INDÉPENDANCE DE LA PSYCHOLOGIE
» racité, et le sens du juste et de l'injuste On
» cherchera en vain un organe particulier pour lému- » lation ; et un autre pour Taraour des louanges, etc., un 1) autre pour Taniour lilial , etc. )>
S 3. —Antériorité et indépendance de la psychologie à l'égard de l'organologie.
Je répliquai dans les termes suivants :
22 février i832.
(f Monsieur,
» Vous avez eu raison de croire que je n'admettais pas » sans réserve la classification du docteur Reid. En vous » présentant une esquisse de son plan , j'ai eu seulement » pour but de constater qu'on reconnaissait des facultés » multiples et spéciales, dans une philosophie qui était )> encore enseignée avec éclat à Edimbourg par l'organe )) de Dugald Stewart, au moment où le docteur Gall » commença ses recherches
)) Vous me faites observer , IMonsieur, qu'on cherche- » rait en vain des organes spéciaux pour l'émulation et » pour l'amour dès louanges, etc., c'est donc à dire que )) si vous n'eussiez pas trouvé d'organe pour lamour de )) Tordre, par exemple, vous n'auriez pas admis cette fa- » culte dans l'esprit humain ; et que vous auriez rejeté » de même l'amour dos enfants, l'amour du sexe , etc. , » à défaut de la découverte d'un siège spécial. Mais » veuillez remarquer que si les observations morales )) par lesquelles vous démontrez si bien la spécialité de la )• faculté dont vous avez trouvé l'organe , n'avaient au-
M iM)KPKM)v\'cr:
» cune valeur avant cette découverte, elles n'en ont » aucune après. Cest seulement à la condition de valoir » quelque chose , abstraction faite de la question orga- » nique , quelles pourront vous servir de point de dé- )) part, pour chercher lorgane et de preuve pour le faire )) admettre, quand vous l'aurez trouvé ; si au contraire ces >• observations sont incapables d'être sohdement assises » par elles-mêmes; si le oui et le noti sont également )) probables à leur égard ; dans leur état d'incertitude, )) elles ne permettront pas que vous assigniez un siège )) certain à une faculté incertaine; et quand vous voudrez, » à laide des obseivations morales, prouver l'existence » delorgan.', elles n'auront aucun crédit sur l'esprit,
■ et entraîneront dans leur ruine ce que vous voulez » leur faire démontrer. La question psychologique ou » morale est donc tout à fait distincte de la question or- )) ganologiqii€.
» Dans votre dernière leçon, vous avez démontré par » l'observation psychologique et par l'histoire , qui n'est » que la psychologie en grand , la différence du senti- » ment moral et du sentiment religieux, et alors vous » avez pu faire admettre dans le cerveau deux organes » distincts, correspondants à ces deux facultés. Mainte- » nant, supposons que vous n'eussiez pas trouvé d'or- )» ganos pour ces deux facultés, ou que vous n'en eussiez » trouvé (jn un seul, il faudrait donc rayer de l'esprit » humain le sens moral , et le sentiment religieux , ou » n'eu faire qu'un seul principe.au mépris des ensei- » gncmcnl.s ^W Ihisloin' et (lelexpérlcnce psychologique.
■ Mais si vous méconnaissez ainsi la vérité psychologique » à cause du cerveau , ne soyez pas étonné que d'autres » la méconnaissent malgré le cerveau. Celui que vos dé-
i)K i,\ psvriioi.oGii:. 27 .
)) monslralions psychologiques n'auront pas convaincu )) de la (iistinclion du sentiment moral et du sentiment )) religieux , s'il est bon logicien , ne se laissera pas con- » vaincre par votre démonstration crdniologique , ou )) bien il ne sera pas diiïicile sur le choix des preuves.
)) Quant aux hommes chez lesquels la faculté morale » est étouffée par linlérét personnel , depuis long-temps » la philosophie les met hors du débat. Nous savons très- » bien qu'on ne peut pas prouver l'existence de la lumière )) à l'aveugle. Ceux-là ne comprennent pas le mot de » inoralitê , parce qu'ils n'ont pas idée de la chose. Or, » ils ne le comprendront pas davantage lorsqu'on leur )) montrera une partie du cerveau à laquelle on appli- )) quera ce mot , de même qu'en faisant palper lœil à )) laveugîe, on ne lui fera pas comprendre le jour.
