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SOUS-DIVISION DES FACULTÉS INTELLECTUELLES

(( Genre I. Sens extérieurs. ))

({ Genre II. Facultés perceptives. ))

« Genre III. Facultés réflectiues. )>

Si les sens extérieurs ne sont, comme le dit Spurzheim en certains endroits , que des conducteurs d'impressions, ils ne doivent pas figurer parmi les facultés intellectuelles. Mais en d'autres passages de ses écrits, il représente les sens extérieurs comme les véritables facultés perceptives, et réserve les organes cérébraux à d'autres fonctions , doctrine qui était aussi celle de Gall.

D'après cette seconde théorie, les facultés du genre II ne peuvent être nommées perceptives sans faire double emploi avec celles du genre I.

42G COiVCLUSIO:S.

Spurzheim dit quelque part que la perception est le premier degré de toutes les facultés iatellectuelles. Les facultés réflectives sont donc aussi perceptives? Comment le genre III se distingue-t-il alors du genre II?

La comparaison et la causalité , qui composent le genre III, ne sont pas des facultés spéciales ; une partie des phénomènes que la phrénologie leur attribue appartient à la faculté inductive , qui fournit une idée nouvelle, celle de la stabilité de la nature, et qui, par conséquent, n'est pas une faculté réflective.

Les facultés d'imagination et les facultés de raison (1) ne sont pas non plus des facultés réflectives , puisque leurs produits ne proviennent pas d'un travail sur les données des autres facultés.

(c SOUS-DIVISIOiN DES FACULTÉS PEBCEPTIVES. )) (( Indii^idualité. ))

Cette faculté ne peut demeurer ni comme critérium de l'objectivité, ni comme produisant l'idée de substance ou la concentration des qualités en un seul sujet. L'organe que Spurzheim lui attribue appartient probablement à la mémoire du toucher,

(( Configuration. ■»

La notion de la forme suppose la mémoire des différentes limites d'une étendue. La faculté de configuration est donc une faculté mémorative et non une faculté perceptive.

(I) Voy. le pressent ouvrage, Z^ partie, chap. III el IV.

N'y a-l-il pas lieu de distinguer entre la mémoire de la forme tangible et la mémoire de la forme visible ?

« Etendue. »

Toute perception donne une étendue : le toucher et la vue ne saisissent pas un point indivisible. En dehors des sens extérieurs , il ne peut être question que d'une mémoire de l'étendue.

L'organe dont il s'agit ici sera celui de la mémoire de l'étendue visible, si l'organe dit de Vindwidaalité appartient à la mémoire de l'étendue tangible.

« Pesanteur. ^^

La perception de la résistance et de la pesanteur n'a lieu qu'à l'aide de la faculté motrice. Cette faculté, qui se distingue des facultés intellectuelles et des facultés affectives, doit figurer dans un ordre à part. Elle ne peut avoir son siège parmi les organes des diverses espèces de mémoires. Nous avons donné les raisons qui nous font croire que ce siège est dans les lobes moyens du cerveau.

K Coloris. »

Il y a lieu de distinguer entre la perception, la mémoire, le goût et limagination du coloris. Nous avons vu que ces fonctions ne sont pas les degrés d'une seule et même faculté, et. qu'elles ne peuvent résulter d'un même organe.

COiNC.LUSION.

<( Localité. »

La mémoire des lieux n'est que la mémoire des dimensions et des formes déployées sur une grande échelle; elle ne demande pas d'organe spécial. Les antres phénomènes attribués par la phrénoiogie à la localité sont du même genre que les faits attribués à la faculté à'habitatiuité, dont l'organe serait mieux placé dans la partie antérieure du cerveau, parmi les mémoires des dimensions , des formes et des couleurs , que dans la partie postérieure, au milieu des affections pour les êtres animés.

L'organe dit de Vkabitati^ité demeurerait donc libre pour Famour des habitudes, que certains phrénologistes y ont déjà localisé.

