‹ La psychologie des sentiments [electronic resource]Chapitre 57 sur 113 · J. Sully, The Hiunan Mind, H · texte numérisé non relu

J. Sully, The Hiunan Mind, H

- La faculté de connaître débute par une période indifférenciée où il n'y a ni sujet ni ol)jet, mais seulement la conscience de quelque chose sans qualitication. La séparation du moi et du non-moi dans l'ordre delà connaissance est le moment auquel répond, dans l'ordre affectif, la scission entre l'égoisme conscient et l'altruisme. Comment se fait cette aliénation partielle de nous-même? Comment peut-elle naître et se consolider? On répondra plus tard à cette interrogation, en traitant de l'émotion morale (ch. vni). Pour le moment, je me borne à une seule question : sonnnes-nous en face d'un véritable instinct, d'une tendance innée, irréductible qui se traduit dans la conscience par l'émotion tendre ou ses variétés?

On sait tous les efforts tentés (surtout au xvm" siècle) pour ramener par l'analyse l'altruisme à un égoisme très raffiné, à un calcul; ainsi la tendresse des parents pour les enfants s'expliquait par la présomption des services qu'ils rendront plus tard. Je crois inutile d'insister.

En faveur de l'innéité, les meilleures raisons qu'on puisse alléguer, parce que ce sont des raisons de fait, c'est que laffection, l'attachement, se rencontrent même chez les animaux à qui on ne peut attribuer un calcul ou des prévisions intéressées. Sans parler de l'amour maternel qui se manifeste énergiquement à des degrés très inférieurs du règne animal, on trouve des exemples de sympathie bienveillante et active entre des animaux de la même espèce et. quoique plus rarement, d'espèces diflerentes ', en dehors de tout attrait sexuel. Les singes, en défendant leurs compagnons, sont quelquefois dévoués jusqu'à l'héroïsme. — Ajoutons chez l'homme, si cela est nécessaire : « les impulsions de pitié instantanées, irréfléchies pour les malheureux, que ce soient des étrangers, des ennemis, des criminels, des bêtes même; l'absence de toute balance entre une perte immédiate et un gain futur... L'égoisme le mieux étendu ne saurait expliquer la conduite du bon Samaritain. Les hommes qui, dans tous les âges, ont volontairement donné leur vie pour leur patrie, ne pouvaient être influencés par des considérations égoïstes. Beaucoup sans doute avaient l'espoir d'une vie future; mais cette croyance n'est nullement universelle et pour la

1. Pour ces faits, voir Romanes : Mental Evolulioii. ch. xx : i,lo\cl Mory^aii- Animal Life. :i97-:iys.

LA SYMPATHIE ET LES ÉMOTIONS TENDRES 235 masse, il n'est pas absolument certain que celui qui abandonne cette vie, recevra une pleine compensation dans une autre »

L'innéité de l'instinct altruiste me paraît donc établie sans réplique. Il peut être très énergique chez les uns, très faible clie/. les autres; en cela il resseml)le à toutes les tendances instinctives. Comme genre, cet instinct com])rend des variétés : à caractère général (la bienveillance, l'affection, la pitié, etc.); enfin, il entre à titre d'élément dans plusieurs émotions composées (la vénération, l'admiration, l'amour sexuel, etc.).

Resterait à cherclier sous quelle forme il a fait son entrée dans le monde, quelle a été sa première manifestation. A cet égard, il n'y a que trois hypothèses possibles : l'amour maternel, l'état grégeaire ou (ce qui est bien peu vraisemblable) l'instinct sexuel. La valeur de ces hypothèses sera discutée plus tard, dans le chapitre sur l'émotion morale, complément naturel de celui-ci ^

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