‹ La psychologie du beau et de lártChapitre 1 sur 65 · LUS FACTEURS SENSORIELS · texte numérisé non relu

LUS FACTEURS SENSORIELS

1. — L'esthétique évolutionniste, dans son ensemble, est encore tout entière à refaire, maigre les excellents fragments et les brillantes monographies qui en éclairent aujourd'hui tel ou tel aspect; et je ne crois pas qu'il y ait de meilleur moyen pour arriver à en jeter au moins les bases, que de se dépouiller au préalable de tout vieux préjugé ontologique et académique et de reprendre ensuite les choses à nouveau, en atteignant directement les sources vives des faits, en confrontant avec eux et entre elles les précédentes théories des philosophes, et en faisant surtout appel au bon sens inconscient des masses qui, souvent, dans sa collectivité, voit plus loin et plus juste que Télucubration solitaire du savant.

Essayez, en effet, de procéder à une enquête, parmi

une centaine de personnes de toute condition et de toute culture prises au hasard dans le nombre de^ celles que vous rencontrez chaque jour, sur Tidée qu'elles se sont faite du beau : presque toutes vous diront que « le beau », pour elles, c'est « ce qui leur plaît ».

Eh bien, je me hâte de le déclarer : je me range du côté des ignorants. Une grande vérité est contenue dans cette définition démocratique du beau. 11 n'est pas une entité substantielle; il n'est pas davantage une qualité métaphysique, transcendantale des choses; il n'est pas un privilège des œuvres d'art, un produit exclusif et voulu de l'homme; il est purement et simplement une façon à nous, subjective et personnelle, de sentir les choses même naturelles, une impression agréable qu'elles peuvent produire sur notre organisme nerveux, et que nous, ensuite, nous sommes en état d'exprimer à notre tour, et de communiquer de diverses façons à nos semblables.

Mais il est nécessaire de bien éclaircir ce qu'on entend ici par plaisir, et en quel sens nous pouvons nous approprier la définition populaire. Pour le faire, il suffit de bien en comprendre la portée, d'en noter la profonde subjectivité, et ensuite sa relativité au caractère personnel de l'individu jugeant.

Or, le caractère n'est que la somme, ou mieux, que la résultante de toute l'expérience héritée des ancêtres et acquise par l'individu; capital vaste et fécond auquel s'uniformise toute l'économie de notre psyché. Eh bien ! à ce capital intérieur, chaque nouvel instant de nos relations cérébrales avec les divers organes des sens,

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