‹ La psychologie du beau et de lártChapitre 33 sur 65 · LE MILIEU MÛBAL, SCIENTIFIQUE ET RELIGIEUX · texte numérisé non relu

LE MILIEU MÛBAL, SCIENTIFIQUE ET RELIGIEUX

un mol les suprêmes idéals dominant l'esprit public. On a beau vouloir et pouvoir ôlre un penseur solitaire et indépendanl, on échappe difQcilcmont aux mille suggestions puissantes et envahissantes de la foule.

Comparez la religion païenne des Grecs et la religion catholique des Latins de la Renaissance avec le mysti- J cisme sombre el desséché do moyen âge et le froid et 1 incolore christianisme réformé; el, parallèlement, le goût, — el l'art qui le reflète, — des peuples et des temps correspondants, et vous verrez le rapport intuitif do cause et d'effet qui les unit. D'un côté, !a hiérarcliie des divinités et des saints formée k l'imitation de d notre hiérarchie sociale, composée d'êtres presque J matériels, humains, finis, pleins de passions el de riva- 1 lités, qui s'intéressent vivement aux choses de ce 1 monde, y comballenl, y sont amoureux comme lesl hommes, et simplement plus grands, plus forts, plus I beaux qu'eux; de même que Jupiter, que Minerve, que I V6nus, que Mars, ainsi le Père Éternel, le Saint Esprit, ■ la Sainte Vierge, les Archanges, ne dédaignent pas non plus r « avantage caduc <• de la beauté, ni la « brutale supériorité » de la force, ni les v vains ornements » de l'esprit et du savoir; Marie personnifie le doux poème de la maternité, Jésus enfant discute avec les 1 docteurs, Michel descend sur la terre, armé de la cui- J rasse et de l'épée, pour combattre avec les mortels; 1 un panthéisme joyeusement matérialiste dans lequel on | ne pense qu'à goflter la vie dans loules ses énergies J multiformes, en attendant avec sincérité et sans vaines I terreurs la mort, qui la transformera sans la détruire: I

d'où sauté et gaieté, fêles et processions, pompes el banquets, jeux et bacclianaics, trésors d'an et d'apparat répandus à foison en pleine lumière du soleil daas les temples et dans le culte. De l'autre côté, un Dieu unique, omnipotent, cruel, inconnaissable, étranger à la nature et au monde, lointain, inlini, éternel comme les peines dont il menace les hommes et comme les joies qu'il leur promet; une longue ère de terreurs, de magies, d'hallucinations et d'abrutissement dans l'attente sinistre et déprimante de la mort, dans la vision terrifiante des abîmes embrasés et des gouffres lénébreus de l'au delà; ou même, à présent, une religion philosophique et métaphysique, éthique el logique sans sensations et sans visions, qui se réduit au commentaire d'un livre et à la sanction d'un système moral : de là, dans le premier cas, la perversion et la pétrification du goilt et de l'art; dans le second, l'indifférence et l'inertie, le divorce définitif de la religion d'avec l'esthétique.

35. — Il est temps, maintenant, que nous linons une conclusion de toute cette première partie de noire étude sur le beau. Or, cette conclusion ne peut être que celle-ci : à savoir que toute notre impression, qu'dle vienne de la nature ou qu'elle soit due à une œuvre d'art, est la résultante de très nombreux facleara divers : héréditaires, personnels, de milieu; que chez les individus pris en particulier et aux différents moments, ces divers facteurs se superposent, s'imposent, s'opposent de façon que, assez souvent, et même le plus souvent, nous n'avons conscience que d'un seul ou

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