‹ La psychologie des sentiments [electronic resource]Chapitre 9 sur 113 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

On a risqué, bien inutilement, beaucoup de définitions de la douleur. Les unes sont de pures tautologies ; les autres émettent implicitement une hypothèse sur sa nature, en la rattachant aux excitations fortes K Posons-la comme un état intérieur que chacun connaît par son expérience et dont la conscience nous révèle les innombrables modalités ; mais qui par sa généralité et sa multiplicité d'aspects échappe à toute définition.

Sous sa forme primitive la douleur est toujours physique, c'est-àdire liée aux sensations externes ou internes. Assez précise pour les parties superficielles du corps, notamment pour la surface cutanée, sa localisation est plus vague, quand eUe a pour siège les parties profondes, les viscères, les instruments de la vie organique. Dans ce dernier cas, quand la douleur est d'origine interne, non périphérique ; quand elle vient du grand sympathique ou du nerf vague son parent, elle s'accompagne d'un état d'anxiété, d'anéantissement ou d'angoisse que nous aurons souvent à signaler et qui a fait dire qu'il « semble que le patient ait conscience que les opérations de la nature sont suspendues en lui i. Pour le moment, sans distinguer entre ces deux origines, externe et interne, étudions les

1. « La douleur est une vibralion forte et prolongée des centres nerveux conscients qui résulte d'une excitation périphérique forte et par conséquent d'un brusque changement d'état dans les centres nerveux. (Richet.) « C'est l'excitation la plus violente de quelques parties sensorielles — excitation qui met simultanément à contribution les excitations plus étendues d'autres parties. » (Wundt.)

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caractères objectifs de la douleur physique prise en général : d'abord ses conditions anatomiques et physiologiques, puis les modifications corporelles qui l'accompagnent et que la langue ordinaire appelle ses efï'ets.

La transmission des impressions douloureuses, de la périphérie aux centres corticaux, est loin d'être déterminée dans toutes les étapes de son parcours.

Les terminaisons nerveuses, par leur position d'avant-poste, reçoivent le premier choc ; mais quel est leur rôle? On sait que les nerfs des organes profonds et que les fdets du grand sympathique n'ont pas de terminaisons d'une structure spéciale. Pour les nerfs des sens spéciaux, de la vue, de l'ouïe, de l'odorat et du goût où, tout au contraire, les appareils périphériques (rétine, organe de Çorti, etc.) sont d'une anatomie extrêmement complexe, on sait que leur rôle est surtout sensoriel ; ils sont avant tout des instruments de connaissance, rarement de douleur ou de plaisir directs : en sorte (jue la question en ce qui concerne les terminaisons nerveuses, par rapport a la douleur se réduit principalement aux nerfs de l'appareil tactile, en prenant ce mot au sens le plus large. L'extrême difficulté d'isoler l'impression purement périphérique de celle qui atteint le nerf lui-même, rend presque insoluble la question posée plus haut quant au rôle de ces appareils périphériques. Beaunis s'appuyant sur les faits d'anesthésie localisée où le patient ne sent plus la douleur, mais perçoit encore le contact, pense que l'analgésie atteindrait le nerf, avant d'agir sur leurs terminaisons, enfermées dans des capsules plus ou moins résistantes.

Existe-t-il des nerfs spéciaux pour transmettre la douleur? Tout d'abord, Goldscheider, bien connu par ses recherches sur les points de chaud et de froid, l'avait soutenu D'après lui, les fdets nerveux dolorifères seraient entrelacés avec les nerfs sensoriels, plus

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