‹ La psychologie des sentiments [electronic resource]Chapitre 11 sur 113 · Goldscheider, Ueber den Schmerz (Berlin · texte numérisé non relu

Goldscheider, Ueber den Schmerz (Berlin

2. Frey, Beitrdge zur Physiologie des Scimerzsinns (Leipzig, lS9i).

rigoureusement intellectualiste, ne peut admettre que l'élément affectif ait une certaine indépendance par rapport à l'élément sensoriel, qu'il existe isolément. D'après lui, le retard s'explique par ce fait « que la douleur exige dans l'organe sensoriel une excitation plus forte que la sensation sans douleur et que par suite la douleur doit se produire après la sensation, à mesure que l'excitation augmente en intensité ' ». Cette explication est acceptable; mais elle suppose que la douleur' dépend toujours de l'intensité de l'excitation, ce qui n'est pas prouvé.

De la moelle épinière nous arrivons au bulbe, auquel certains auteurs assignent un rôle capital. Le plus récent, Sergi, dans son livre Dolore e Piacere (Milan, 1894) en fait le siège des phénomènes affectifs en général (douleurs, plaisirs, émotions). Ce qui, d'après lui, témoigne en faveur de l'importance du bulbe dans la vie affective, c'est le nombre et la nature des noyaux nerveux situés entre la protubérance et le plancher du quatrième ventricule : noyaux qui agissent sur le cœur, les vaisseaux, les poumons, les sécrétions, les mouvements intestinaux. « Le nœud vital de Flourens est le centre vital et doit être aussi le centre du plaisir et de la douleur, qui ne sont que des altérations des fonctions de la vie organique ^ » A son avis (qui est aussi le nôtre) le rôle du cerveau dans la genèse des états affectifs a été surfait ; il n'agit que de deux manières : comme moyen de rendre conscients tous les troubles de la vie organique, base physique des sentiments ; comme cause d'excitation par le moyen des idées.

Si disposé que l'on soit à restreindre le rôle du cerveau, c'est-àdire de la couche corticale, il n'en reste pas moins un facteur prépondérant et le terme final où aboutit le processus de transmission. Or ici nous plongeons dans l'obscurité. Les recherches sur les localisations cérébrales ne nous apprennent à ce sujet rien qui soit généralement admis. Durant la première période de ces études,

1. Lehmann, Die llaiipifjesetze des me?ischlichen Gefûhlstebens, p. 40 et suiv.

2. Sergi, dans sa préface, a indiqué sommairement les « antécédents de sa théorie ». Il la trouve chez l'anatomiste anglais Todd, chez Hack Tuke, Laycock, Herbert Spencer, Lîrown-Séqiiard, etc. Remarquons que Vulpian, en s'appuyanl sur des expériences d'une interprétation douteuse, localisait les émotions dans la protubérance exclusivement : Leçons SU7' Vanalomie du système nerveux, xxlv^

qu'on pourrait appeler celle des localisations circonscrites et à outrance, D. Ferrier plaçait dans les lobes occipitaux le siège des émotions; parce que, d'après lui, cette région de l'écorce recueillait les sensations viscérales, parce qu'elle tenait sous sa dépendance l'instinct sexuel, enfin parce que ces lobes seraient plus développés chez la femme que chez l'homme. Il est inutile d'exposer les nombreuses critiques qui ont été faites de cette thèse. — Durant la deuxième période, actuelle, des localisations, que l'on pourrait appeler par opposition à l'autre, celle des localisations disséminées, plutôt fonctionnelles que proprement anatomiques, les auteurs sont peu disposés à admettre un centre particulier de la vie affective et notamment de la douleur. Tous les centres sensoriels et même tous les centres moteurs (peut-être au fond n'y a-t-il que des centres sensori-moteurs, avec prépondérance de l'un ou l'autre élément) peuvent dans certaines conditions d'activité produire dans la conscience un sentiment de plaisir ou de douleur.

L'hypothèse d'un centre cortical est donc bien peu vraisemblable; nous reviendrons sur ce point en traitant des émotions.

Les modifications de l'organisme qui accompagnent la douleur physique ont été si souvent décrites qu'il suffit d'en tracer un tableau sommaire. Elles sont réductibles à une formule unique : La douleur est liée à la diminution ou à la désorganisation des fonctions vitales :

1° Elle agit sur les mouvements du cœur; en général elle en diminue la fréquence; dans les cas extrêmes, le ralentissement peut être tel qu'il produit la syncope. Chez les animaux, soumis aux expériences de laboratoire, même après l'ablation de l'encéphale, les impressions douloureuses produisent une diminution des contractions cardiaques. Chez l'homme, quoiqu'il y ait quelquefois augmentation dans la fréquence du pouls, il se produit toujours, sous une forme ou une autre, une modification du rythme appré-

ciable au spliygmographe. Bicliat avait raison de dire : « Voulezvous savoir si une douleur est feinte, explorez le pouls » .

2° L'influence sur la respiration est plus irrégulière et plus instable : le rythme devient anormal, tantôt rapide, tantôt lent; les inspirations sont successivement courtes et profondes. Mais le résultat final, c'est une diminution notable de l'acide carbonique exhalé, c'est-à-dire un ralentissement réel des combustions. La température s'abaisse. « Je m'étais figuré, dit Mantegazza, que la douleur serait accompagnée d'une augmentation de chaleur, l'action musculaire étant très intense sous l'influence des grandes souffrances. L'expérience faite sur les animaux et sur moi-même prouva tout le contraire ' » . Heidenhain et Mantegazza ont noté en effet une diminution moyenne de â degrés centigrades qui peut, d'après le dernier, durer une heure et demie et plus ; elle serait due à la contraction des vaisseaux sanguins périphériques.

3° L'action de la douleur sur les fonctions digestives est bien connue et se traduit par un ralentissement ou des troubles : diminution de l'appétit, arrêt des sécrétions, indigestion, vomissement, diarriiée, etc. Permanente, elle agit sur la nutrition générale et se traduit par des modifications de la sécrétion urinaire, par une décoloration stable de la peau, des poils, des cheveux. Les exemples abondent de chevelures, de barbes, de sourcils, blanchis en quelques jours sous l'influence d'une grande douleur ^

4" Les fonctions motrices traduisent la douleur de deux manières opposées : la forme passive, dépression, arrêt ou suppression totale des mouvements, le patient semble anéanti ; la forme active, agitation, contorsions, convulsions et cris. Ce dernier cas paraît en contradiction avec la formule générale qui lie la douleur à une diminution d'activité et il me paraît avoir été mal interprété par certains auteurs. En fait, cette excitation violente est une dépense qui se fait rapidement sentir et laisse finalement l'individu très appauvri. Elle ne découle pas, comme dans la joie ou le jeu, d'un surplus d'activité; elle est débilitante, irrégulière et spasmodique. Elle me parait d'ailleurs avoir sa source dans l'expression instinc-

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