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Beaunis, Sensations internes, ch. xxin

2. Fisioloffia dei piaccre, 2" part., ch. ii. 11 énumère les expressions suivantes : f/usto, dilelto, compiacenza, soddis/'azione, conforta, conteniezza, alleqria, Ijuon umore, fjioia, (jiuhilo, Iripudto, delizia, volullù, felicilà, solletico, rapimenlo, trasporlo, ebbrezza, delù-io. Peut-être sur ce point la langue italienne est-elle plus riche que la langue allemande.

de plaisir physique, que se passe-t-il dans les terminaisons péri- / phériques, dans les nerfs, dans l'axe cérébro-spinal? Ces questions ne sont pas même posées par la plupart des auteurs. La physiologie de la douleur, malgré ses incertitudes, est riche et instructive, en comparaison de celle du plaisir.

Dans ces derniers temps, on a soutenu que le plaisir, ainsi que la douleur, doit être considéré comme une sensation, non comme le concomitant des divers états psychiques; qu'ils sont l'un et l'autre des sens fondamentaux ayant leurs énergies nerveuses propres et distinctes des autres sensations : en d'autres termes, les expressions « sensation de plaisir et de douleur » devraient être prises au sens strict que comporte le mot sensation. Nous en avons déjà parlé à propos de la douleur. Cependant il ne me paraît pas inutile d'y revenir ; car cette assertion, outre son caractère hjpothétique, ne me paraît pas heureuse. En effet, s'il est un état psychologique qui soit nettement délimité et différencié de tous les autres, c'est la sensation.

La sensation est déterminée et circonscrite par un organe spécial qui ne sert qu'à cette fin, comme la vue, l'ouïe, etc. ; tout au moins par des nerfs spéciaux et des terminaisons périphériques spéciales, comme le toucher et la température. Les sensations internes, malgré leur appareil nerveux propre, ont un caractère plus vague : ainsi quelques psychologues les appellent indifféremment sensations et sentiments. Les sensations kinesthétiques ou de mouvement, comprises longtemps sous le nom de sens musculaire — terme impropre qui tend à disparaître, — quoique diffuses dans l'organisme, ont cependant des nerfs qui leur sont propres : ceux du tissu musculaire, des articulations (du périoste, des ligaments, des synoviales, des tendons). Mais pour le plaisir et la douleur, il ne se trouve ni organes, ni nerfs spéciaux. Nous avons vu l'opinion admise au sujet des nerfs dolorifères ; quant à des nerfs du plaisir, je ne connais aucun auteur qui en ait hasardé l'hypothèse, si faiblement que ce soit. Il est vrai que l'un de ceux qui admettent les nerfs de douleur (Frey) s'est tiré fort commodément de cette difficulté, en disant ([ue le plaisir « n'étant (]ue l'absence de douleur » ne suppose pas de nerfs spéciaux. N'est-ce donc pas fausser complètement l'acception des termes que de classer parmi les sensations

des phénomènes psychiques qui n'ont aucune des conditions anatomiques et physiologiques requises * ?

On connaît mieux les manifestations qui se produisent dans l'organisme, quand nous sommes en état de plaisir. Prenons comme type les plaisirs stables, en écartant ceux qui par leur exubérance confinent, nous le verrons plus tard, aux formes pathologiques. Que le point de départ soit une excitation physique, une représentation ou un concept, il se produit, comme pour la douleur, deux événements distincts : d'une part, un état de conscience, intérieur, que nous qualifions d'agréable; dautre part, un état somatique, extérieur, dont voici les principaux caractères :

Pris dans leur ensemble, ils s'opposent presque trait pour trait au tableau qui a été fait des manifestations physiques de la douleur et traduisent une augmentation des fonctions vitales. Ce contraste n'est pas sans importance en faveur de la thèse commune qui oppose le plaisir et la douleur comme deux contraires.

1» La circulation augmente surtout au cerveau, ce qui se traduit par divers phénomènes, notamment par l'éclat des yeux. Les expériences de Lehmann citées précédemment (ch. i) montrent que le plaisir physicpie comme le plaisir esthétique sont accompagnés de dilatation des vaisseaux et d'augmentation des contractions du cœur

1. Celte thèse a été soutenue principalement en Amérique par Nichols, Philosophical Review, juillet 1892, et en France par Bourdon, Revue philosophique, septembre 1X93. Le premier l'applique au plaisir et à la douleur (jui sont des sensations fondamentales aussi distinctes l'une de l'autre qu'elles le sont des autres sensations •>. Son article contient des considérations ingénieuses sur le rôle de l'association des idées. — Le second l'applitiue au plaisir seulement et considère la douleur comme irréductible. Pour lui, le plaisir est une sensation spéciale et non pas une sensation commune ni une propriété de toutes les sensations; et il est de même nature que la sensation spéciale de chatouillement ". En rapprochant le plaisir du chatouillement (après Descartes et d'autres, comme il le fait remarquer) lîourdon échappe en i)arlie à la critique exposée plus haut. Il faut pourtant remarquer que le chatouillement est lui-même une sensation dont les conditions organii|ues sont bien vaguement déterminées. Outre l'impression cutanée, il y a certainement des actions réflexes diffuses qui le font rapporter tout autant à la sensibilité interne qu'au tact.