)) Entîn , si des philosophes ont nié l'existence du sens )) moral , c'est qu'emportés par l'esprit de système ils ne » se souciaient pas beaucoup de l'observation. Qui mê- )) prise l'observation du moral; ne tiendra pas plus de )) compte de l'observation du physique. Ceux-là ne se » laisseront pas convaincre par la cràniologie, car il ne )) leur en coûtera pas beaucoup , dédaigneux qu'ils sont )) de l'expérience , de vous nier la relation du physique » et du moral, et surtout eu un point où le moral aura )) échappé à leur intelligence. Le moral et le physique )) sont deux éléments qu'il faut constater chacun de leur » c6lé pour en établir la relation : l'un ne peut servir à )) prouver l'autre.
)) Il ne faut pas espérer que la phrônologie soit appelée )) à vider la querelle entre les philosophas. L'esprit de )) système est la cause de tout dissentiment. La zoologie » ou la classiûcation des animaux par leurs qualités
tK I^DkPE^DA^CE
)» cxl(^ricurcs est la plus claire et la plus observable de » (r)iiU'S les sciences, et cependant elle est mainlenant » détliirëe par le débat de deux savants illustres. La )» crAiiiolofîie a été , est encore et sera comme toutes les » autres études , en proie aux dissentiments de ses secta- » leurs; elle doit donc perdre encore à ce titre la pré- » tcnlion de morigéner les autres branches de connais- » sances.*
« On peut même dire quelle est en ce moment cn- » pa;:ée dans une fausse voie , puisqu'elle fait* la preuve )' du I n o/a l \M\r \v jjft) siquc , et la preuve duphysique )) jtar le moral , ce qui est un cercle vicieux. Ainsi je » crois qu elle a tort de rejeter lamour fdial , comme » principe particulier, parce qu'elle ne lui trouve pas )' d organe dans létat actuel de la science. Les faits mo- )' raux (|ui prouvent l'amour fdial sont tout aussi nom- » breux , tout aussi caté;];ori(iues que ceux qui prouvent » lamour paternel , et dût la crâniolopie ne jamais dé- » couvrir d organe à cette faculté, cela ne prouvera » même pas la //t»//-cxii7r/îce de l'organe , bien loin de » démontrer la non-cxistcnce de la faculté. L'observa- » lion de la vie pratique mobligc encore de regarder » linstinct de véracité comme distinct de la notion du » juste et de linjuslc. Lenfant dit la vérité bien avant « de posséder l'idée de justice, et d'apercevoir le rapport » de la justice à la vérité. Si un penchant naturel ne le » portait, dans lecas où le déguisement est pour lui sans •' inlénH, à préférer lavérilé, il dirait aussi souvent le »> faux que le vrai. L observation morale me fait aussi • distinguer le désir de supériorité davcc lamour des '• louanges. Celui qui aime la louange manque dindé- >» pcndance; son bonheur est cotre les mains daulrui ;
i)i: i.A i'.sYr.rioi.O(;it:. 90
» relui qui sent le (UViide primer pourrait s«' fonlenlcr » (le sa propre estime ; il est orilinairement fier et mruuî « quelquefois orj^ueilleux. C est ce désir de suiM-rio- » rite que Rcid distingue avec raison , selon moi , de » l'amour des louauf^es. Je puis me tromper, mais ce » ne sera que par des observations morales ou psyclio- )) logiques qu on me fera reconnaître mon erreur. Si j ai » méconnu un fait moral, la présence d'une circonvolu- » tion du cerveau ne m'en donnera pas l'intelligence , et » si j'ai supposé une faculté qui n'existe pas , l'absence » prétendue de l'organe me fera croire que l'organe reste )) encore à découvrir : c'est seulement sur le terrain des » faits psycholoijiquÇs que je puis être battu. »
Ainsi, la prétention de la phrénologie est que la connaissance de l'homme moral résulte de la connaissance du cerveau , que le métaphysicien doit demander aux anatomistes et aux physiologistes les preuves positives de ses assertions (1), que la philosophie de l'entendement humain et la philosophie morale sont fondées sur la physiologie du système nerveux , et en dérivent leurs preuves incontestables (2) , prétention qui éclate dés le titre du principal ouvrage français de Spurzheini : Observalions sur la phrénologie , ou Connaissance de F homme moral et intellectuel fondée sur les fonctions du système nerveux.
