‹ La psychologie des sentiments [electronic resource]Chapitre 19 sur 113 · Lewes, l'hysical basis of mind, p · texte numérisé non relu

Lewes, l'hysical basis of mind, p

trouverons d'analogues, montrent que le plaisir ne dépend pas simplement de la quantité de l'excitation. Même remarque que pour la douleur. Attribuer tous les plaisirs aux excitations d'énergie moyenne est l'équivalent de la formule : la douleur est due à une excitation intense et prolongée. Dans les deux cas, on invoque l'intensité seule; mais il y a des plaisirs irréductibles à l'énergie moyenne et qui dépendent de la qualité de l'excitation ou de la nature du sujet sentant. Dira-t-on que les plaisirs sexuels sont les concomitants d'une activité moyenne? Le plaisir produit par de beaux accords, pour une oreille musicale, est une aiïaire de qualité, non d'intensité. Il faut donc renoncer à ramener les conditions objectives du plaisir à une seule formule.

Quoique l'opinion commune établisse une séparation entre les plaisirs sensoriels et les plaisirs spirituels, cette distinction est purement pratique. Le plaisir, comme état affectif, reste toujours | identique à lui-même ; ses nombreuses variétés ne sont déterminées I que par l'état intellectuel qui le suscite : sensation, image, concept. ' 11 serait fastidieux pour le lecteur de recommencer en détail l'exposé j fait pour la douleur en l'appliquant au plaisir; il suffit d'en indiquer les principaux traits.

Toutes les formes du plaisir s'accompagnent des modifications organiques précédemment énumérées. A l'origine, il ne peut être que physique, c'est-à-dire lié à une sensation (plaisir d'un contact doux et chaud, apaisement de la faim et de la soif, chez l'enfant et les animaux). Puis le plaisir devient une anticipation, comme le chien à qui on apporte sa pâtée ; pour employer les termes de Herbert Spencer, c'est un état présentatif-représentatif. Puis, dans cette évolution ascendante, apparaît le plaisir attaché à des pures représentations. C'est, comme pour la douleur, le grand groupe, celui des joies diverses et multiples qui consolent l'humanité de ses misères : elles se scindent aussi en plaisirs égoïstes et plaisirs sympathiques. Restent les manifestations plus rares et plus hautes, liées à de purs concepts : les plaisirs de la création esthétique, ceux du métaphysicien, du savant. — On pourrait encore montrer comment du plaisir considéré comme strictement physique (l'homme altéré qui boit à longs traits une boisson fraîche) au plaisir intellectuel le plus subtil, le plus éthéré, la transition peut s'établir, en fait, peu à

peu, par degrés; que les deux éléments — sensoriel et représentatif — coexistent toujours et que nous qualifions chaque plaisir uniquement d'après la prépondérance de l'un ou de l'autre. — Enfin si nous avons trouvé dans l'hypocondrie une forme composite qui peut être classée à titre égal dans la douleur physique et dans la douleur morale ; dans le domaine du plaisir, il n'est pas difficile de découvrir des formes analogues. Le plaisir esthétique provoqué par les formes, les couleurs et surtout les sons nous en fournit un exemple. Il est incontestable que ces trois espèces de sensations, toute seules, en elles-mêmes et par elles-mêmes, produisent un plaisir sensoriel. Certaines couleurs, certains timbres, certains accords, sont agréables d'emblée. Puis les représentations évoquées suscitent, elles aussi, une quantité de plaisir indépendant des sensations originelles. Fechner, dans sa Vorschule der Aesthetik, distingue , dans son analyse des éléments du beau , le facteur direct, c'est-à-dire la sensation, et le facteur indirect (ou associatif), c'est-à-dire les idées évoquées et associées. Ces deux facteurs coexistent, l'analyse psychologique seule les sépare et ce que Fechner établit dans les éléments intellectuels a son équivalent pour les états affectifs * .

La formule généralement adoptée qui rattache le plaisir aux activités moyennes s'appuie sur un fait d'observation courante : c'est que le plaisir poussé à l'excès ou trop prolongé se transforme bien souvent en son contraire. Les plaisirs de la bouche peuvent conduire à la nausée, le chatouillement devient rapidement une torture, de même le chaud et le froid, et il n'est pas de mélodie favorite qu'on puisse tolérer pendant deux heures consécutives. En un mot, une sensation ou représentation d'abord agréable peut, lentement ou brusquement, être accompagnée de son contraire. L'élément sensoriel ou intellectuel restant le même, du moins en apparence, l'état affectif change. ^

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