CHAPITRE VI
Je ne m'arrêterai pas longuement sur une question aussi débattue et encore moins accessible que celle que nous quittons : Dans la conscience, lequel apparaît le premier, le plaisir ou la douleur? De nos jours surtout, optimistes et pessimistes ont longuement bataillé sur ce point, quoique, à mon avis, il ne leur importe guère. Leurs doctrines sont deux conceptions antithétiques du monde qui dépendent uniquement du tempérament et du caractère, et qui ne seraient ni confirmées ni infirmées par la solution de ce problème. Il est clair que c'est une question d'origine, de psychogenèse, étrangère à la psychologie expérimentale et qui ne comporte que des probabilités.
Descartes a émis cette singulière opinion : « Que la première passion de l'âme a été la joie, parce qu'il n'est pas croyable que l'âme ait été mise dans le corps, sinon lorsqu'il a été bien disposé, ce qui donne naturellement la joie ». D'autres, d'après des vues théoriques moins étranges, soutiennent que le plaisir ayant pour cause le libre jeu de notre activité, la douleur est jointe à son arrêt et que par conséquent elle est postérieure ' . La majorité me paraît en faveur de la thèse contraire : l'impression du froid, du contact, le conunencement de la respiration pulmonaire, etc., sont invoqués comme preuve de l'antériorité de la douleur; mais surtout les cris des enfants et des animaux nouveau-nés. Cependant Preyer, dans deux passages peu remarqués, refuse au cri toute signification