Ailleurs, Spurzheim dit encore : « La phrénologie •» rectifiera les systèmes philosophitiues sur la nature )> humaine ; elle étabhra une philosophie ou psychologie )) positive et invariable, tandis que jusqu'à présent la
(1) Obsen'. sur la plirin. inlr., \H.
•^{i) Ibid., p. 360.
30 1.>DÉPKNDANCE
» philosophie de I homme a varié d'après les pays , les )) temps et les individus qui l'ont cultivée (1). )> Nous ne ferons ici qu'uue courte ohservation : c'est que la phrénologie, qui prétend à liramobilité a varié déjà deux fois : la doctrine de Spurzheim n'est plus celle de Gall, et celle de Spurzheim est déjà modifiée par les successeurs de ce savant , en Ecosse , en Irlande, et même en France.
Le docteur Gall avait admis des organes spéciaux pour la musique , la poésie , la mécanique , la ruse , la métaphysique ; il avait refusé un organe particulier au sens de la justice et au sentiment de Tespérance ; il avait coupé en deux la faculté du langage, plaçant d'une part la mémoire des mots , et de l'autre* Tintelligence grammaticale ; enfin il avait supposé qiïe le même organe agissant de deux manières différentes;, inspire à rhonime Torgueil et à l'animal le désir de monter sur les lieux élevés. Spurzheim a fait remarquer que plusieurs facultés différentes sont nécessaires pour former le bon Diusicien, entre autres, la mémoire de la durée et le goût de la mélodie (2) ; que le terme de poésie comprend trop de choses pour exprimer l'action d'une faculté simple et primitive (3) ; que Ihabileté mécanique dépend de plusieurs principes (V) ; que l'aptitude métaphysique se compose d'un certain nombre de facultés supérieures (5) ; que la ruse cstwn résultat fort complexe (G) ; que la notion du juste ne peut se confondre ni avec le sentiment
(1) Manuel de phr/n., 18:12, p. 09.
(2) Ohserr. sur la phrtn., p. 298.
(4) IM , Intr. XVÎÎ.
(0) iùid , p. 182.
DK I.V PSYCHOLOr.IK. 31
religieux , ni avec le sentiment de la bontc^ , et que le repenlir se dislingue du regret (1). II a mis en avant que l'espérance n'est pas en proportion du désir, ni par conséquent de l'activité des autres affections, et qu'elle forme une disposition particulière (2). Il a pensé que l'esprit philologique uest qu'un degré supérieur de la faculté, dont la mémoire des mots est le mode inférieur (3). Enlia il s'est prononcé fortement contre une faculté qui , seulement physique dans l'animal , deviendrait à la fois physique et morale dans l'espèce humaine , et lui inspirerait en même temps l'amour des montagnes et l'orgueil. J'en appelle à tous ceux qui sont au courant des débats phrénologiques : pour opérer toutes ces réformes, dont plusieurs sont légitimes, Spurzheim n'a pas eu recours une seule fois à la démonstration organologique; il sest toujours tenu sur le terrain de la pure psychologie. Ainsi , pour rejeter la distinction établie par Gall entre l'organe des langues et l'organe des mots, Spurzheim n'a pas comparé les tètes de ceux qui retiennent les mots sans pénétrer l'esprit des langues , aux tètes de ceux qui entendent la philosophie du langage sans retenir les mots ; il a seulement considéré que rintelligence philosophique des langues peut se rapporter, soit aux facultés qu'il appelle comparaison et causalité , soit à un degré supérieur de la faculté des signes , car il a varié sur cette explication (i). Ainsi encore il distingue avec raison la conception ou la représentation idéale d'un objet absent , et
(1) Jhid., 199.
(2) Ibid., p. 20G.
(3) Ibid., p. SOO.
(i) Ibid., p. 300, 30t.
le jugement qui déclare que cet objet nous a déjà é(é connu ; et il rapporte ces deux phénomènes à deux facultés dilTércnles (1). Or, il ne se décide ici par aucune considération organique; il ne cherche pas à prouver que ceux qui remplissent involontairement leurs ouvrages de réminiscences , et qui ainsi se représentent des objets qu'ils ont déjà connus , mais qu'ils ne reconnaissent pas, ont tel ou.tel organe moins développé que ceux qui n ont pas la même infirmité de mémoire : il se contente de considérations purement psychologiques. Il a essayé , comme il s'en rend le témoignage à lui-même , de réduire à des forces primitives les caractères et les actions des hommes , et de démêler les facultés vraiment fondamentales (2), et dans cette tentative, il n'y a et il ne pouvait y avoir aucune démonstration organologique. Au sujet de la faculté à double face supposée par le docteur Gall , Spurzheim a dit en propres termes : « De ce )) que la même partie cérébrale se trouve développée » dans les hommes orgueilleux et dans les animaux qui » habitent les hauteurs, il n'en résulte pas que l'organe » soit le même dans les deux espèces : il peut y avoir à )) la même place un organe différent (3). » Dans ce cas non-seulement notre auteur ne démontre pas la faculté psychologique par l'organe , mais il résiste à la preuve qui semble résulter de l'organe. Aussi le docteur Gall eut beau montrer uu organe de la poésie , dont tous les pbrénologistes admettent la présence dans les poêles, un organe de la métaphysique , et un organe de la ruse
(I) Ibid., p. 332.