« Calcul. ))

Le talent du calcul se compose à la fois de la mémoire du nombre et du goût pour les combinaisons que cette mémoire nous permet. 11 y a donc ici une faculté â la fois intellectuelle et affective.

(( Ordre. »

D'après la définition phrénologique, il s'agit ici d'une faculté affective et non d'une faculté perceptive. La phrénoiogie n'a pas distingué l'ordre physique , l'ordre intellectuel et l'ordre moral. Ce sont les objets de trois affeclious différentes.

CONCLUSION. i29

(( Eventualité. »

Cette faculté , surchargée d atlributious différentes et souvent contraires qui appartiennent à d'autres facultés, ne peut subsister ni comme faculté intellectuelle, ni comme faculté affective.

« Temps. »

C'est la mémoire de la durée et le goût pour Texercice de cette mémoire. Quelques phrénologistes ont confondu cette mémoire avec la conception du temps absolu et infini, qui en est fort différente.

« Tons. »

n faut ici faire les mêmes distinctions que pour le coloris. La perception, la mémoire, le goût et limagination musicale ne sont pas les degrés dune seule et même faculté. Si la perception appartient aux organes des sens, la mémoire aux circonvolutions de l'arcade sourcilière, il faut chercher peut-être le goût et l'imagination dans les circonvolutions inutiles du prétendu organe de V idéalité.

« Langage. »

La phrénologie n'a pas distingué entre la production et l'interprétation du signe ; elle n'a pas saisi la vraie limite entre le langage naturel et le langage artificiel , et Spurzheim en particulier a confondu la faculté interprétative avec la mémoire des mots.

430 CONCLDSÎON.

« SOUS-DI VISION DKS FACULTÉS RÉFLECTIVES. » « Comparaison. »

Les phénoraènes attribués à cette faculté rentrent, les uns dans les diverses espèces de mémoire ou dans la faculté interprétative, les autres dans la faculté dinduction, que les phrénologistes n'ont pas connue,

« Causalité. »

L'idée de cause est produite par l'idée de notre volonté ou celle de notre faculté motrice ; elle ne vient donc pas d'une faculté spéciale. Quant aux généralisations que la phrénologie rapporte à la faculté de causalité, elles sont quelquefois indépendantes de Tidée de cause, et se rapportent à cette faculté dinduction méconnue des phrénologistes.

A cette éuumération des facultés de l'ânie nous proposons donc de substituer la suivante :

Ordre L Facultés lntellectuelles.

Ordre IL Facultés affectives.

Ordre IIL FACULTi; motrice.

Ordre IV. Faculté de vouloir.

Ordre I. Facultés intellectuelles.

Genre î. Facultés cT observation^

Sens extérieurs.

Faculté interprétative.

Genre II. Facidlcs do mémoire.

Mémoire du loucher : dimensions tangibles, formes tangibles, température.

Mémoire de la vue : dimensions visibles, formes visibles , colons.

Mémoire de l'ouïe : localité du sou; intonations , articulations , timbre.

Mémoire de l'odorat.

Mémoire du goût.

Mémoire du nombre.

Mémoire de la durée.

Mémoire des faits psychologiques (1).

Genre III. Facultés d'imagination.

Imagination linéaire.

Tmaginati/)n coloriste.

Imagination musicale : intonations et rhylhme.

Genre IV. Facultés de raison.

Faculté régulalriœ ou morale.

Faculté induclive.

Faculté de concevoir l'infini.

(1) Les trois dernières mémoires peuvent prendre le nom ûc Mémoires mfiaphjsiqucs, par oppogitlon aux premières , qu'on peut appeler Mémoires physiques.

Obdre II. Facultés affectives.

Genre /. affections égoïstes.

Sentiment de la santé et de la maladie. Besoin d'alimentation.

Affections de l'odorat et du goût.

Affections du toucher. Instinct d'activité physique.

Appétit du sexe (1).

Instinct d'appropriation.

Amour des habitudes.

Appréhensions instinctives.

Instinct de ruse.

Confiance en soi-même.

