‹ La psychologie du beau et de lártChapitre 30 sur 65 · LE MILIEU ET LE GOÛT · texte numérisé non relu

LE MILIEU ET LE GOÛT

La néophobie des onfanls, des sauvages, Ses gCDS-l non cultives, de tous les esprits limités et ohétifs; habilanls des tristes pays à l'aspect et au climat tioî-J formes el des vastes plaines monotones dans les continents lointains isolés ; des êtres confinés dans de petits j centres situés en dehors de la grande vie mondaine et ] fermés au commopcc rarié et multiforme des cités internationales, — cette néophobie nous en donne une idée I juste et précise et une preuve exlrÉmcraent éloquente.

Mais à ce misonéisme inerte s'oppose le besoin du j nouveau, déterminé par le fait que les vieilles imaj comme des photographies longuement exposées à lumière, perdent t6l ou tard toute leur Vivacité, tout ' leur relief, toute leur splendeur; elles jaunissent, s'eï fument, deviennent confuses, pâles, insignifiantes, monotones; puis, parce que, autour de nous, tout con linuellemenl se change, se renouvelle, se transforme, s'alterne, nous rendant ainsi habituel aussi le changement, et d'autant plus que, en changeant de climats, de pays, d'occupations, de relations, nous accroissons et accélérons les causes cl les énergies moditicalrices, La vie est action, el l'action est évolution; chaqueèlémenl du caractère, à la longue, se fatigue, s'épuise, devient ] sourd el muet à l'insistance perpétuelle d'une seule et 1 même excitation, et nous voulons qu'il se repose; tandis | qu'un autre, vierge encore, ou régénéré par un long calme restaurateur, saturé de forces et porté à une t sion vibrante, est prorapt à sentir dans toute sa fraîche j énergie une excitation neuve, et à en irradier largement les effets sur tout le territoire psychique environnant.

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A ces conditions, à savoir que Ton soit rassasié du beau habituel et que le nouveau ne le détruise pas soudainement, mais par lente substitution, évitant chocs, secousses et frottements toujours fatigants, et, par là, désagréables; c'est-à-dire, et mieux encore, que, sans le détruire, il le complète et le développe, le déplaçant et le rafraîchissant, le variant et Tenrichissant de formes jeunes et de couleurs gaies ainsi que de reliefs nets, comme il arrive à celui qui fait tourner entre ses doigts, devant Tœil enchanté, un kaléidoscope; — à ces conditions, nous accueillons toujours avec joie les impressions neuves, nous revoyons avec bonheur le printemps après Thiver et l'automne après Tété, le beau temps après la neige et la pluie après la sécheresse, et même la guerre après la paix, et, à la suite de l'idylle, la furie des passions.

31. — On arrive de cette manière à établir aussi en esthétique la loi du choix naturel, qui entraîne avec soi celle de l'adaptation. Quand une chose qui a été belle en d'autres temps, parce qu'elle était adaptée au milieu psychique, ne l'est plus maintenant parce qu'elle est devenue incompatible avec notre nouvelle vie interne et externe, elle est esthétiquement morte et raidie; et plus le temps s'écoule, plus elle se fossilise et s'éloigne de nous, sous les couches profondes des nouvelles expériences qu'on superpose et qu'on cimente au-dessus d'elle. Et ce sont sans aucun doute des fossiles esthétiques pour nous, l'enflure rhétoricienne seicentiste, la poudre et les bêlements d'Arcadie, les clairs de lune et les blondes châtelaines romantiques, les héroïques rugis-

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