(8. liid., Inlr. XXII et p. 313,
(3) Ibid., p. UO.
DK LA PSVniIOLOr.IE. 3S
que les plirénologisles ne refusent pas de voir, l'un dans lespliilosophcs, l'autre dans les hommes rusés : Spurzheim n'a pas tenu compte de cette démonstration ; il a donné à ces organes d'autres emplois; il a changea priori les vues psychologiques , malgré les prétendus faits organiques que lui opposait le créateur de la science. Nous ne comprenons donc pas comment il a pu prétendre que les considérations psychologiques , qu'il appelle le raisonnement, ne réfutent aucun fait organique : il a montré lui-même que le fait organique n'a de valeur que s'il correspond à de légitimes considérations psychologiques (1). Nous ferons observer en outre qu'il admet des facultés dont il n"a pas encore reconnu l'organe. Ainsi après avoir constaté l'instinct qui fait choisir aux animaux leurs différents gîtes, il ajoute qu'on ne peut que difficilement déterminer le siège de cet instinct, parce que l'organisation des animaux terrestres et celle des animaux aquatiques ne peuvent être comparées (2). Il pose donc ici l'existence de la faculté autrement que par l'observation de l'organe. Il en use de môme à l'égard de la disposition à l'attachement , qu'il regarde comme certaine , quoique le siège lui en paraisse difficile à déterminer (3). Quant à l'amour maternel, il va jusqu'à retourner la proposition phrénologique. « L'expérience , » dit-il , prouve la spécialité et lindépendance de ce sen- )) timent et la nécessité d'un organe (1). » Ici il ne conclut pas de lorgane à la faculté, mais de la faculté à l'organe , ce qui est la seule marche légitime. INo.us nous
(1) Ibid.,^. 315.
(3) Ihid., p. 150.
(i) Ibid., p. loi.
34 1NDÈPEND\NCE
appuierons enfln sur l'aveu suivant : « On ne peut rien » conclure de l'inspection des diverses parties du cer- » veau , relativement à ses fondions (1). « Ces mots laissent ('"videmmcnt à lobservalion psychologique toute la prééminence que nous réclamons pour elle , et sont en contradiction formelle avec la prétention de fonder la philosophie de Icnlendement humain , et la philosophie morale sur la phVsiologie du sj stéme nerveux , et de « renvoyer le mélaphysicien à l'école des aualomisles et » des physiologistes , pour leur demander des preuves in- )) contestables de ses assertions (2). »
Le docteur Galî n'avait pas tout à fait autorisé ce dédain de l'organologie envers la psychologie. Ignorant les travaux des plus modernes psychoîogistes , il avait regretté de trouver la psychologie dans un état si imparfait, mais il en avait senti toute l'importance, et nous en citerons poj^r preuve de nombreux passages sortis de sa j)lnnie. C'était à lui que Spurzheira avait emprunté celte vérité : « On ne peut deviner les fonctions des par- » tics du système nerveux daprés leur structure (3). »
« Plusieurs philosophes et physiologistes , poursuit-il , » convaincus par les phénomènes physiologiques et pa- » lliologicjucs qu'il doit y avoir des organes particuliers » pour les (iilVérentes facultés de rûmc , se sont vus cn- )) traînés par les erreurs de la philosophie reçue , à cher- )> cher des organes pour l'instinct, la passion, l'attention, )> rcnleiidemcnl , la mémoire, le jugement, la raison , ). rimagiiialion I\Jais ce sont là des propriétés com-
H) /''i<l., p. 8:}. (2} M»/., Iiilr., VII.
(3) l*f vol. i"., p. \\V.
