‹ La psychologie des sentiments [electronic resource]Chapitre 3 sur 113 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

à cet état de stagnation. Leur thèse, d'apparence paradoxale, a suscité, surtout en Amérique, des discussions, critiques, apologies en grand nombre et, ce qui vaut mieux, des observations et des recherches.

Il faut reconnaître que, pour ceux qui ont quelque souci de la précision et de la clarté, l'étude des sentiments présente de grandes difficultés. L'observation intérieure, guide peu sûr et qui ne conduit pas loin, est ici particulièrement suspecte. L'expérimentation a donné quelques résultats très appréciables, mais bien moins importants et bien moins nombreux que pour les autres parties de la psychologie. Les recherches de détail, les monographies manquent ; en sorte que notre sujet abonde à chaque instant en questions mal éclaircies. Enfin, le préjugé dominant, qui consiste à assimiler les états affectifs aux états intellectuels, à les considérer comme leurs analogues ou même leurs dépendances et à les traiter comme tels, n'est propre qu'à induire en erreur.

Nous avons, en effet, dans toute étude sur la psychologie des sentiments, à choisir entre deux positions radicalement distinctes et ce choix impose une différence dans la méthode. Sur la nature essentielle et dernière des états affectifs, il y a deux opinions contraires. D'après l'une, ils sont secondaires, dérivés, qualités, modes ou fonctions de la connaissance; ils n'existent que par elle; ils sont de r « intelligence confuse » : c'est la thèse intellectualiste . D'après l'autre, ils sont primitifs, autonomes, irréductibles à l'intelligence, pouvant exister en dehors d'elle et sans elle ; ils ont une origine totalement différente : c'est la thèse que, sous la forme actuelle, on peut nommer physiologique.

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