‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 22 sur 115 · CRITIQUE DU SENTIMENT DR L\ FERMETÉ · texte numérisé non relu

CRITIQUE DU SENTIMENT DR L\ FERMETÉ

tive , ni «ne faculté intellectuelle , et qui doit fig^urer à part dans le cadre général des manifestations du moi.

s II. Critique du Sentiment de la fermeté, posé par les phrénologistcs.

Si vous cherchez la volonté dans le tableau des facultés humaines dressé par les phrénologistes , et ailleurs que dans les aveux partiels que nous avons rapportés, vous ne la trouverez nulle part , pas même dans le sentiment qu'ils appellent persévérance ou fermeté.

« Il est dilTicile , dit Spurzheim , de définir la fermeté : » on appelle souvent ses effets la volonté , mais ce n'est » pas l'assentiment qui résulte de la réflexion. Il est vrai » que les personnes douées de cette faculté, disent -.je )) veux. Toutefois ce nest pas par l'effet de la raison, » mais par l'amour de commandement (1). » Dans ces phrases , l'auteur continue de confondre la volonté avec la raison. Quant au sentiment qu'il appelle fermeté, il semble d'abord l'identifier avec Famour du commandement. Cet amour étant un principe spécial de notre organisation , pourrait , dans l'hypothèse phrénologique , avoir un organe particulier. Mais l'auteur étend beaucoup , par la suite , les fonctions de la fermeté : « Ce sen- » timent , dit-il , donne de la constance et de la persé- )) vérance] aux autres facultés ; il fixe et soutient leur » activité ; il dispose à l'indépendance , surtout quand il » est combiné avec l'amour- propre. Trop actif, il pro- )) duit des abus tels que , l'opiniâtrelé , lobslination , )) rentôtemenî.... Il n'a pas d'application spéciale ; com-

(1) Observations sur la phrénoL, p. 108.

M CaiTIQUE DU SENTIMENT DE Li i'KlUlETÉ.

» biné avec la justice et la bonté , il devient amour de » l'indcpcndanco ; combiné avec l'orgueil et 1 egoïsme , )) il aime à forcer les autres de reconnaître ses comman- )) déments (1). » Je ne relève pas la contradiction que commet l'auteur en attribuant Tamour de lindépendance à la combinaison de la fermeté , tantôt avec l'amour propre, tantôt avec la justice et là bonté; je m'attache seulement à considérer la singulière fermeté dont il vient de nous faire le portrait. Tout le monde entend, par fermeté , l'énergie de la volonté qui lutte contre les sentiments. Spurzheim, au contraire , regarde toute passion qui a de la constance , de la persévérance , dont l'activité est iïxe et soutenue , comme de la fermeté. Ainsi le gourmand , qui cjiercbe tous les moyens de satisfaire sa gourmandise , a de la fermeté ; l'avare , qui ne lâche pas son trésor, a de la fermeté ; le paysan , qui s'opiniàtre dans la routine de ses pères, a un excès de fermeté. Mais ne sulfirait-il pjrS'poureTtpliqucr cette fermeté d'un nouveau genre, d'admettre un haut degré d'appétit, chez le premier ; de cupidité , chez le second ; et de vénération pour la coutume et les ancêtres, chez le troisième. Qu'avez-vous besoin d'ajouter à la passion dominante , un ingrédient séparé , un sentiment spécial , que vous appelez fermeté , puisque la passion seule suffît de reste à l'explication de cette fermeté passive et esclave. A un seul effet une seule cause. 11 n'y a de vraie fermelé , que celle qui est libre , c'est-à-dire , volontaire. Sans doute la volonté peut se mettre au service d'une passion; son rôle alors est de lutter contre les passions contraires, et en cela elle mérite encore le nom de fermelé; mais dans ce

'\} Ohsenatinns tttr 1(1 phrén., p. 100.