DR LK PSYCnOI-Or.IF. 35
» mimes à toutes les facultés de l'àrae et non des qua- •» litôs spéciales. Ou cherchait donc des conditions ma- » térielles pour des choses qui ne peuvent pas avoir
» dor^^anes particuliers 11 était impossible de faire
» aucune découvcjle organolop^iquc avant d'avoir dirigé » son attention sur les qualités primitives et foudamen- » talcs de 1 ame (I).^)
Ce n'est donc point l'organoloçiie qui peut déterminer les qualités primitives et fondamentales de l'àme, puisque , de l'aveu de Gall , la connaissance de celles-ci doit nécessairement précéder toute découverte organologique.
Quant à cette philosophie renie qui prenait des prol)rié(és communes à toutes les facultés pour des facultés spéciales, c'était la philosophie française, et elle ne devait pas arrêter des organologistos allemands. La philo-. Sophie écossaise eût été pour eux un meilleur guide. A cette époque , au contraire , celui qui aurait voulu faire une bonne classification des minéraux aurait dû prendre pourpoint de départ la chimie française, de préférence à toutes les chimies diri'cste de l'Europe , et il n'aurait pas été admis à se plaindre des erreurs de la chimie reçue encore en Allemagne. Il faut saisir la lumière où elle est. D'ailleurs, la phrénoîogie est revenue à considérer comme des facultés spéciales quelques-unes de ces prétendues propriétés communes. jNous verrons Spurzheira attribuer à ïiudividualiLc la faculté de distinguer les objets externes d'avec nous-même , et ainsi rétablir la faculté spéciale de perception. Nous verrons M. Combe dans la conceutraiivité {T} , essayer de relever X attention
(1) pf vol. Inlrod., p. 25.
(2) Ncufcnu Manuel traduit par M. Foîsaii, p. 5S.
coranie faculté spéciale, et, ce qui pis est, non pas la vélilablc allenlion, ou rallcnlion libre; mais une attention pnssii'c, comme celle de Condillac, c'est-à-dire une contradiction. INous verrons Spurzhcim encore, en distinguant le souvenir des actes duwoi, qu'il attribue à l'organe de révetitualifé, d'avec le souvenir des objets extérieurs, (lu'il rapporte à d'aulrcs organes, reproduire la distinction des pbilosophes entre ce qu'ils appellent la mémoire, et lesconceptionsou représentations mentales, et réhabiliter ainsi la faculté spéciale et indivisible delà mémoire. Nous N errons enfin que la cotnparaison , la causalité vX Xidcaliic du mùme auteur ne sont rien autre chose que le jugement, la raison et lïmaginalion de cette philosophie généralement reçue qu'on refusait de prendre pour guide. En établissant ce parallèle, je ne prétends pas soutenir que l'attention, le jugement, la raison et l'imagination sont des facultéssimples et spéciales, mais que la phrîinologie a reproduit les mêmes facultés sous d autres noms, et est par conséquent tombée dans les erreurs quelle reproche à la philosophie française.
Ce que nous voulons faire admettre , en elVet, ce n'est pas qu'il f.iillc prendre pour point de déjjaii de l'organologie telle ou telle psychologie toute faite, sansy changer un mot, c'est seulement qu'il faut établir une bonne psychologie pour arriver à une bonne organologie; que la première ne dépend pas d(; la seconde, qu'elle peut et doit se faire par des i)ro(édés qui lui sont propres , c'està-dire par lobservation intime de soi-même, confirmée par l'observation des autres , et je continue de m'autoriser, à cet égard , des aveux du fondateur de l'organologie.
« Notre commerce avec \\\\ grand nombre d'hommes »• distingués, et la recherche de leurs qualités prédomi-
DE lA PSYCHOI.OniF.. 37
» nantes nous ont fourni les idées les plus lumineuses )) sur la nature des connaissances humaines (1). .
» Au début de mes recherches , j'ai dit mille fois à mes )) amis : Faites-moi connaître les qualités et les facultés )) fondamentales, et je vous en découvrirai les organes (2),
» J'avoue qu'il y a plusieurs organes dont je ne connais )) pa?t encore la faculté primitive , et je continue de les )) nommer d'après le degré d'activité qui me les a fait )) découvrir (3).