Amour de l'égalité et de la supériorité. Amour de l'indépendance et du commandement.

Amour de l'approbation (2).

Genre II. Affections désintéressées.

SociabiUté.

Besoin d'attachement individuel.

Besoin de s'épancher.

Amour électif.

Affections de famille.

(1) Les six premières affections égoïstes peuvent recevoir le nom d.'affections corporelles, parce qu'elles se localisent dans nos organes.

(2) Les quatre dernières aiïectiott8 égoistcj sont comprises dans îtt latigWO VulgaiïC BOUS le nctn ù:utnow-^i<(fH,

Vénération instinctive (1).

Plaisirs de la vue.

Plaisirs de rouie.

Plaisir de la faculté d'interprétation.

Instinct de pudeur.

Plaisir dramatique.

Plaisirs des facultés d'imagination.

Plaisir de l'imitation volontaire.

Plaisir de l'induction.

Affections de la faculté morale.

Amour du merveilleux.

Plaisir de la conception de l'inlini.

Sentiment du ridicule.

Affections de la mémoire (2).

La faculté motrice et la faculté de vouloir ne donnent lieu à aucune sous-division.

Quant aux questions organologiques , je n ai pas eu pour but de les traiter. Si j'ai proposé, en passant, la transposition de l'organe de la faculté motrice et un changement d'attribution pour les organes de la localité de la constructivité , de l'idéalité et de la bienveillance ,

(1) Les six premières affections désintéressées sont excitées par les êtres animés, et sont renfermées, dans la langue vulgaire, sous le titre d'offccHons du caur. Les autres principes désintéressés reçoivent le nom d'^iffccitons de

V esprit.

(2) Les plaisirs de la vue, de l'ouïe, de la faculté interprétative, de l'imagination et de l'imitation, constituent V amour du beau, dans la nature et dans l'art. Le plaisir de l'induction forme Yamour du vmi ou de la science , et les affections de la faculté morale Yamour du bien ou de la vertu. Le seniimcni rcligieuci se compose dc la vénération inslinclivCi de l'amour du ♦neiveiileux et du plslsir de !â c«jncepllon do t'inOttî

iM CONCLUSION.

c'est en nVappiiyantsnr les définilions et les aveux, de la phrénologie elle-même.

En rapportant les essais d'organologie tentés par Descartes, nous avions dit que ce philosophe attribuait aux modiflcations du cerveau toutes les manifestations de rame, excepté ce qu'il appelait Tintellection pure et la volonté, et nous avions promis de montrer que les phrénologistes n'avaient pas non plus indiqué le siège de ces deux facultés. On a vu que nulle part ils n'ont localisé la faculté de vouloir ni la conception de l'infini, ni même le jugement de moralité, car ils l'ont méconnu, et ils ne se sont guère occupés que du sentiment moral, c'est-àdire des affections qui accompagnent le jugement de moralité. Ils n'ont donc rapporté au cerveau , à l'exemple de DescarLes, que les perceptions, les souvenirs, les imaginations et les passions. Dans l'une et l'autre théorie, la liberté et la raison sont demeurées indépendantes de toute condition matérielle.

Après avoir signalé les erreurs qu'on peut , dans notre opinion , reprocher aux phrènologistes, nous manquerions de justice à leur égard si nous ne nous empressions de reconnaître les lumières qu'ils ont contribué , pour leur part, à répandre sur létude de l'esprit humain.

L'honneur du docteur Gall est ; 1° d'avoir fait remarquer un certain nombre de facultés primitives de la nature humaine auxquelles on n'avait pas prêté avant lui une suffisante attention : de ce nombre sont l'instinct de la ruse et l'amour de la propriété , 2" d'avoir donné une nouvelle démonstration de certains principes déjà

décrits, tels que les diverses espères de mémoine, 1 amour des enfants, I attaehement général et individuel, Testime de soi, l'amour de l'approbation, etc.; 3° d'avoir posé deux excellentes règles pour la détermination des facultés : la première, qui prescrit d'examiner quels sont les phénomènes indépendants les uns des autres ; la seconde, qui recommande de saisir la faculté à l'état moyeu dans le commun des hommes, en écartant les excès qui peuvent la dénaturer.