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cas, c'est la tendance prédominante qui ai^it sur la volonté et j)roduit la forniiilô , et co ncst pas , comme dans l'Iiypollièse de Spurzheim, la fermeté qui fait prédominer la tendance , qui lui donne de la constance , de la persévérance , et qui soutient son activité. Retranchez la volonté libre et responsable , il n'y a plus que des passions qui se combattent , et dont Tune l'emporte par son éner^iiie ou sa persistance naturelle. 11 n'y a rien qui mérite le nom de fermeté.

S III. Critique de la faculté dite Concentmiivité.

La volonté est-elle ce que RJ. Combe a nommé concenirativiic ? On le croirait à lire les phrases suivantes : « 11 y a des personnes qui possèdent une facilité naturelle » à concentrer leurs sentiments et leurs pensées, sans » pouvoir être distraites par l'irruption d'émotions ou » d'idées étrangères à l'objet de leurs méditations. Ces » personnes sont maîtresses de leurs sentiments et de » leurs facultés intellectuelles, et elles peuvent les em- » ployer entièrement à l'exécution du dessein qui les oc- » cupe. Aussi la faculté dont la nature lésa douées les )) met-elle en état de produire les plus grands résultats » possibles... D'autres sont incapables de conserver l'idée )) dominante jusqu'à la fin (1) ». Qui ne croirait voir ici le tableau de l'empire de la volonté sur l'intelligence? Mais la scène change bientôt ; l'auteur rapporte an même principe « co que Waîter Scott appelle le chagrin concen- )) tré (2) )) , pîiênomène qui peut ne pas être le résultat

(i) Noui-eau MfinueL p. C>'-i~i.

(2) Jlùd., p. CG

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de la volonté , et il assigne pour but à la concentratiuité « de maintenir deux ou plusieurs facultés dans une )) activité simultanée et combinée , de telle sorte qu'elles » puissent être dirigées vers un seul objet (1) ». Or la volonté n'est pas seulement ce qui coordonne et met en harmonie deux ou plusieurs facultés, mais ce qui peut diriger isolément chacune d'elles. L'auteur n'insiste dailleurs nulle part sur la liberté qui appartiendrait à cette concentrativité , et c'est là le caractère indispensable de la volonté. Il ajoute que « le premier indice qui Ta mis sur » la voie de la concentrativité , c'est la remarque que )) certains individus ont naturellement des habitudes sé- » dentaires, et trouvent pénible d'aller à l'étranger, à )) moins d'une nécessité absolue (2) ». Je ne vois aucune liaison entre l'esprit sédentaire et la direction simultanée de deux facultés, et j'admire que l'un ait pu servir d'indice à l'autre ; mais il suffît, pour l'objet que j'ai en vue présentement, de remarquer que l'esprit sédentaire n'a rien de commun avec la volonté. N'oublions pas d'ailleurs que M. G. Combe a composé la volonté avec les facultés perceptives et réflectives (3) et que la concentrativité est pour lui un sentiment. Ainsi la concentrativité n'est pas la volonté.

Si elle n'est pas la volonté , est-elle autre chose ? Nous dirons de la concentration involontaire de M. Combe ce que nous avons dit de la fermeté involontaire de Spurzbeim ; d autant plus que ces deux prétendus principes, qui se localiseraient dans des organes dilléEcnls ,

(1) Nouv. Manuel, p.

(2) If'id.

(3) Ibid., p. 230.-1.

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l'un au sommet, l'autre dans la partie postérieure du cerveau, exerceraient cependant à peu près la même fonction. En effet, « la fermeté, dit Spurzîieim, fixe et » soutient l'activité des autres facultés. Laconcentrativité, )) dit M. Combe , maintient deux ou plusieurs facultés )) dans une activité simultanée et combinée. )> Les phénomènes attribués , soit à l'une soit à l'autre, s'expliquent suffisamment par un degré supérieur d'activité d'une ou de plusieurs facultés prédominantes.