» Il existe des qualités ou des facultés dont je ne suis )) pas en état de dire si ce sont des forces fondamentales )) propres, sui geueris , ou bien s il faut les considérer )) comme des modifications d'autres qualités ou facultés, » ou bien comme le résultat de l'action de plusieurs forces )) fondamentales {U). »
Gall examinant quels sont les meilleurs moyens d'arriver à fonder la science des rapports du physique et du moral , préfère la méthode qui part de l'observation du moral , trouve les facultés, et en cherche les organes, à celle qui partirait de l'observation [organologique , trouverait les protubérances et en chercherait la destination (5), et il conclut ainsi sur ce sujet : « Ce n'es )) qu'après avoir déterminé les qualités et facultés foc )) damentales que je puis présruner d'après quelles loi » le cerveau doit être organisé et ses parties disposées. . . )) Ainsi donc , nous sommes redevables de l'anatomie )) du cerveau à sa physiologie (c"e?t-à-dire à la psycho- » logie ) , et nullement de sa physiologie à son anatomie,
(1) Gall, I"" vol , in-i», p. 27.
(2) Gall, 38 vol., p. XIX.
(3) Jbid.
(*) se vol., p. 58.
5) se YOl.,p. 61-i.
i9 INDK.t'ENDANrE
)» coninio quelques au(eurs voudraient le soutenir (1). »
Aussi alTunie-f-il psychologiquement que la sociabilité, le mariage et l'attachement individuel ne peuvent dériver du m^me principe , quoiqu'il n'ait rien trouvé encore dans lorganisine qui appuie cette assertion (2). Loin déprouver, comme quelques-uns de ses successeurs, une ridicule horreur pour le nom de psychologie , il l'emploie très-souvent lui-même par opposition à celui d'organologie (3).
En définitive , il résulte de tout l'ensemble des écrits de Gall qu'il a parfaitement senti la différence de la psychologie et del'organalogic , l'indépendance et l'antériorité de la première , et qu'il n'a voulu faire de réaction que contre la psychologie étroite et fausse des philosophes français du XYIIP siècle, la seule dont il eût connaissance, comme on peut le voir noiammcnt dans sa polémique à propos-du sens moral et du sentiment religieux {h).
Mais les successeurs de Gall n'ont pas son excuse; la plupart connaissent les travaux des philosophes écossais, ou savent au moins qu'ils existent , et leur prélention qu'en dehors de la phrénologie il n'y a pas de sahit pour la connaissance de lliommc intellectuel et moral , n'est liiiis (|u un entêtement frivole peu digue de la gravité des sciences.
]M. C.eorgos Combe , Écossais , vivani à Edimbourg au centre de la jdiilosoijliie écossaise , est moins excusable (junn autre de cet engouement inconsidéré. «Plu-
(1) 3" vol., p 71.
(i) 3' vol., p. lOG-177.
{:») i' vol:, p. lOH, i\C, cl pa^ùm.
{i, *• vol., p. 'i'il
DK i.\ psvciioLor.it;. 39
)) sieurs phénomènes moraux, dit cet auteur, (pii êlaient )) des énigmes complètes pour les anciens niélapliysi- » ciens, sont expliqués par ce principe. Le docteur Adam )) Smitli , dans son chapitre , de liiijluencc de laj'or- )) lune sur les sentimenls du genre liuniain relaLiv'C~ )) ment au mérite et au démérite des actions , étahHt » le cas suivant : Une personne jette une grosse pierre )) par dessus la nuiraille dans la rue , sans avertir ceux M qui passent et sans regarder où elle peut tomber. » Si elle tue quelqu'un, le châtiment sera sévère; si » elle tombe sur le pavé sans faire mal à personne, la même )) punition nous révoltera , quoique nous la regardions » comme juste dans le premier cas , et cependant le délit )) est le même dans les deux exemples. Le docteur Smith )) n'explique pas ces dilTérences de détermination mo- » raie; le phrénologiste , au contraire, cherche à les » faire comprendre : Si la pierre tombe sur un malheureux » passant , la bienveillance est indignée chez le spcc- » tateur; si le blessé a une femme et une famille , la phi- » logéniture et raffeclionnivité sont olTensées, leslimc » de soi et la circonspection sont également irritées par )) l'idée que nous aurions pu partager le même sort. . . . )) Dans l'autre cas , lorsque la pierre tombe à terre et ne » blesse personne , les seules facultés mises en jeu sont )) rintelligeuce , la conscienciositô , et probablement la » circonspection , etc. )>
Le livre d'Adam Smith , intitulé théorie des sentiments moraux , est précisément destiné à donner l'explication des jugements semblables à celui qui précède. Ce philosophe fait le tableau des sentiments humains, et montre ceux avec lesquels sympathise le spectateur désintéressé , et ceux qui n'obtiennent pas celte sympathie.
