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LA SYMPATHIE ET LES ÉMOTIONS TENDRES

pathie gagne en étendue et en stabilité. En effet, la sympathie affective exige une analogie de tempérament ou de nature : elle ne s'établit guère entre le timide et l'audacieux, entre le joyeux et le mélancolique; elle peut s'étendre à tous nos semblables, à quelques animaux proches de nous, pas au delà. Au contraire, c'est le propre de l'intelligence de chercher partout des ressemblances ou des analogies, d'unifier; elle embrasse la nature entière. Par la loi de transfert (précédemment étudiée) la sympathie suit cette marche envahissante et comprend jusqu'aux objets inanimés ; comme le poète qui se sent en communion avec la mer, les bois, les lacs, les montagnes. De plus, la sympathie intellectuelle participe à la fixité relative de la représentation : on en trouve un exemple simple dans les sociétés animales, comme celle des abeilles, où l'unité, la sympathie entre les membres n'est maintenue que parla perception ou repi'ésentation commune de la reine.

L'émotion tendre marque un moment important dans l'évolution de la vie affective; avec elle, nous dépassons la période des émotions purement égoïstes. La date de son apparition, comme nous l'avons dit, n'est pas bien fixée : peut-être à deux mois, selon Darwin, qui a noté à cette époque l'un de ses modes caractéristiques d'expression, le sourire; plus probablement vers neuf mois (Darwin), douze mois (Perez) d'après des observations nettes.

L'expression physiologique de la tendresse, en ce qui concerne les mouvements, est réductible à une seule formule : l'attraction. Elle se traduit ou par des mouvements élémentaires de rapprochement, ou par les contacts, ou par l'embrassement qui est sa fin dernière, dont le reste n'est qu'une forme mitigée et arrêtée. Elle a donc un rapport direct avec le sens primordial, le toucher; comme le dit Bain, « le contact est l'alpha et l'oméga de l'affection tendre ' » . Les mouvements ont un caractère général de relâchement qui fait contraste avec ceux de la colère. — Un mode d'expression qui lui est propre,

1. Ce point n. été bien traité par cot auteur. Émotions. lIi. vu. Voir aussi. Mantegazza, ch. xi. Lange n'en parle pas.

sinon exclusif, est le sourire. Celui-ci est-il forme initiale du rire ou au contraire n'en est-il qu'une forme affaiblie, un arrêt de développement? On a discuté ce point sans grand profit. Darwin adopte la première thèse, ce qui paraît assez peu conciliable avec la loi générale de l'évolution : l'enfant sourit avant de rire ; c'est l'ordre inverse qi\i devrait se rencontrer.

L'émotioii tendre se rapproche de la joie ; aussi les modifications de la circulation, de la respiration, sont analogues. Il y a augmentation comme dans le plaisir, à un degré moindre ; la tendresse s'accommode mieux des sensations modérées et reposantes.

Elle s'accompagne aussi d'un accroissement des sécrétions, notamment celle des glandes mammaires chez la femme. Celle des glandes lacrymales est plus embarrassante. On sait que la tendresse humecte souvent les yeux; mais les larmes se produisent dans des conditions si variées, quelquefois si contraires, que, même après les travaux contemporains sur l'expression des émotions, cette question des causes me paraît loin d'être vidée. La pression sanguine a une influence directe sur cette sécrétion qui est toujours liée à un accroissement de la circulation ; mais la simplicité du mécanisme n'empêche pas la diversité des causes. Les larmes peuvent être provoquées par des actions mécaniques ou physiologiques (irritation de la conjonctive, toux, effort, vomissement) ; par des états psychiques totalement distincts : le chagrin, la joie, la tendresse. En fait, tous les essais d'exphcation ne se rapportent qu'aux états pénibles : cas de beaucoup le plus fréquent, mais non unique. Darwin admet] que les cris chez l'enfant produisent un engorgement des vaisseaux de l'œil, puis une contraction des muscles orbiculaires comme moyen de protection, d'où une action réflexe sur les glandes lacrymales : ensuite l'elfusion des larmes subsisterait même quand les cris sont supprimés. Wundt qui rejette cette explication, voit dans les glandes lacrymales des organes dérivatifs, calmant la douleur : cette sécrétion, qui est permanente, purge l'œil des corps étrangers (poussière, insectes, etc.); comme les images visuelles sont les plus im])orlantes de toutes, l'effusion des larmes serait un effort inconscient pour chasser les représentations tristes; elle aurait pour fondement une analogie entre les sensations ])énibles et les images. Quoi qu'on

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pense de ces hypotlièses, elles considèrent les larmes comme traduisant exclusivement la douleur.

L'augmentation de la sécrétion lacrymale dépend de l'accroissement de la pression sanguine ; or, la circulation augmente dans la joie et la tendresse, comme le prouve l'éclat des yeux. L'apparition de larmes, peu abondantes d'ailleurs en pareil cas, en serait la conséquence naturelle. Le chagrin, au contraire, s'accompagne d'un abaissement de la circulation et souvent les pleurs font défaut au premier moment. L'effusion des larmes procure un soulagement, c'est une soupape de sûreté ; elle répondrait à un second moment — de détente — où le retour de la vitalité a commencé. En d'autres termes, les pleurs de la joie et de la tendresse correspondraient au moment de l'action; les pleurs de la tristesse, au moment de la réaction.

La psychologie de l'émotion tendre me paraît réductible à une question unique, celle d'origine. La description de ses variétés est sans intérêt ou se trouvera ailleurs. Nous l'avons posée comme simple et primitive. Étant la source de toutes les manifestations altruistes, sociales et morales, il vaut la peine d'en considérer la nature au moment de son apparition.

Chez l'enfant et les animaux les ])lus élevés, la première manifestation de tendresse est pour la mère ou la nourrice. « Le seul fait que l'enfant est porté par sa mère constitue entre les deux un rapport qui est seulement d'un degré plus lâche que celui du fœtus à l'organisme maternel ; il constitue la source principale du sentiment tendre. Ajoutons que l'enfant continue à recevoir la nourriture, la chaleur, l'appui comme à l'état fœtal. Ce premier attachement instinctif ou sensoriel, devient tendresse par l'addition de nombreux sentiments dérivés de sensations agréables diverses, entre autres celles des yeux et des oreilles, dont sa mère est la source i. » La tendance primitive s'adresse donc, chez les enfants et les animaux, à qui leur a été agréable, à qui leur a fait du bien et dont ils «n espèrent encore. C'est une émotion qui, dans la nomenclature de H. Spencer, serait légitimement nommée égo-altruiste et même avec prédominance marquée de l'égoïsme. Il doit en être ainsi, car l'altruisme ne peut être inné.

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