; « raperception » est une certaine quantité de force donnée à une image, à une idée, elle est une des conditions de ce que nous appelons lidée-force, mais, encore une fois, la réaction intellectuelle qui la constitue est elle-même causée par Tétat général de la sensibilité, par l'intérêt que nous prenons à la chose, — intérêt déterminé, fini, en rapport avec les deux termes subjectif et objectif, et qui, en somme, est un désir. Sans doute le désir d'un état de jouissance plus grande est insatiable et, en ce sens, on peut dire que la réaction psychique va toujours de plus en plus loin , mais chacun de ses pas en avant est lui-même provoqué et déterminé par ses antécédents immédiats , internes et externes.
force de plus en plus faible pourra déterminer une explosion de plus en plus forte »; cette explosion n'en est pas moins toujours déterminée par des lois inflexibles.