iO ' INDÉPENDANCE
Parmi les premiers, il range la bienveillance en général, ranioiir paternel, ramiliê , etc. L'acte qui blesse l'une de ces allectious est déclaré immoral par le spectateur désintéressé , parce que celui-ci se met à Tunisson des sentiments qui ont été olTcnsés ; si aucune de ces aflections n'est en souIVrance , l'acte est regardé comme inditTérent. En conséquence , sur le fait particulier de la pierre jetée par inadvertance , Adam Smith eût donné une explication à peu près semblable à celle que propose M. Combe , et il est singulier que cet auteur trouve ici un mystère inexidicable pour les anciens métaphysiciens.
M. A imont , tout en professant aussi que « l'étude )) de l'organisation et des fonctions du système nerveux, » est la seule base de la meilleure philosophie (1) , » ne laisse pas moins échapper des aveux et des preuves de l'indépendance et de la priorité de la psychologie. « 11 )> est impossible , dit-il , pour les personnes versées dans » l'histoire des actes de l'esprit humain , de confondre la » faculté que je désigne sous le nom de i^use avec celles » qu'il me reste à décrire. Les personnes étrangères à la )) vraie connaissance pj/c/io/og-iV/Mc des actes cérébraux » confondent cette faculté avec l'intelligence et la pénê- » tration (1), n
C'est donc ici à la psychologie qu'on en appelle et non à la phrénologie dans sa partie purement organologique. Il est évident , en elTet, que la vue de deux circonvolutions dirrércntes ne fera jamais comprendre la dilTérence entre la ruse et la pénétration à celui qui n'aurait pas rinlclligenceet pour ainsi dire le sens des faits intimes,
(1) Trnitr ,U phrénoh£ic, !!« VOl-, 28.
(2) 2» TOL, p. 101
DE LA PSYCIIOI-OGIK. 41
et no pourrait pas démôlor en lui-môme, par la réflexion , c"esl-à-tlire par le proeédé psychologique, une pensée d'avec une pensée , un sentiment d'avec un autre.
Le même auteur décrit fort bien l'eiTroi inslinclii" d'un animal pour les bruits inattendus, les apparitions soudaines , etc. , et il cherche ensuite à quel organe il doit rapporter cet instinct. 11 hésite entre l'organe de la ruse, celui de la circonspection et un organe spécial qu'il proposerait d'appeler organe de la conservation (1). Les motifs de son hésitation sont tout à fait psychologiques : il voit fort bien que la peur subite ne ressemble ni à la ruse ni à la prudence. SI les faits organiques lui paraissaient montrer que la peur et la ruse appartiennent au même organe , il ferait bien de se défier ici de ses observations organoîogiques , à moins d'admettre que la môme cause produit deux elîets diiVérents, ce qui détruirait le fondement des sciences d'observation ; ou bien il devrait supposer que ces deux elîets appartiennent au moins à deux parties différentes du même organe , ce quireviendrait à reconnaître deux organes voisins , tant la psychologie est la règle et la mesure de l'organologie.
M. Vimont, à l'exemple de M. Combe, établit une faculté qui concentre l'action des autres facultés (2) ; il la rapporte à un organe voisin de celui qui détermine ranimai et l'homme au choix de tel ou tel séjour. Mais M. Combe prétend que c'est le même organe qui produit les deux efiets. Gall avait attribué à celte parlie du cerveau un cumul d'un autre genre : c'était le sentiment de l'orgueil , et l'amour des montagnes ; et
(1) I" vol., p. 10-2, 2-^ vol., p. IGO.
(2) 2« vol., p. 210.
Spurzlieim, en séparant l'organe du choix de Ihabitation d'avec celui de l'orgueil , rejeta l'organe de la concentration. Que devient la prétendue certitude de l'observation du cerveau au milieu de ce conflit des organologistes? Ne se réfugic-t-on pas ici avec plaisir dans l'évidence psychologique ? Quoi qu'il en puisse être des organes, il est clair que le choix do Thabitation n'est pas lorgueil , et que la concentration n'est pas le choix de Thabitalion.
Aussi M. Almont , pour arriver à la comparaison des races entre elles, emprunle-t-il à l'un de ses amis un portrait des nègres de nos colonies , portrait qui n'a rien de phrénologique ou dorganologique, qui est tout entier de pure psychologie, et auquel cependant il ajoute pleine confiance (1).