Spurzheim , dont la principale gloire est d'avoir été associé aux travaux de son maître, a poussé plus loin, dans quelques parties, l'analyse psychologique ; il a compris, par exemple, que la mémoire des personnes se résout en mémoire de la configuration et de l'étendue ; qu'il faut distinguer la mémoire de la durée d'avec le talent de la mélodie ; que ïéducabilité n'est pas le résultat d'une faculté spéciale, mais la propriété de toutes les facultés ; que la perception de la résistance est due à une autre faculté que le toucher; qu'un même principe ne peut produire un effet matériel chez l'aninvil et un effet moral chez l'homme. Enfin, il a semé ses écrits d'une multitude d'observations pleines de justesse. Nous citerons les principales. « Il n'y a pas de faculté négative : )) le défaut de courage n'est pas la peur , le défaut d'a- )) mour n'est pas la haine, le défaut de respect n'est pas )) le mépris. La peur, la haine , le mépris tiennent à des » facultés positives et sont excités par des objets spéciaux, )) comme le courage, l'amour et la vénération (1). Toutes » les facultés sont bonnes en elles-mêmes et données pour

(1) Obs., p. 15'f.

*36 CONCLUSIO\,

) une fin salutaire (1). La doctrine des dispositions innées ) n'établit pas que les actes soient irrésistiblement accomplis : les muscles des jambes servent à marcber, sans ) entraîner la nécessité de la marche ; il faut que la vo- I) lonté vienne encore agir sur les appareils musculaires(2) . 0 Le monde est pour tous les êtres ce qu'ils en aperçoi- ) vent 5 il est, à peu de chose près, le même pour les individus de la même espèce ; il est différent pour les espèces différentes. C'est pour l'espèce humaine qu'il aie plus d'étendue , parce qu'elle le saisit au moyen d'un plus grand nombre de facultés ; mais il se modifie pour chaque personne , suivant la mesure des facultés de ) celle-ci (3). Une même faculté se diversifie dans chaque espèce et quelquefois dans chaque individu ; par exemple, l'imagination mélodique dans des êtres divers ) produit des chants différents (V). Les facultés en se ) combinant, forment des résultats très- complexes et ) très-éîoignés les uns des autres : les mères ne sont pas ) attachées également à tous leurs enfants ; elles don- ) nent la préférence à celui qui flatte le plus grand ) nombre ou les plus actives de leurs facultés (5) ; Testime » de soi, jointe à la prédominance des facultés supérieu- ) res, produit une juste et noble fierté ; jointe aux affec- ) tions égoïstes, elle engendre le caractère le plus bouffi ) et le plus vide (6). Les langues expriment dans leur contexture la physionomie intellectuelle des peuples

(1) Obs., p. 340.

(2) Obs., p. 145.

(3) Obs., p. 3i7.

(i) Obs., p. 348.

(6) Obs.^ p. 340.

(0) ok,; p. m\

» qui les parlent (1). Il résulte de la complication de la na- » lure humaine quil nous est difficile de nous juger les » uns les autres, d'apprécier dans un cas particulier les » véritables motifs de telle action ; que nous ne devons « pas nous attendre à retrouver en autrui nos propres » manières de penser et de sentir ; qu'il faut nous rési- » gner à des dissentiments, à des contradictions, appren- » dre à nous supporter mutuellement, et que la connais- » sance de Fhomme nous conduit au dogme de l'indul- » gence et de la charité mutuelle (2). »

Telles sont les maximes que nous nous empressons de recueillir, ne pouvant pas mieux prendre congé d'adversaires si longtemps combattus, qu'en rendant hommage aux services qu'ils ont, de leur côté, rendus à la science de l'esprit humain.

(1) Obs., p. 353.

(2) Obs., p. 359-60.

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