Mantegazza, Fisiolorjia ciel dolore, ch. m
2. Pour les cas liisloriques et autres, voir llack Tukc, VEsprit et le corps, p. 2i3.
tive (les émotions. L'animal blessé secoue la partie douloureuse de son corps, sa patte ou sa tête, comme s'il voulait en expulser la souffrance. Toutes ces réactions motrices, désordonnées et violentes, sont une défense de l'organisme, — défense inutile et dans bien des cas nuisible, mais résultant d'actes f[ui, autrefois ou dans d'autres circonstances, étaient adaptés à leur fin.
Lehmann a soumis à l'expérimentation cinq personnes auxquelles il a fait subir tour à tour des impressions agréables et désagréables et il a enregistré, dans les deux cas, les changements de la respiration et du volume du bras, cà l'aide du pléthysmographe de Mosso K II tire de ses expériences les conclusions qui suivent :
Toute impression agréable produit une augmentation du volume du bras et de la liauteur du pouls, avec augmentation de la profondeur de la cavité respiratoire.
L'impression désagréable, lorsqu'elle est faible, produit immédiatement une diminution du volume du bras et de la hauteur du pouls. Presque aussitôt, le volume augmente, malgré la diminution du pouls, et dépasse ordinairement l'état normal, lorsque le pouls est revenu à son état primitif. — Si l'impression est forte, mais non douloureuse, ces changements s'accentuent davantage, et, dès le début, sont accompagnés de profondes inspirations. — Enfin si l'impression est douloureuse, il se produit, outre des changements considérables de volume, des mouvements respiratoires puissants et des troubles de l'innervation des muscles volontaires.
L'excitation désagréable produit d'abord un spasme des vaisseaux superficiels, un relâchement des vaisseaux profonds et une diminution d'amplitude des contractions du cœur. Les deux premiers facteurs réunis produisent une diminution brusque et forte du volume des membres. Les deux derniers facteurs réunis produisent une diminution de la hauteur du pouls et, par suite de l'affaiblissement des contractions cardiaques, il se produit une stase du sang veineux qui se traduit par l'accroissement du volumerdu membre.
Ces modifications corporelles dont nous avons résumé les principaux traits, sont, pour l'opinion commune, des effets de la dou-
1. Pour le détail des expériences, voir Haupff/esetze, etc., p. 77 et suiv., avec tracés graphiques à l'appui.
leur et beaucoup d'ouvrages de psycliologie paraissent l'admettre. Celte thèse est inacceptable. La douleur considérée comme événement psycliique, comme fait intérieur, comme pur état de conscience n'est pas une cause, mais un symptôme. La cause, c'est l'excitation (quelle qu'en soit la nature) qui, venant du milieu extérieur, agit sur les sens externes, ou venant du milieu intérieur agit sur la vie organique. Elle se traduit de deux manières : d'une part, par l'état de conscience que nous appelons douleur; d'autre part, par les phénomènes physiques ci-dessus énumérés. Ce que la conscience exprime à sa manière, l'organisme l'exprime à sa manière. Ceci n'est pas une simple vue de l'esprit; car des expériences montrent que les modifications circulatoires, respiratoires, motrices, se produisent, là où il est vraisemblable que la conscience fait défaut. Mantegazza a montré que si l'on soumet un animal intact à des piqûres, coupures, brCdures, il s'ensuit des troubles cardiaques; mais que le même phénomène se produit après l'ablation de l'encéphale. François-Franck, recherchant les effets de l'excitation douloureuse sur le cœur, a constaté que l'anesthésie chloroformique supprime les troubles du cœur, et que, par contre, l'enlèvement des hémisphères cérébraux ne les abolit pas. Autrefois, Longet et Vulpian ont soutenu que chez les animaux, réduits à la protubérance et aux parties inférieures de l'axe cérébro-spinal, les cris et les mouvements qui se produisent quand on les pince, sont purement réflexes : cette interprétation a été contestée par Brown-Séquard. Chez des anencéphales humains, on a constaté, pendant le petit nombre de jours qui leur est donné de vivre, des cris, des mouvements de succion et autres. Il faut donc admettre ou bien que l'état de conscience que nous appelons douleur peut se produire en l'absence de cerveau, ou bien que les phénomènes physiques peuvent exister seuls, sans leur concomitant psychique.
La douleur (comme état de conscience) n'est qu'un signe, un indice, un événement intérieur qui révèle à l'individu vivant sa propre désorganisation. Le seul cas où la douleur est cause, c'est lorsque s'étant solidement installée dans la conscience, la remplissant tout entière, elle devient un agent de destruction; mais alors elle n'est cause que secondairement. C'est l'un de ces cas fréquents dans les sciences de la vie où ce qui est primitivement effet devient
cause à son tour. Quoiqu'elle soit commune à la plupart des psychologues, c'est donc une erreur de considérer la douleur et le plaisir comme les éléments fondamentaux de la Yie affective ; ils ne sont que des marques, le fond est ailleurs : que dirait-on d'un médecin qui confondrait les symptômes d'une maladie avec sa nature essentielle?
Nous touchons ici à un point trop important pour ne pas insister. Cette thèse que la douleur n'est qu'un signe et, en somme, malgré son rôle souverain dans la vie humaine, un phénomène superficiel par rapport aux tendances qui sont le fond de la vie affective, trouve un appui dans les faits (ï analgésie, c'est-à-dire disparition de la douleur. Cette insensibilité se présente sous deux formes : spontanée, artificielle.
L'analgésie spontanée est de règle chez les hystériques ; elle peut varier en degré, en position, en étendue. Les démonologistes du moyen âge et de la Renaissance connaissaient ces migrations de l'insensibilité dans les diverses parties des corps qu'ils exploraient avec soin pour découvrir les stigmata diaholi, c'est-à-dire les régions insensibles à la douleur. Quelques auteurs lui assignent une cause purement psychique : les impressions pénibles ne seraient pas senties, parce qu'elles restent en dehors du champ de la conscience qui, chez ces malades, est à l'état presque permanent de désagrégation, d'éparpillement, de destruction '. Il est certain, par contre, que l'idée fixe intense, la concentration profonde de l'attention, l'exaltation fanatique, peuvent produire une analgésie temporaire ou durable. Bien des soldats, dans le feu de la bataille, n'ont pas senti leurs blessures. Pascal, plongé dans ses problèmes, échappait aux névralgies. Les Aïssaouas, les Fakirs, certains Lamas du Thibet, se déchirent et se tailladent, garantis de la douleur par leur délire, et l'on ne peut douter que bien des martyrs, au miheu des tortures, n'ont éprouvé qu'un état de ravissement. Dans certaines formes d'aliénation mentale (excitation maniaque, mélancolie, idiotie, etc.), cette analgésie spontanée est fréquente et se produit sous des formes extraordinaires. On en trouvera de nom-