]M. le docteur Broussais, qui est venu récemment apporter à la phrénologie l'éclat de son illustration personnelle, adresse, de son côté, aux psychologistes, des reproches qu'ils ne méritent pas , et qu'il se charge luimême de réfuter dans d'autres parties de son ouvrage.
Après avoir rappelé les théories de Malebranchc, Berkeley et David Hume , sur la manière dont nous connaissons le monde extérieur, « la phrénologie , dit-il, » est nécessaire pour mettre un terme aux divagations )) des psychologistes. En elTet, la conviction de l'existence » des corps , établie sur la faculté de les percevoir, est ■)) inhérente à notre nature ; c'est un fait primitif incon- » teslable , iiie\|)liqué, inexplicable;, mais qui explique » les mouvements, les actes de la vie soit instinctifs,
(I) Traite at /ilirin., p. 503.
OK LA l'SVCHULOGIK. (3
)) soit réflécllis : considérons- le donc à part, comme un )) principe sur lequel nous pouvons fonder nos raison- » nements ultérieurs (1). Or cette phrase n'est que le résumé de la théorie célèbre du psychologiste Thomas Reid, sur la perception extérieure, théorie où l'on trouve en propres termes : k La perception contient une con- )) viction irrésistible de lexistence actuelle de son objet; » cette conviction est immédiate et non TeiTet du rai- » sonnement (2). »
(( Comme on a constaté , poursuit M. le docteur )) Broussais , que c'est par l'odorat dont les ouvertures » avoisinent la bouche , qu arrive au cerveau de l'animal j) la perception des différents aUments on a été porté à » conclure que dans cette perception est comprise la « faculté de distinguer ce qui convient et ce qui doit )) être rejeté. Gela est au-dessus de tous les raisonne- )) ments à priori des psychologistes, qui ne devineraient » jamais ce phénomène en observant le jeu intrinsè- )) que de leur moi (3). » Et l'on trouve textuellement, dans Thomas Reid : « L'organe du goût garde l'en- « trée du canal alimentaire , comme l'organe de l'o- )) dorât garde rentrée du canal de la respiration. La )) position de ces deux sens fait que tout ce qui passe » dans lestomac subit un examen scrupuleux de leur )) part , et il est évident que la nature , en leur donnant )) ce poste, les chargea de distinguer les aliments sains » d'avec les aliments vicieux. Les brutes nont pas d autre » guide dans le choix de leur nourriture ; et si Ihorame
(1) Cours de phrén., p. iO.
(2) 3» vol., p. 125, et le 2^ tout entier.
(3) Cours d< phrén., p. 228.
)) était dans l'état sauvage , il n'en connaîtrait pas » d'autre (1). »
Dugald Stewart a mis beaucoup de soin et de talent à faire reconnaître dans notre organisation un sentiment naturel du ridicule qui fournit les épigrammes , les bons mots, les satires ; « Le ridicule a pour objet propre et •» naturel , ces légères bizarreries dans le caractère et les
» mœurs qui ne soulèvent pas l'indignation morale
» Le sentiment du ridicule est un des caractères les plus » remarquables de la constitution humaine , et l'un de » ceux qui la distinguent de celle des brutes (2). » L'écrivain phrénologiste s'écrie cependant, à propos de la causticité : « Jamais les psychologisles n'auraient songé à )) établir une semblable faculté; c'était une qualité ou )) un travers de l'esprit, mais à quoi tient ce travers nous » l'ont-ils appris (3) ? »
A propos des signes extérieurs par lesquels se manifestent nos sentiments et nos pensées, le même auteur ajoute : « Tous ces faits doivent encore être rangés )> au nombre de ceux que messieurs les psychologistes » n'auraient jamais devinés (i). )) Et cependant, Reid a consacré plus de vingt pages à la description de la faculté du langage naturel « qui, dit -il, appartient aux )> brutes elles-mêmes, et qui contient pour éléments : » r Les modulations de la voix ; 2° les gestes ; 3" les » traits du visage ou la physionomie (5). »
(1) i« vol., p. 79.
(2) £3qiiiists, p. 113-t, et facultés actives, 1er yo).^ p. 329.
(3) Court de phr/n., p. 448.
(4) Jhid., p. lui.
(5) 2» vol., p. 89-9a-34i; 6« vol., p. 118-123, 0» vol.; p. 27.