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LA SCULPTURE, L\ CISELURE, LA CÉHAM10UE

Du reste, la sculpliire figurative, et spécialement la J statuaire, sont précédées de mille autres (ormes infé- j rieures, qui la préparent beaucoup plus et beaucoup mieux t]uelles ne préparent la peinture : du geste, J avant tout, qui est presque une sculpture idéale cir- j conscrivant des espaces, délimitant des formes et concriStanl des volumes; de la céramique, à peine les pois et les vases d'argile ou de pierre commoncent-ils à I prendre ries formes symétriques et régulières; et de la gravure, quand les silex éclatés commencent à se polir et les instruments eu os cl en corne, en bois et en bronze, à s'orner de reliefs cl de sinuosités. Plus lard seulement, les graffiles géomélriques sont suivis de contours péniblement ébauchés de poissons et d'oi^ I seaux, de bas-reliefs puis de hauts-reliefs d'animaux ! domestiques et de bêles fauves redoutées, et enfin 1 d'idoles et d'images humaines, encore monstrueuses et | difformes, mais n'en constituant pas moins la première | lueur de la future statuaire; laquelle, toujours sans presque franchir le seuil du sens, atteint bien vile en I Grèce la perfection, en synlhélisanl dans le marbre j immortel de Phidias et de Praxitèle toutes les beautés 1 corporelles humaines. I

Mais toutes les autres formes inférieures, en atten- | dant, subsistent, se développent, se perfectionnent cha- ; cune par sa propre force. Le graflile, des monotones i hiéroglyphes égypiicns gravés dans le porphyre, ans bas-reliefs des temples d'Athènes el des arcs triom- I phaux de Rome; la céramique, le verre, le cristal, I ■^ marmites ù peine tournées des barbares, aux vases j

exquis des Grecs, aux coupes aériennes de Murano, aux cristalleries facettées de Bohème; la ciselure et la joaillerie, des lourds bracelets et pendants d'oreilles de Thomme de Tâge du renne, composés de dents de bêtes et de coquilles de limaçons, et des premiers bronzes légers façonnés en armillaires, en colliers et en breloques, aux joyaux, aux diadèmes, aux boucles, aux casques, aux armes que Ghirlandaio et Benvenuto Cellini travaillaient avec l'or et l'argent, les pierres précieuses et les perles, surpassant et subjuguant la richesse de la matière par la splendeur de l'art. Puis les médailles et les camées, les filigranes et les dentelles, la marqueterie elle-même ainsi que le camée polychrome, et, finalement, les statues peintes ou arrangées en plusieurs morceaux de matière diverse , nous amènent ici , par degrés insensibles et indéfinis, dans le champ de la peinture.

48. — La dernière de ce premier groupe, elle ne se présente que tard par rapport aux deux autres arts frères, parce qu'elle est plus difficile et a besoin de facultés psychologiques plus développées. Tandis qu'il suffit à la plastique de représenter les formes dans leur réalité pure et simple, à la peinture s'impose déjà l'abstraction d'avec ce qui apparaît plus essentiel, le volume. A elle, en effet, il est nécessaire de projeter sur un plan l'image que nous percevons au contraire en relief, et ensuite de se heurter aux graves difficultés du clair-obscur et de la perspective, de lutter contre les obstacles infinis, et de tomber dans les erreurs

LA PEINTURE, LA BltODERIE, LA MOSAÏQUE 10S

inévitables d'une lechiitf[ue inconnue à l'enfant ou au | sauvage (jui les premiers raffroiilenl.

Elle a ses premières sources dans le graffile profilé |

grossièremenl dans le sable, dans l'argi-lc, dans la boue, 1

dans le bois, et en conséquence, à la rigueur, encore 1

gravure plulot que dessin: et cela aussi bien dans 1

l'espèce, oii les plus anciens vestiges de l'apL préhisto- J

rique le démontrent, que dans l'individu, chez qui le ]

prouvent les premières et plus rudimentaires tenla- !

lives euTautines, spécialement dans les campagnes, où 1

la plume et le crayon sont des instruments rares et J

superflus. Plus tard seulement, l'espace laissé entre ces |

contours graftUes, désormais beaucoup moins profonda |

et sculpturaux, se remplit des couleurs de la craie blan- |

che ou des ocres rougeùtres et jaunâtres; et les plus 1

belles céramiques étrusques, italioles et grecques, de 1

même que les premières fresques murales de tous les I

peuples aux débuts de leur civilisation artistique, ne 1

vont pas beaucoup au delà. 1

Entre ces tentatives rudimentaires et les plus I

grands chefs-d'œuvre de la peinture de la Renaissance, j

parmi ceux, bien entendu, qui ne s'adressent ni au I

sentiment ni à l'intellect ni h l'idéal (et ce sont certai- |

nement les plus nombreux), mais qui se contentent I

d'ôlre une fête pour les yeux, se déploie tout le trésor ]

de la décoration picturale, de l'ornement linéaire et J

chromatique : les mosaïques, les verreries de couleur, 1

les décorations murales en petites briques, les tapisse- |

ries, les manuscrits peints en miniature et les orne- 1

.jaents typographiques, les tissus à plusieurs fils de \

couleur, les brocarU, les tentures, les broderies, et jusqu'au tatouage des sauvages; tout ceci est du domaine de l'art pictural, et rien ne !e dislingue de l'art qu'où veut coUoquer plus haut et à part, sous le nom de vraie, do grande peinture,

