CHAPITRE DEUXIÈME
LES OPÉRATIONS INTELLECTUELLES. — LEUR RAPPORT A l'APPÉTITION et a LA MOTION
1. Rôle de l'appétition et de la motion dans Tattention. — II. Rôle de l'appétition et de la motion dans le jugement . Nature de la croyance. — III. Rôle de l'appétition et de la motion dans la généralisation. Les idées générales. — IV. Rôle de l'appétition et de la motion dans le raisonnement. Induction. Déduction. Analogie. — v. Lima* gtnation.
RÔLE DE l'appétition ET DE LA MOTION DANS l' ATTENTION
I. — L'attention est la réaction intellectuelle déterminée vers un objet sous l'influence d'un désir ou d'une volition. Le sensualisme brut de Gondillac avait tort de définir l'attention une sensation dominante ; c'était la faire venir tout entière et directement du dehors. L'objet qui cause actuellement la sensation la plus forte n'est pas toujours celui qui détermine la direction de la pensée; je puis, sur une surface brillante, faire attention à un point obscur qui produit une sensation très faible. La direction de la pensée n'en est pas moins déterminée ; elle l'est par l'état général de la conscience et de l'appétition à un moment donné, par l'ensemble de nos tendances intérieures correspondant à la direction des mouvements cérébraux.
Au point de vue physiologique, l'attention a pour effet final une concentration d'efforts musculaires- Si je veux faire attention à un objet que je regarde, écoute, palpe, flaire ou savoure], je produis des efforts mus-
cukiires dans la direction de mes divers sens ; je tends
les muscles de ma main pour mieux palper, ceux de mes
yeux pour les accommoder à l'objet et à la lumière, etc.
Ces mouvements sont visibles. Même quand je fais atten-
' tion à la simple représentation d'un objet absent, fe com-
l mence des mouvements semblables. L'idée la plus pure,
[ encore une fois, contient toujours quelque représentation
j sensible, est toujours accompagnée de quelque mouvement
( et de quelque effort ; dans la méditation, cet effort se
i manifeste sur le visage même par la tension et Timmo-
f bililé des traits. L'attention est donc, au point de vue
physiologique, un phénomène d'inner\'ation motrice. C'est
' pour cela qu'elle produit, comme l'expérience le prouve,
un afflux sanguin correspondant à l'afllux nerveux et à
la dépense des nerfs, que le sang doit réparer. De là
combustion et chaleur à la tête, phénomènes d'électri-
cilé, etc. L'effet sur les muscles n'est qu'un résultat ulté-
rioup, quoique constant.
Selon M. Ribot, l'attention sous ses deux formes, spontanée et volontaire, « est un état exceptionnel, anormal, qui ne peut durer longtemps parce qu'il est en contradiction avec la condition fondamentale de la vie psychique : le changement. L'attention est un état fixe». D'où M. Ribot conclut que l'attention, comme tous les états intellectuels, est quelque chose de surajouté, d'artificiel, etc. A notre avis, si l'attention volontaire,. avec effort, est un état de franail, conséquemment plus ou moins exceptionnel et instable, on n'en saurait dire autant de l'attention spontanée. Il est difficile de faire attention longtemps à la même chose, oui ; mais nous ne cessons de faire attention à une chose que pour, reporter notre attention sur une autre différente. Il y a toujours réaction psychique à l'égard des impressions, et cette réaction est toujours un commencent nt d'attention, pour peu que l'impression soit aperçtie. Même quand nous nous laissons aller à la rêverie et à ce qu'on nomme la distraction, il y a toujours dans le « polyïdéisme » quelque chose qui domine plus ou moins momentanément, qui se détache plus ou moins vaguement de la masse confuse.
On établit une opposition trop tranchée entre l'at-