Quant à l'organe que M. G. Combe attribue à la prétendue cohcentrativité, c'est celui que Spurzheim avait consacré au choix du séjour. Il est vrai que M. Combe accorde que la concentrativitô produit aussi l'humeur sédentaire , et qu'elle rend « les chamois jiabiles à brou- » ter sur des pics difficiles et dangereux et à éviter la » poursuite des chasseurs (1) » : ce qui la rapprocherait un peu de Yhabitativité de Spurzheim. Mais elle s'en éloigne par un bien plus grand nombre de points : 1° l'habilativité de Spurzheim n'a pas pour effet de maintenir deux ou plusieurs facultés dans une activité simultanée et combinée ; 2° elle ne donne pas l'art d'éciiapper à la poursuite des chasseurs et d'éviter les précipices; 3' elle envoie les animaux ceux-ci dans la plaine , ceuxlà sur la montagne ; les uns sous les flots , les autres dans les régions différentes de l'air ; elle préside aussi aux émigrations et à la vie nomade (2), toutes choses que ne peut pas faire la concentrativité. Je laisse donc à décider aux organologistes pourquoi la coucentratwité, malgré

(i) Nom'. Manuel, p. 65.

(2) Manuel, p. 31.

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sa ressemblance avec la fermeté , siège dans un organe a part , et pouniiioi , malgré ses dissemblances avec rhabitativilé , elle prétend occuper avec celle-ci un seul et même organe. M. Vimont a essayé de concilier Spurzheira et Combe : il a coupé en deux la pomme de discorde , et en a donné une partie à Ihabitativité et l'autre àlaconcentralivilé, qui est, suivant lui, a le pouvoir de » forcer une faculté à continuer son action (i). » Mais il ne s'occupe pas de nous montrer en quoi cette concontrativité diffère de )a fermeté , qu'il admet sur le même pied que Spurzbeim , et pourquoi l'une et l'autre possèdent un organe dilTércnt.

Voici donc de graves dissentiments entre trois organologistes. Là où M. Vimont voit «deux organes, ' Spurzbeim et Combe déclarent qui! n'y en a qu'un; et ces derniers lui donnent chacun une destination ùiiTérente; et ttrus les trois s'écrient qu'ils ont leurs preuves, leurs faits organologiques , et qu'on ne peut réfuter les faits.

Pour en revenir à la volonté ou à la faculté des ^volitions , elle ne figure nulle part dans le tableau des facultés pbrénologiques ; et il fallait lui ouvrir un ordre spécial en regard de ceux des faits intellectuels et des faits afTectifs.

Mais pcut-élre les plirénologistes nous répondront-ils qu ils n ont à s'occuper que des facultés dont ils peuvent assigner le siège , et que la libre volonté n'est pas de ce nombre ; qu'elle met en jeu tous les organes, aussi bien ceux des aiï'yclions que ceux des facultés intellectuelles,

(1; Ti»ilé df phirn., t II, p 210.

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et qu'elle ne réside en aucun. En effet , la perception , la mémoire et le goût de la mélodie , par exemple , peuvent s'accomplir à Taide d'une circonvolution cérébrale , espèce de prolongement ou de rcaforcoment du nerf auditif; il n"y a rien là d'étonnant : ce sont des phénomènes passifs ; mais la liberté ou la volonté libre , comment pourrait-elle être contenue dans un organe sans en dépendre , et comment en dépendrait-elle en restant liberté ? Si Ion suppose que la volonté a le pouvoir d'agir sur cet organe sans être dans sa dépendance , pourquoi nagirait-elîc pas directement sur tous les autres en se passant de cet intermédiaire inutile? îsous comprenons donc très-bien que les plirénologistes ne donnent point d'organe particulier à la volonté libre, quoiquils reconnaissent la liberté en maints endroits de leurs ouvrages ; mais celte exception est assez importante pour qu'ils prennent le soin de la faire remarquer.

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