Û9. — Passons aux arts du second groupe, à la série parallèle mais plus élevée qui sait rendre, mieux: que l'espace la matière et l'aspect, le temps la force el l'âme des choses. En premier lieu la musique, qui, noie amorphe, précède le geste et la parole, chez l'anima! comme che2 l'homme, dans l'expression du plaisir el de la douleur, et qui, même arrivée au sommet de son développement, ne donne, comme l'architecture, que de vagues et incertaines nuances de penser; elle est cri, elle est plainte, au commencement isolés, puis répéta monotoneraent en rythme, ensuite alternés el combinés avec d'autres cris et d'autres plaintes ou avec des bruits de toute nature, avant d'ôtre une musique véritable, telle que nous l'entendons, vocale ou instrumentale; elle commence, en effet, même chez l'homme, par de simples éclats inconscients de joie, par des cris el des battements de mains et de pieds en cadence, par des sons informes mais rythmiques donnés par de grossiers instruments découverts fortuitement, pierres et mélaus, roseaux el coquillages, cornes el membranes, armes el bâtons; tel est l'orchestre du sauvage, telle est la musique de l'enfant, pas plus parfaits, à vrai dire, que les chants des cigales el des grillons, des grenouilles et des oiseaux, dont quelques-uns parviennent à -faire, comme l'homme, de la musique irailalive, à

LA MUSIQUE INSTRUMENTALE ET VOCALE iOT

créer les images acousiiques de l'univers extérieur, à répéter les bouillonnements alternés de la mer, les soupirs secrets du veol à travers les rameaux des bois, les hurlements, les hennissements, les mugissements, les nigissemenls, les mille vois et les murmures continus de la nature vivante.

Ëlaborez, combinez, fondez ensemble tout ce maléricl iflcohorenl et divers; permettez-lui, daus la longue succession des temps à travers lesquels mûrit la civilisation et évolue l'art, de se transformer et de s'idéaliser, lui aussi; fabriquez de nouveaux instruments plus riches de notes et plus délicats de son; disciplinez le rythme, étudiez l'accord, ajustez les notes des divers instruments et les voix des divers individus ; passez de la succession rationnelle de sons uniformes en temps déterminés à celle de tons divers mélodiquement accordés, et de celle-ci à l'ensemble de notes et de timbres divers harmoniqiiement et symphoniquement associés; partagez en mesures, en strophes, en motifs, en gradations ascendantes, descendantes, ondulantes, trillantes, la série d'abord continue ou irrégnlière des sons; — et vous arriverez peu à peu, sans presque vous en apercevoir, earestanl toujours sur l'humble terrain delà musique et du chant purement sensoriels et ornementaux, aux envolées, aux roulades et aux vraies broderies de notes que crée Delibes ou que chante la Patti, aux descriptions et aux paysages musicaux de Schumanu et de Berlioz, de Rossinï etde Beethoven, de Wagner et de Verdi, qui font les délices sinon précisément du cœur et du cerveau, du moins, et exquisément, de l'oreille.

108 LES FACTEURS OBJECTIFS SENSORIELS DE L'aRT

Et ici je me demande de nouveau ; où sont les limite! entre le chant et la mimique, entre la musique et 1 danse? Au début, elles sont complètement confuses, intimemenlassociées dans l'obscure et lointaine humilité da l'origine commune; et, aujourd'hui encore, qui chanta est instinctivement porté à gesticuler, et qui entend Iq son d'un instrument, nous l'avons vu plus haut, est fortement tenté de marcher ou de danser, ou au moins de gesticuler, lui aussi.

0.Ù est la frontière entre la musique et la poésiel entre le son et la parole? entre le chant et le discours? Je sais que je puis, en sifflant, refaire une conversation entière, ou mieux, le substratura de tons et de rj'thmes qui sert de base à la parole humaine ; que je bats du pied, comme le rylhme orchestral, aussi la métrique. ailée d'une ode ; que du récitatif du mélodrame à l'e: phase de la déclamation, la transition est imperceptible ; et que j'ai éprouvé plus d'une fois, en entendant jouer d'un instrument, l'impression d'une véritable conversation,

50. — Nous voici, en attendant, au second art du groupe, moins indéOni et plus directement significatir, qui est à la musique ce qu'est la sculpture à l'archîleoture, et qui constitue presque une sculpture en action : la danse-mimique. Les mouvements du corps, les ge du bras et de ia main, les signes de tête, l'agitation de la queue, la contraction des muscles de la peau et le dressement des plumes et des poils, le froncement du front, le sourire, le frémissement, l'animation variée des lèvres et du visage, l'éclat, l'éteignement, l'écarquil-

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