2. Pendant rimjiression de cet ouvrage, M. le G. Dumas s'est livré à des recherches expérimentales sur l'étal de la circulation iiendanl les états de Joie et de tristesse. Nous regrettons de ne pouvoir en faire usage. Elles seront publiées dans la Revue philosophique : juin à août is9G.

LE PLAISIR b3

2° Même remarque pour la respiration, qui devient plus active; par suite la température du corps s'élève, les échanges nutritifs, plus rapides, produisent une riche alimentation des organes et des tissus. « Dans la joie, toutes les parties du corps profitent et se conservent plus longtemps; l'homme content, dispos, est bien nourri et reste jeune. C'est une vérité banale que les gens bien portants sont contents » (Lange). Elle augmente aussi les sécrétions (lactée, spermatique, etc.).

3° L'innervation des muscles volontaires s'exprime par une exubérance de mouvements, par les cris de joie, le rire et les chants. Certains cas de joie extrême et brusque ont produit tous les effets de l'ivresse alcoolique. Le chimiste Davy dansa dans son laboratoire, quand il eut découvert le potassium. — Mûnster])erg, au Congrès international de psychologie de Londres (189i), a communiqué les expériences suivantes sous le titre de Fondement psychologique des senlimenis. On trace avec la main droite une ligne de 10 centimètres de longueur. Quand on est bien exercé à ce mouvement, on essaie de le répéter les yeux fermés en dirigeant la main de droite à gauche, par un mouvement de flexion centripète, puis de gauche à droite par un mouvement d'extension centrifuge. On commet, en pareil cas, des erreurs tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre. Répétons les mêmes expériences sous l'influence de certains états affectifs (tristesse, gaîté, colère, etc.), notons les erreurs et leur sens. Miinsterberg y découvre une loi très précise. Dans le chagrin, les mouvements d'extension (centrifuges) sont trop courts : erreur moyenne, — 10 millimètres, et les mouvements de flexion (centripètes) sont trop grands : erreur moyenne, + 12 millimètres. Dans la joie, au contraire, les mouvements centrifuges sont trop grands : erreur moyenne, + 10 millimètres, et les mouvements centripètes trop courts : erreur moyenne, — 20 millimètres. D'où il conclut que, dans le plaisir, les mouvements ont une tendance à l'augmentation, dans la douleur à la diminution.

Les manifestations de la joie peuvent se résumer en un seul mot : dynamogénie.

Il est superflu de dire que nous considérons le plaisir, au même titre que la douleur, comme un phénomène surajouté, un symptôme, un signe, une marque, dénotant que certaines tendances sont salis-

faites, et qu'il ne peut être considéré comme un élément fondamental de la vie affective. Ainsi que la douleur, le plaisir est séparable du complexe dont il fait partie et, dans certaines circonstances anormales, peut totalement disparaître. Vanhédonie (si l'on me permet ce néologisme par opposition à analgésie) a été très peu étudiée, mais elle existe. Je n'ai pas besoin de dire que l'emploi des anesthésiques supprime à la fois la douleur et son contraire, mais il est des cas où l'insensibilité au plaisir existe seule. « La sensation de la volupté sexuelle est, dans des cas fort rares, lésée isolément, Brown-Séquard a vu deux cas d'anestbésie spéciale de la volupté, toutes les autres espèces de sensibilité, de la muqueuse urétrale et de la peau, persistant. Althaus en rapporte un autre cas. On en trouverait peut-être un plus grand nombre, sans la fausse bonté qui empêche les malades d'en parler. Fonsagrives en cite un exemple très remarquable observé sur une femme » Cette insensibilité n'existe pas seulement pour le plaisir physique, mais pour le plaisir moral (joie, gaîté). Sans parler des cas de mélancolie profonde qui nous occuperont plus tard, où le moindre rayon de joie ne pénètre pas dans l'individu, il y a des cas d'anhédonie qui semblent plus simples et plus nets. « Une jeune fdle fut atteinte d'une maladie de foie qui, pendant quelque temps, altéra sa constitution. Son caractère subit de profondes modifications. Elle ne sentit plus aucune affection pour son père et sa mère. Elle aurait voulu jouer avec sa poupée, mais il lui était impossible d'y trouver le moindre plaisir. Les choses qui précédemment la faisaient rire aux éclats, étaient pour elle sans intérêt ^ » Es({uirol a observé le cas d'un magistrat, homme très intelligent, atteint d'une maladie de foie. « En lui, toute affection paraissait être morte. 11 ne montrait ni perversion, ni violence, mais absence complète de réaction émotive. S'il allait au théâtre (ce qu'il faisait par habitude), il ne pouvait y trouver aucun plaisir. Penser à sa maison, à son intérieur, à sa femme et à ses enfants absents, l'affectait aussi peu, disait-il, qu'un théorème d'Euclide. j> Nous avons ici un échantillon d'une existence pour ainsi dire purement intellectuelle (le Sage des stoïciens). Ces faits, et dans d'autres chapitres, sous d'autres titres, nous en

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