LA VALEUR DES JUGEMENTS ESTHÉTIQUES 75 J
d'un pelil nombre d'entre eux, et jugeons en consù- I quence élroilement, partialement, enipiri(juemenl, du 1 beau et du laid; [anl il csl vrai que les goûls diffèrent I d'autant moins sur un objet, que l'objet même est plus I simple; et que les jugements des divers sujets sont I d'autant moins divergents, que ceux-ci sont moins 1 préoccupés de précouceptious de technique, de morale, 1 de théorie, de métaphysique. Il en résulte que nous I irouverons les jugements les plus justes dans les plus I larges majorités dépositaires du sens commun, parce 1 que là les divergences individuelles se seront éliminées I réciproquement, en se fondant dans le grand creuset I de l'impression collective; et dans les minorités les I plus éclairées, auxquelles appartient le vrai bon sens, J parce que celles-ci verront les choses d'une si grande I hauteur, qu'elles en percevront plus nettement l'en- I semble, et en réuniront d'un seul regard synthétique I tous les éléments particuliers. J
Un jugement aura donc d'autant plus de raison de I prévaloir, d'autant plus d'autorité, d'autant plus do I probabilité d'être juste et définitif, que l'esprit dansj lequel il se forme est plus avancé dans l'évolution l humaine, plus riche en afrinilés psychologiques; de I sorte que, dans toute divergence de gofils entre un 1 animal inférieur et un animal supérieur, entre un-l homme de l'ûgc de pierre et un homme de l'âge de J l'aluminium, entre un sauvage cl un parisien, entre un 1 enfant et un adulte, entre un bouvier et un esthète, 1 enli'c un individu maladif et un individu sain, entre uQ | ■■icrÎQlinel et un philanthrope, entre un imbécile el un J
sage, entre un automale qui végèle et une âmo qui songe, eoire un adorateur borné des vieux féliches et un esprit ouverl L tous les libres vents du beau, noua proclamons sans hésiter plus compéleal, chacun dans son propre domaine, le second de ces individus; el , d'autant plus, qu'il persoonifle mieux la psyché collective de ses propres congénères.
36. — Ceci posé, les hiérarchies naturelles du beau el du goût émergent par leur propre force comme une conséquence de tout ce qui a été dit jusqu'ici. Une chose sera d'autant plus belle, pour quiconque veut un peu méditer el mûrir sa propre impression, qu'elle saura donner une jouissance plus intense, et que l'escilalion pourra atteindre des cimes plus élevées, d'abord dans le sens, puis dans le sentiment, dans l'inlellect, dans l'idéalité; plus elle éveillera dans chacune des zones toujours plus hautes, d'images, d'affects, de pensers, de visions, et y imprimera de traces plus profondes el plus durables; plus enfin elle fera participer de monde à ses joies dans l'extension de l'espace, dans la suite des temps.
D'ailleurs, le goût lend de plus en plus à s'unifler et l'art à se faire cosmopolite. Chaque déviation sera expliquée et guérie, ou signalée et condamnée par les recherches psychiatriques; la civilisation s'assimilera tous les peuples assimilables et fera disparaître les autres; la facilité et ta rapidité des communications et des échanges, toujours plus grande, nous habituera à tous les pays, à tous les climats, à tous les usages, i toutes les idées, à toutes les croyances; nos sens et