Bain, Émotions, ch. v
2. La pathologie de l'émotion tendre ne présente pas assez d'intérêt pour nous arrêter. La tendance altruiste peut faire totalement défaut chez certains hypocondriaques et déments qui, retranchés dans un égoïsme inexpugnable, ont subi une véritable •< ossification morale ». La tendresse peut devenir sensiblerie pour les personnes, les animaux (zoophilie), les choses (nostalgie, etc.). Morel, Études cliniques, t. II, § 4, cite le cas d'un homme d'une haute capacité intellectuelle chez qui les causes les plus futiles, les plus ridicules suscitaient « des accès de sensibilité » absurdes. « La perte des animaux domestiques qu'il élevait, le jetait dans des états perplexes et des crises de larmes, comme la mort de ses meilleurs amis. Je l'ai vu un jour en proie à une douleur délirante à propos de la mort d'une des nombreuses grenouilles qu'il élevait dans son jardin. » Cette émolivité morbide qui coïncide avec une faiblesse congénitale ou acquise, la convalescence et autres états adynamiques, met en relief, par son exagération, ce caractère de relâchement qui est, nous l'avons vu, l'une des principales marques de l'émotion tendre.