‹ La psychologie du beau et de lártChapitre 45 sur 65 · LA MIMIQUE, LA DANSE, LE SPOBT · texte numérisé non relu

LA MIMIQUE, LA DANSE, LE SPOBT

r'ouvrissenietit des yeux, — toute cette I igèrc H changeaDle de l'appareil moteur t 'A humain constitue cet art, regarda, à grand tori, [ camme inférieur à ta musique, tandis qu'il lui esl, au contraire, de beaucoup supérieur en puissance expressive, en précision, en extension, eu richesse de moyens. L'altitude, le maintien, l'allure en sont les formes les 1 [ilus simples et les pins natureltes, inconscientes peutêtre chez le paon et chez le cheval, mais certainement conscientes et étudiées chez leur grande maîtresse, la femme. La course, le saut, la lutte, l'escrime, la gymnastique étaient des arts honorés de lauriers, de poèmes 1 et 'de statues par le peuple grec, et qui aujourd'hui j ressuscitent chez toutes les races élevées, en s'adaptant aux nouvelles mœurs, sous le nom exotique de sport; et ensuite viennent au plus haut degré, bien qu'eïclues encore par heaucoup de gens du nombre des , beaux-arts uniquement parce (ju'elles sont moins généralement étudiées et appréciées, la mimique théâtrale'] et la danse chorale.

Les animaux, les enfants, les idiots, les sauvages eul sont capables. Les mouches, qui tressent dans l'air ces] quadrilles admirables que Bernardin de Saint-Pierre a] décrits; le singe qui, accroupi sur la branche d'uaJ arbre, imite si bouffonnemenl les gestes et les mouve- 1 ncnts des autres animaux; la fdlctte rayonnante de joie 1 qui saute et gesticule autour de sa maman dont elleJ vient de recevoir une poupée ; le nègre qui exprime par J des mouvements désordonnés et insensés la plénitude! ^jde ses sentiments pour le peu de monnaie reluisante oitl

110 LES FACTEURS OBJECTIFS SENSORIELS DE L'aRT

il'eau-de-vie dont vous le grailliez, marquent le début d'un art qui sera les délices de nos salons, qui altcindra, au XYiii" siècle, au rafiinemeol lu plus exquis, et qui, sur la scène, avec la Taglioni ou la Elssler, la Geirito ou la Camargo, fera dire au langage muet des muscles tout ce que peut dire la plus éloiiuenlc parole, fera délirer d'enthousiasme lu parterre, détacher les chevaux des carrosses, frémir la lyre de Voltaire ou de Prati,

51. — En laissant de côté la liltéralure écrite, assez tardive à paraître et exclusivement humaine et sociale, l'art de la parole ne marque donc qu'un autre polil degré, après celui du geste, dans la hiérarchie dâ la puissance expressive. On le comprend, d'ailleurs : cet arl suprême, cet art souverain, proléiforme, omnipotenl, — la* littérature, — est étroitement, inséparablement connexe, à ses débuis, avec la musique, le chani, la mimique, la danse, sous leurs formes iaQmes. Il commence donc par être un simple cri, une interjection inarticulée dans laquelle la sensation agréable se tradidt instinctivement; puis, ce cri, celte exclamation, associés dans la mémoire à la cause d'oîi ils naquirent, la rappellent en celui qui l'a éprouvée, et en les autres chez qui la même excitation a su produire autrefois la même réaction : et telle est ta première el plus lointaine luenr de la grande lumière qui rayonnera, un jour, de l'art surprenant de la parole. Ensuite, comme la musique, il sera, lui aussi, imi- ,ir. Un très grand nombre d'oiseaux, spécialement mi les perroquets et les moifléaux, et, au preraiw

I lion I de

LA uttëhatuhe parlée et écrite

:, le fameuxpolyglotte, se complaiscnlà répéler l( (les qu'ils entendenl, à les ruminera vois basse, â :ercer à les redire assez e\aclemeiit jusqu'à donner à rhommc dont ils les ont apprises; et ce pas autrement que procèdent l'enfanl, le sauvage, i apprenant des paroles dont ils ne compi'enneDL pas leJ sens et tes ri^pétaot à l'envi pour renouveler le plaisir^ goûté eu les écoulant, d'autant plus purement sensoriel eteselusivcmenlestliétique que la signification convenliuunelle leur en échappe davantage.

L'idiot, le dégénî'ri^, le crimincl-né, le fou, aiment! effet à répéler des vers, mi'me en une languej

'ils ne connaissent pas, et se complaisent à l'infini^ de la rime, de l'assonance, de l'allitération, de ta cadence, du calembour, du vocable étrange, du néologisme, qui chatouillent leur oreille sans toutefois atteindre, trop souvent, une zone plus élevée d'affecis, ■ de pensers, de rêves.

Or, la grande poésie, la prose exquise, ne font f autre chose que cela : elles caressent l'oreille et réveillent des images acoustiques; mais celles-ci, à leur tour, par ce profond et vaste pouvoir de suggestion qui est , en elles et qui fait de cet art comme le résumé et la I synthèse de tous les autres, rappellent toutes les images 1 visuelles et olfactives, tactiles et musculaires, sapides I ei viscérales,' et les arrangent en un seul ensemble | présent, évident, à peu près réel.

Ils ont donc des raisons à revendre, les stylistes 1 snclens et modernes, les parnassiens et les décadents, 1 qui estiment la parole autant que la pensée, qui font 1

de la prose une ciselure exquise, du vers une arabesque polychrome; qui cherchent les épithètes rares et savantes, les mots profonds et synthétiques; qui créent une langue raffinée et musicale; qui travaillent le vers et la rime comme le joaillier travaille Tor et les pierreries; qui, à Taide du maniement habile des vocables et des phrases, dépeignent, sculptent, chantent, infusent la vie et le mouvement à leurs créations.

Et tout ceci suffit à l'art de la parole. Quand il produit, simplement par sa beauté propre et intrinsèque, par sa couleur et sa chaleur, par son mouvement et sa force, des sensations vivaces et agréables, c'est-à-dire quand il réveille des impressions assoupies et des images chères aux habitudes des sens, nous met dans les nerfs et dans le sang des frissons nouveaux et de nouvelles fièvres de jouissance, il a atteint son but essentiel, le seul but précis et indiscuté de Tart; les autres ne seront qu'un luxe, un surplus, discutable et secondaire.

52. — Pour terminer cet exposé de l'art sensoriel, il ne nous reste plus qu'à ajouter un mot sur les arts composites et mixtes : les livres et les journaux illustrés et richement reliés; la céramique en relief et peinte, la naïve statuaire coloriée des poupées, celle rendue mobile et presque vivante des marionnettes et des automates, le temple et le palais ornés de dorures et de stucs, de statues et de fresques; la pyrotechnie, faite de lumières et de couleurs, de mouvements et de bruits, et finalement de lignes et de formes architeclu-

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