Max Millier, Origine el développement de la religion
2. Pour une discussion sur ce point avec faits à l'appui, voir Goblet d'Alviella, L'Idée de Dieu d'après l'anthropologie et l'histoire, p. 60 et suiv.
il faut avoir conçu la notion de son existence. Cependant si indispensable qu'il soit de placer au début de la religion une opération intellectuelle, on doit reconnaître que les sentiments mis en jeu par cette opération, ont dû précéder de longtemps les plus anciennes formules de la théologie primitive ^ » Pour ma part, j'incline vers la priorité du sentiment, sans pouvoir fournir des arguments de fait ; la période des origines étant celle des conjectures.
La deuxième théorie, celle de Herbert Spencer, nous fait descendre de la notion de l'infini dans le terre à terre de la vie mentale des sauvages. On sait qu'il réduit toutes les religions primitives au culte des ancêtres, à la nécrolàtrie. Le fait primordial, c'est la conception d'un esprit ou plutôt d'un double. Le sauvage croit qu'il a nn Sosie, ou pour parler notre langage, un moi principal et un moi secondaire. Il infère l'existence de ce « double » d'un grand nombre de faits pour lui inexplicables : son ombre, son image dans l'eau, l'écho, les apparitions dans les rêves, l'évanouissement, l'extase, l'épilepsie, ete. Le monde est ainsi pour lui plein d'esprits errants qu'il essaie de se rendre propices. D'après Spencer, le fétichisme et le polythéisme ne sont que des formes aberrantes du culte des ancêtres et il essaie de l'établir par une série de considérations où nous n'avoDS pas à le suivre. Imperturbable dans sa déduction systématique, il prétend même en faire dériver, par des raisons détournées et fragiles, l'adoration des animaux, des plantes, des objets inanimés -. — Il est incontestable qu'un grand nombre de croyances sortent de cette source; mais cette conception, qui est l'anthromorphisme poussé à outrance, se trouve bien trop étroite pour embrasser tous les faits. Taylor et d'autres en ont fait une vive critique et je ne crois pas qu'elle compte encore beaucoup de partisans.
Ces deux hypothèses systématiques écartées, rappelons comment le développement religieux paraît s'être produit pendant cette période primitive ; car la marche de l'évolution n'a pas été la même partout et toujours, — difficulté déjà signalée à propos de l'instinct social. D'après les auteurs compétents, la forme la plus fréquente a été comme il suit.