‹ La psychologie des idées-forcesChapitre 7 sur 74 · RAPPORT NÉCESSAIRE DE LA SENSATION AU MOUVEMENT · texte numérisé non relu

RAPPORT NÉCESSAIRE DE LA SENSATION AU MOUVEMENT

La sensation étant un changement reçu du dehors, il est clair qu'elle a toujours pour antécédent nécessaire un mouvement. Ce mouvement, une fois produit, ne peut disparaître. Ce n'est pas lui qui se change en sensation ; cette transformation inexplicable serait contraire à ce qu'on appelle la loi de transformation des mouvements et qu'on ajustement proposé d'appeler leur loi de non-transformation. En effet, le mouvement ne se transforme pas en autre chose, mais un mode de mouvement se transforme en un autre : le mouvement moléculaire , par exemple , devient soit mouvement de translation, soit mouvement de désagrégation, et la somme des trois sortes de mouvements est constante- Dès lors , on ne peut admettre qu'une certaine quantité de mouvement antérieur à la sensation du son ut, par exemple, disparaisse pour faire place à cette sensation (1). Le mouvement persiste pendant la sensation, et même, en examinant avec soin notre conscience, nous avons vu que nous pouvons saisir, dans un son grave, une série de pulsations, de va-et-vient, qui est la représentation interne de ce mouvement.

Enfin, le mouvement persiste après la sensation proprement dite. Il se répand d'abord par diffusion, et c'est, nous le verrons plus loin, le moment qui correspond à Vémotion. Puis il provoque des réactions motrices, qui, si elles sont faibles, demeurent moléculaires, et qui, si elles sont fortes (soit par l'énergie de la sensation même, soit par l'énergie de la diffusion émotionnelle), provoquent des mouvements visibles d'expression. Enfin, si les réactions motrices sont plus énergiques encore et plus émotionnelles, elles intéressent alors assez la volonté générale de rêtre organisé pour provoquer des mouvements

{{) Voir nos Principes d'une Philosophie des idées- for ces*

musculaires déterminés, avec le but, conscient ou inconscient, d'écarter ou de rapprocher l'organisme de Tobjet senti. Tout processus sensoriel est donc bien en même temps, à des degrés divers, émotionnel et moteur.

Dès lors, à tous les points de vue, nous pouvons conclure que la sensation est la révélation d'une force qui agit en conflit ou en concours avec les forces extérieures. La sensation n'est pas un reflet passif delà réalité ; elle est la réalité même en travail et sentant son propre travail. Tout ne se passerait pas de la même manière dans le monde s'il n'y avait aucune sensation et seulement des mouvements non sentis. Au cas où ces mouvements eussent été suffisants pour produire les mêmes effets qui aujourd'hui se produisent, pour préserver les êtres organisés contre les influences destructives du dehors, pour leur assurer l'avantage dans le combat de l'existence, les sensations, étant inutiles^ ne se seraient point produites, et les phénomènes mécaniques n'auraient pas éprouvé le besoin de s'ajouter cet étrange « épiphénomène ». Il faut donc admettre que la sensation est un facteur efficace dans la lutte pour la vie , une des forces en action , au sens le plus général des forces, considérées comme causes de changement et de mouvement. Bien loin que le mouvement suffise à tout expliquer sans la sensation, qui ne serait ainsi qu'une lumière surajoutée , le plus probable, d'après les indications tirées de la psychologie , c'est que l'élément sensationnel existe déjà jusque dans les mouvements qui semblent les plus insensibles ; que la sensation distincte, au lieu de se produire à côté et à part du mouvement, dans je ne sais quel monde de purs reflets, est la simple accumulation et amplification de ce qui existait déjà dans le processus réel et intime des choses : le mouvement n'en est que la forme extérieure, la traduction pour les sens de la vue et du toucher. Dans cette hypothèse, le mouvement serait une transposition des élétoents sensationnels et appétitifs en langage visuel et tactile; il serait un extrait des sensations mômes et appétitions , et une expression spatiale de leurs rapports (1).

(i) Vwr no» Prineipes d'une Philosophie dss idées-foreêê*

Page 1